Sciences humaines & sociales

  • Pour comprendre Napoléon, pour comprendre la fascination qu'il exerce sur nous deux cents ans après sa mort, il faut passer par Rome. Stendhal nous l'apprend dès les premières lignes de La Chartreuse de Parme : « après tant de siècles, César et Alexandre avaient un successeur. » Quoi ? Nous préférons regarder l'Antiquité comme un aimable decorum, offrir l'image d'Épinal d'un Napoléon costumé en Romain, alors qu'elle pourrait bien être son ADN. De la soif de conquête à l'apothéose finale, Napoléon Bonaparte a sculpté sa légende dorée ou noire dans le marbre antique faisant de son gouvernement un précis d'histoire romaine, des fondations de la République jusqu'aux règnes de Constantin et de Justinien, favorisant la paix religieuse, promouvant le Code civil... ou organisant un véritable culte de sa personne, fidèle aux empereurs sanguinaires dépeints par Suétone. Car de la Rome antique, Napoléon retient avant tout la leçon d'immortalité. Le premier empereur des Français serait-il le dernier Romain ? La réponse dans cet essai novateur qui recèle bien des surprises.

  • Il est facile de ne pas aimer Marthe, Marie ayant la " meilleur part ". Pourtant, son destin a été fabuleux après l'Évangile. Théologiens et artistes en ont fait la figure suprême de l'accueil des étrangers. Une plongée littéraire au coeur de l'action et de l'hospitalité. Quel sera le destin Marthe après sa rencontre décisive avec Jésus ? Comment, arrivée de Terre sainte en Provence, la patronne des femmes charitables a-t-elle écrasé la Tarasque, un redoutable dragon qui terrifiait le midi ?
    Récits légendaires, représentations picturales et cultes du Moyen Âge ont cultivé, remodelé et célébré cette aventure évangélique. Mais que dit-elle de la place de la femme dans l'Église ? Y a-t-il une spiritualité au féminin ? Un lien particulier de l'autre sexe au sacré ? Et si ces questions, devenues brûlantes, trouvaient une explication dans l'interprétation de la figure de Marthe ? En décryptant l'Écriture, l'hagiographie et le mythe, Céline Perol rectifie cette réduction et ce stéréotype fatal. Car Marthe est tout d'abord le symbole d'une libre hospitalité dont la franchise et la générosité sont difficilement accessibles aux hommes.
    Un guide pour les femmes engagées qui voient en Marthe le modèle d'une spiritualité accomplie.

  • Que penser de Cronos dévorant ses enfants ? D'Athéna sortie de la tête de Zeus ou de Persée décapitant la Méduse ? se demande d'emblée Walter F. Otto. L'invraisemblance de ces mythes tend à maintenir une distance avec ce qu'ils entendent illustrer. Pourtant, le mythe est constitutif de notre être, il gît dans l'ombre quand la raison se déploie dans la lumière, comme le jour cède à la nuit. Il est aussi un garant de la poésie. Que l'on songe à Dante, Homère ou Goethe. Dynamique, le mythe apparaît créateur et appelle l'action. Avec passion, Otto révèle son essence et, par là, nous invite à comprendre ce qui, fondamentalement, nous anime, voire nous enthousiasme, au sens propre.

    Le philosophe et historien des religions Walter Friedrich Otto (1874-1958) est l'auteur de deux chefs-d'oeuvre, Les Dieux de la Grèce (1929) et Dionysos, le mythe et le culte (1933). Aux côtés de Karl Reinhardt, il est l'une des grandes figures de la philologie allemande. Son approche originale du paganisme et des mythes a permis de renouveler la connaissance de la civilisation grecque.

  • Comment Léger, évêque franc déposé pour haute trahison dans les années 670, a-t-il mérité de parvenir à la sainteté ? Et pourquoi ce prélat controversé a-t-il donné son nom à près de 55 communes françaises ? Composées peu de temps après sa mort, les deux premières Passions de Léger d'Autun offrent un ensemble considérable de textes pour les décennies les moins documentées de l'époque mérovingienne. Ces oeuvres empruntaient une nouvelle voie de l'hagiographie occidentale en présentant l'élimination d'un évêque influent comme un martyre authentique. Pour ses biographes, Léger constituait pourtant un personnage problématique. Aussi sa chute est-elle connue par le témoignage de ses proches, très complaisants, mais aussi par celui de ses adversaires locaux, qui ont essayé a posteriori de dissimuler leur propre responsabilité. La réhabilitation de Léger a suscité en outre la réaction de membres de factions rivales, qui entendirent affirmer la sainteté des morts de leur propre parti. En raison de retournements politiques, le culte de Léger fut assuré d'un large succès dès les années 680. La translation et la diffusion des reliques contribuèrent encore à son rayonnement, notamment en Artois, en Poitou et dans la région de Chartres. Le culte marqua en revanche le pas à Autun, ancien siège épiscopal de Léger. Nul n'est prophète en son pays. Constituée depuis 2008, l'équipe HagHis (Hagiographie & Histoire) réunit des historiens, des littéraires et des philologues, autour de l'étude des textes hagiographiques du haut Moyen Âge occidental et est animée par Bruno Dumézil, maître de conférences à l'université Paris Ouest Nanterre La Défense.

