• État civil, compte bancaire, permis de conduire, mots de passe, etc. : nous ne cessons d'être enregistrés, numérotés, archivés. Pas d'existence sociale sans fichage : que dit, de notre désir d'appartenance, cette documentalité ? Le maître-livre dérangeant d'un grand philosophe contemporain.
    Une société privée de mémoire et d'enregistrements est inimaginable, car toute règle et tout accord reposent sur la mémoire, et tout comportement sur l'imitation : voilà pourquoi les archives et les documents sont centraux dans la vie de la société et des individus.
    La place centrale de la " documentalité " est plus évidente encore de nos jours où nous assistons à l'explosion des systèmes d'enregistrement et d'écriture, des ordinateurs et des smartphones, ainsi qu'à l'utilisation massive d'Internet. Ces nouvelles technologies ont non seulement transformé notre quotidien, mais ont également mis en lumière l'essence même de la réalité sociale : le fait de se fonder de façon non pas accidentelle mais essentielle sur des inscriptions et des enregistrements.
    Un maître ouvrage.

  • Considéré aujourd'hui comme une oeuvre majeure dans l'histoire de la pensée, le Traité de la nature humaine passa inaperçu au moment de sa parution en 1739. David Hume le dit tombé "mort né des presses" et tient sa forme pour responsable de son échec. Qu'à cela ne tienne, il en rédige sous couvert d'anonymat un Abrégé qu'il destine à la critique. Prêt à défendre coûte que coûte ses idées nouvelles, il y clarifie non seulement son Traité mais en dégage en quelques pages les questions centrales : la nature des idées, le lien de causalité et la question du libre-arbitre. Surtout, il y traite de manière originale et approfondie de la notion de croyance.Paru en 1740, il n'est remis à la disposition du public qu'en 1938. Si l'histoire démentira l'insuccès du Traité, l'Abrégé du Traité de la nature humaine est un texte clé pour en saisir l'ampleur et la modernité.

  • « Avec Hume, l'empirisme ne se définit plus essentiellement par l'origine sensible des idées. Il développe trois problèmes, les relations, les cas, les illusions.
    D'une part, les relations sont toujours extérieures à leurs termes, et dépendent de principes d'association qui en déterminent l'établissement et l'exercice (croyance). D'autre part, ces principes d'association n'agissent qu'en fonction des passions, pour indiquer des "cas" dans un monde de la culture ou du droit : c'est tout l'associationnisme qui est au service d'une pratique du droit, de la politique et de l'économie (suffit-il, pour devenir propriétaire d'une cité abandonnée, de lancer un javelot sur la porte, ou faut-il toucher la porte du doigt ?). Enfin, de telles règles de légitimité des relations peuvent-elles être séparées des fictions, des croyances illégitimes qui les accompagnent ou les doublent ? Si bien que la philosophie est moins critique des erreurs que dénonciation des illusions inévitables.
    Dans tous ces domaines, l'empirisme opère la substitution de la croyance pratique au savoir, dans une entreprise athée qui consiste à naturaliser la croyance. » (G. Deleuze)

  • Au début du XIVe siècle, Guillaume d'Ockham assigna à la philosophie une tâche nouvelle, dont elle a encore à s'acquitter : penser la singularité de chaque chose, décrire depuis ce point irréductible le contenu de l'expérience et le fonctionnement du langage. Pour cerner ce projet, on propose ici une interprétation systématique de la pensée d'Ockham.
    En affirmant résolument leur singularité, il cherche dans les choses mêmes un point de départ modeste pour la philosophie. C'est le projet d'une ontologie réduite à sa plus simple expression. Il demande à l'expérience de montrer comment cet arbre, cette pierre devient pour nous l'élément d'une série - les arbres, les pierres. C'est le projet d'un empirisme. Il demande au langage de montrer que l'on peut, fût-ce par des termes généraux, signifier des choses singulières, afin d'analyser la référence sous toutes ses formes. C'est le projet d'un nominalisme.
    Singularité, sérialité, référence : trois faits fondateurs et trois questions à nouveau ouvertes. Qu'est-ce que le singulier ? Comment, autour de lui, constituer des séries ? Comment le signifier ?

    Cet ouvrage est paru en 1989.

