Littérature générale

  • Contre les berges de Lisbonne, l'histoire jette ses héros en vrac. Poètes, navigateurs ou colons déchus de l'Angola indépendant, ils apportent, venus de plusieurs siècles, l'image du déclin qu'ils ont vécu : celui de l'empire par deux fois brisé - en 1578 avec la domination espagnole et en 1975 avec la fin des colonies d'Afrique. Rien de plus furieusement baroque que cette traversée de l'histoire portugaise où Vasco de Gama, Luis de Camoëns, ressuscités de Lusiades ou d'ailleurs, se perdent, arbitrairement défigurés, dans le Lisbonne d'aujourd'hui qu'ils ne reconnaissent plus. Et Luis sillonne l'histoire et la ville sans lâcher le cercueil où pourrit le corps de son père, signe d'un présent toujours en mal de ses racines. Car dans cette civilisation occidentale en pleine déchéance, on espère encore le retour des caravelles.

  • À travers les monologues alternés d'une mère et de ses trois enfants, derniers rejetons déchus d'une riche lignée de colons portugais en Angola, ce roman dresse le sombre bilan d'un processus historique d'avilissement d'une catégorie d'êtres humains, sur quoi reposaient les fastes d'une société féodale de planteurs. Au fil d'évocations tragiques et de scènes bouffonnes, entrelaçant l'atmosphère d'un pays déchiré par la guerre et celle des temps de la prospérité coloniale, ces personnages explorent les plis et les replis de leur mémoire, dévoilent les arcanes de leurs vies antérieures, plongent dans les lointains douloureux de leur conscience, là où la déflagration du souffle dans leurs corps se fait cri. Autant de personnages qui, minés par la folie à force de vivre à contre-destin, resteront écartelés entre leur attachement ombilical à l'Afrique de leur enfance et la honte d'admettre que cette Afrique de rêve recouvrait un effroyable cauchemar.

  • Mais avant de me taire, il faut que je dise dans quel enfer on nous a jetés, nous autres colons, abandonnés à notre sort de crève-la-faim sur des terres qui ne veulent et ne voudront jamais de nous
    oui, il faut que je dise
    dans quel enfer on nous a jetés.

    C'est la voix d'un seul personnage, Emma Picard, qui s'installe avec ses quatre fils, à la fin des années 1860, sur vingt hectares de terre algérienne offerts par le gouvernement français. L'espoir d'un nouveau départ, pour elle comme pour tant d'autres apprentis colons.
    On retrouve toute la puissance de l'écriture de Mathieu Belezi dans ce roman aux accents de tragédie. Et le cri de cette héroïne désespérément vivante résonne longtemps en nous.

  • Ce roman raconte lhistoire dune femme et se fait lécho dune identité métissée dans une Polynésie violente, doucement douloureuse, mais férocement poétique. Le personnage principal porte plusieurs noms, Victoria, côté papaa, et Aiu, côté tahitien comme le livre a reçu plusieurs titres. «Elles» sont celles qui ont construit cette vie, Chantal Spitz, lauteure leur offre une existence, et son titre souligne limportance de ces femmes : grand-mère, mère, grands tantes et enfin la plus humble, servante et mère nourricière. Ce livre est aussi «Terre denfance» car Victoria-Aiu, comme peut-être Chantal Spitz, porte à jamais en elle le monde polynésien et lenfance, source de douleurs et de mots, qui façonne le chemin jusquau terme de la vie. Avec ses tendresses et ses bonheurs, ses histoires et ses larmes, ses peurs et ses rêves, ses chagrins et ses colères, ses rencontres et ses fardeaux. «À deux encres», lécriture métisse est alors un cri, une errance, une fureur qui transperce la terre, le lien aux ancêtres, les refus, celui de lautre, comme celui dêtre refusé par lautre. Somptueuse, elle sempare des mots français et tahitiens pour les nouer, romance le flux du discours du orero, poétise la prose, se joue des néologismes et apporte sa version polynésienne de la construction du verbe français.

  • On raconte que si lon vit trop longtemps sur une île, on se fond en elle. Les os se transforment en sable, le sang en océan. Vous, et ceux qui viendront après vous, en feront à jamais partie. Tarena Shaw vient de terminer ses études de Droit, mais nest pas certaine de vouloir devenir avocate, après tout. A quelle place peut prétendre une avocate noire dans un système judiciaire fait pour les blancs ? Est-ce que tous les habitants de Sydney se sentent aussi comme des tortues dépouillées de leur carapace ? Débarquant pour la première fois à Thursday Island, où ont vécu ses grands-parents, Tarena se laisse convaincre par sa famille de relever le défi de sa première affaire. Parmi les preuves, un homme jouant de la guitare, et une étonnante chanson...
    La Chanson du Papillon nous entraîne au temps des pêcheurs de perles dans le Détroit de Torrès, dans le flux et le reflux de la grande ville moderne, aux côtés dune héroïne attachante et drôle, dont lhistoire transcende les cultures.

  • Durant la première guerre mondiale, le Yorktown, croiseur américain, vient vérifier que les Allemands n'ont pas établi de base sur Clipperton, îlot en principe désert, situé dans le Pacifique à 1 300 km d'Acapulco. Ce que les marins découvrent là dépasse l'imagination : quatre femmes et sept enfants, affamés, atteints de scorbut, survivent dans le plus total dénuement ; certains sont si épuisés qu'ils ne peuvent marcher. Ils découvrent également, non loin de la plage, dans une cabane sordide, le cadavre encore tiède d'un homme noir, que les crabes dévorent déjà. Que s'est-il passé sur cet atoll ? Qui sont ces gens ? D'où viennent-ils ? Depuis plusieurs décennies déjà, la France, le Mexique, l'Amérique et l'Allemagne se disputent cette terre qui sera attribuée définitivement en 1934, à la France par arbitrage du Roi d'Italie ; mais en 1905, les Mexicains décident d'y installer une colonie. Quarante personnes enthousiastes et décidées, débarquent sur Clipperton, leur ravitaillement devant être assuré par bateau, de façon régulière. Mais à peine ont-ils posé le pied que la révolution mexicaine éclate. Ils sont oubliés.

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