  • Cet ouvrage raconte, pour la première fois sous une forme synthétique, l'histoire de Tahiti et des îles de la Société depuis l'arrivée des hommes jusqu'à nos jours. Résumer plus de mille ans d'histoire du peuple tahitien en un simple volume était un défi qu'un groupe d'enseignants-chercheurs et de chargés de cours de l'Université de la Polynésie française a décidé de relever. Chacun d'eux étant un spécialiste reconnu dans sa discipline, cette synthèse actualise les connaissances sur le passé, lointain comme proche, en fonction des recherches les plus récentes. Ce livre n'est cependant pas destiné aux seuls étudiants ; il s'adresse, en fait, à un large public, tous ceux que la Polynésie intéresse et concerne. Ce regard rétrospectif les aidera à mieux comprendre la société actuelle dans toute sa complexité. Ouvrage publié en partenariat avec l'Université de la Polynésie française et la Maison des sciences de l'Homme du Pacifique.

  • L'impact sur le système alimentaire du changement rapide qu'a connu la société tahitienne au cours des deux derniers siècles est mis en évidence à travers un triple processus d'évolution : christianisation, colonisation et monétarisation. Les mutations historiques du mangeur tahitien sont ainsi traitées sous différents aspects : les modes de production et le choix même des aliments, les prestations et échanges, les types d'alimentation quotidienne comme festive...
    L'étude des pratiques et représentations alimentaires et du rapport au corps conduit à un questionnement sur les facteurs constitutifs de l'identité mä'ohi contemporaine et sur les conséquences tant sanitaires (obésité, diabète...) que sociales et économiques (la stratification sociale, la perte du sens lié aux aliments...) des modes actuels d'alimentation, problématiques communes à l'ensemble des territoires insulaires du Pacifique. L'alimentation est ainsi posée comme un facteur structurant de l'organisation sociale, basé sur la transmission et en interaction avec l'évolution du milieu tant écologique qu'économique, social et culturel.
    Au-delà de sa dimension biologique, l'alimentation revêt dans cette étude une dimension sociale et culturelle essentielle. Aspect symbolique central dans la société polynésienne pré-européenne, pivot de normes et interdits liés au statut social ou au genre, support d'un culte ancien de l'abondance, elle constitue un véritable « fait social total ».

  • L'impact sur le système alimentaire du changement rapide qu'a connu la société tahitienne au cours des deux derniers siècles est mis en évidence à travers un triple processus d'évolution : christianisation, colonisation et monétarisation. Les mutations historiques du mangeur tahitien sont ainsi traitées sous différents aspects : les modes de production et le choix même des aliments, les prestations et échanges, les types d'alimentation quotidienne comme festive...

    L'étude des pratiques et représentations alimentaires et du rapport au corps conduit à un questionnement sur les facteurs constitutifs de l'identité mä'ohi contemporaine et sur les conséquences tant sanitaires (obésité, diabète...) que sociales et économiques (la stratification sociale, la perte du sens lié aux aliments...) des modes actuels d'alimentation, problématiques communes à l'ensemble des territoires insulaires du Pacifique. L'alimentation est ainsi posée comme un facteur structurant de l'organisation sociale, basé sur la transmission et en interaction avec l'évolution du milieu tant écologique qu'économique, social et culturel.

    Au-delà de sa dimension biologique, l'alimentation revêt dans cette étude une dimension sociale et culturelle essentielle. Aspect symbolique central dans la société polynésienne pré-européenne, pivot de normes et interdits liés au statut social ou au genre, support d'un culte ancien de l'abondance, elle constitue un véritable «fait social total».

  • Au temps des guerres d'Italie (1494-1559), lorsque les rois de France passaient les monts ou que l'ennemi menaçait, le royaume était placé sous la protection de saint Denis. Qui est donc ce saint tutélaire, paré d'un si grand prestige et investi de tant de pouvoir? Auteur d'une oeuvre philosophique qui séduisit les humanistes, on le disait Athénien, disciple de saint Paul. Il passait aussi pour l'évangélisateur des Gaules, le premier évêque de Paris, où il périt martyrisé à Montmartre, le mont des martyrs. Pourtant, après 1571, la monarchie ne rend plus hommage au «patron du royaume de France» (Guichardin) et, le 25 juillet 1593, la conversion d'Henri IV dans l'abbatiale de Saint-Denis, «lieu de mémoire» de la monarchie, là où reposent trois lignées de rois de France (Mérovingiens, Capétiens, Valois), ne renoue pas le lien multiséculaire entre les rois et Denis. Pourquoi une telle déshérence? Ce livre examine les raisons de ce détachement entre la monarchie et le saint. Sans doute, la critique historique a-t-elle lézardé, pour la plus grande gloire de la France moderne, l'édifice de la légende médiévale en distinguant trois Denis jusqu'ici confondus en un seul. Mais surtout, la légende dionysienne embarrasse désormais la monarchie absolue qui s'affirme. D'autant que les reliques du saint ont été mobilisées par les ligueurs contre Henri III, le «vilain Herodes», et Henri IV, «le Béarnais»: la figure de saint Denis nourrit un autre absolu, un catholicisme intégral, hostile au protestantisme, comme à toute solution politique des guerres de Religion. Saint Denis fonde aussi une Église hiérarchique, monopolisant le sacré, et porte ombrage à la légende de Clovis, qui fonde la foi et la légitimité millénaire des rois. Ce livre analyse comment la couronne a occulté le culte du saint dans la nécropole de Saint-Denis, par la captation systématique de l'inépuisable sang de France, la célébration de grandes pompes funèbres et l'inhumation de quelques grands capitaines au service du roi de guerre, comme Turenne. Mais ce panthéon dynastique ne peut être panthéon national. L'imaginaire catholique de la Nation a dû élire un autre lieu de mémoire: Montmartre, où fut réédifiée une abbaye au xviie siècle et érigé le Sacré-Coeur au XIXe siècle...

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