• Dieu est mort

    Damien Ruzé



    Une tueuse d'enfant expose en temps réel ses faits et gestes, un flic - au passé déchiré et aux méthodes surannées - mène l'enquête.

    ` Il est malade ton chien ou quoi !?'
    Bingo. Quelle phrase ! Quelle putain de phrase ! Marcher vers l'animal qui tente de re décoller avant de choir à nouveau, groggy, camé, réacteurs coupés. Plus la force d'aboyer. "On", puis "off". Plus d'énergie. D'électricité. S'agenouiller près du bestiau et l'inspecter. Entendre la fillette en route vers moi, petits pas froissant l'herbe. Fermez les yeux. Deux secondes. Compter. Un, un, deux, deux. Relever la tête. Last call. Scanner le paysage. Tout le paysage. Le disséquer. Pas de blip sur le radar. Personne. Un miracle. La dernière touche. Humer le parfum du jeune corps femelle qui pose un genou à terre et prend dans ses mains la grosse gueule aux yeux révulsés. Action. Paume à l'arrière du crâne. Doux contact des cheveux couleur paille. Bouton de rose des lèvres qui articule un "Que..." interrompu et angoissé. Avorté. Canule. Geste vif. Précis. Professionnel. Vaporisation savamment calibrée. Un seul pschittt suffit. Effet instantané. L'organisme qui se fige. Pupilles à la retourne.
    Bras de Morphée. Charger l'enfant endormie sur l'épaule comme un gibier. Reculer sans précipitation jusqu'à l'orée. Bruit des ronces griffant mes jeans, comme une fermeture éclair que l'on zipperait. Réfugiée à l'abri de la canopée, pivoter et descendre à fond de train le goulet dévalant jusqu'au Range en se retenant de hurler.
    Damien Ruzé vient de publier son premier roman « Fin d'Amérique » chez Krakoen. Ska a déjà publié une nouvelle « Hauts-Lieux », voici « Dieu est mort ». Une descente au coeur du mal. Un récit terrifiant au style halluciné. Un grand texte noir, un auteur à suivre.

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