  • Tout oppose les oeuvres de William et Henry James, le philosophe américain fondateur du pragmatisme (1842-1910) et le romancier, auteur de Portrait de femme et des Ailes de la colombe (1843-1916). L'un se présente comme le philosophe des vérités concrètes, l'inventeur d'un empirisme « radical », résolument tourné vers une pensée pratique sans cesse reconduite vers l'expérience directe des réalités sensibles ; l'autre se présente au contraire comme le romancier de l'indirect et dresse le portrait de consciences qui ne cessent de s'interpréter les unes les autres en s'éloignant toujours davantage du socle des certitudes sensibles. Mais s'agit-il d'une opposition ? N'a-t-on pas en réalité affaire à une sorte d'échange ou de vol mutuel ? L'un fait de la philosophie une sorte de roman d'aventures tandis que l'autre fait du roman la forme réfléchie par excellence, le récit du mental et de ses modes de raisonnement. L'un fait de l'action le nouveau centre de gravité de la philosophie ; l'autre fait de la pensée le nouveau sujet du roman, comme si chacun volait à l'autre ce qui jusqu'alors lui revenait de droit. C'est de ce vol ou cet échange qu'il s'agit de faire le récit conceptuel.

    Fictions du pragmatisme est paru en 2008.

  • Cet ouvrage a pour ambition de récrire une partie de l'histoire préalable à la constitution des savoirs des sciences de l'homme. Il propose une analyse de la manière de construire la relation sujet/objet et de faire de la société une « nature » qu'il devient possible d'observer à distance. Comment une telle extraction du sujet connaissant est-elle devenue pensable au XVIIIe siècle ? Comment l'éloignement du regard peut-il contribuer à modifier la nature même de ce qui est observé, à poser les principes d'un savoir nouveau, la sociologie ? Sur la base des textes des figures éminentes du Scottish Enlightenment et des auteurs issus de l'École historique écossaise - Bernard Mandeville, David Hume, Adam Smith et, dans une moindre mesure, Adam Ferguson -, Claude Gautier rend compte des nouvelles exigences ontologique, épistémologique et méthodologique qui conditionnent la possibilité de l'éloignement empirique du regard. Que s'agit-il de regarder ? La société. Que faire pour se mettre en situation de pouvoir la regarder ? S'éloigner.

  • On doit à W. Sellars d´avoir mis en évidence que le dogme empiriste selon lequel la connaissance trouve son fondement dans le donné de l´expérience ne relève que d´un mythe, créé par une confusion fondamentale entre ce qui, dans l´ordre de la justification, ressort de l´espace des causes et ce qui ressort de celui des raisons. De Locke à van Frassen, l´empirisme s´est ainsi rendu coupable d´avoir pris pour primitives et indubitables des croyances dont le contenu et la signification sont en réalité intrinsèquement déterminés par l´ensemble de l´édifice cognitif qu´elles étaient censées fonder.
    Cet ouvrage vise non seulement à expliquer en quoi l´idée de « donné » de l´expérience ne peut être qu´un mythe, mais également les raisons qui ont pourtant conduit nombre de philosophes à y adhérer et les conséquences que son abandon entraîne pour l´épistémologie et la philosophie des sciences.

  • Qu'il soit écrit ou verbal, qu'il constitue une réponse aux questions du chercheur ou qu'il résulte d'une quelconque interaction sociale, le discours occupe une place privilégiée parmi les matériaux empiriques du chercheur en sciences sociales. Ce donné, chargé de toute la complexité du langage, ne peut être valablement appréhendé par une lecture immédiate. Diverses méthodes se sont constituées avec une double visée : la mise au point de procédés d'analyse et leur adaptation à une perspective sociologique. Pour les désigner brièvement, on utilise le terme d'analyse de contenu. Mais au-delà de cette appellation commune, la diversité des méthodes laisse perplexes les utilisateurs. Dans cet ouvrage, quatre praticiens exposent et appliquent leur méthode : l'herméneutique collective, l'analyse textuelle de J. Gritti, une méthode d'analyse de l'ethos proposée par Chr. Lalive d'Epinay et l'analyse structurale. Le lecteur pourra ainsi cerner l'apport respectif de chacune de ces méthodes et sera invité à une lecture comparative et critique. Cette réflexion sera amorcée dans deux directions : celle d'une confrontation avec la tradition des sciences du langage et celle de la pertinence du lien qui s'établit entre la méthode et l'intention sociologique. L'ouvrage s'adresse à l'étudiant, au chercheur, à l'enseignant et à tout lecteur intéressé par les sciences sociales ou les analyses qualitatives.

  • Aux côtés de George Berkeley et David Hume, John Locke (1632-1704) est l'un des principaux maîtres de l'empirisme britannique. Beaucoup fréquenté au XVIIIème siècle, notamment par Voltaire, ce grand philosophe est tombé dans un relatif (et injuste) oubli. Le développement du cognitivisme lui vaut aujourd'hui un regain d'intérêt dans le monde anglo-saxon il semble donc opportun de faire de son OEuvre une présentation « continentale ».
    Prenant comme base de sa réflexion le célèbre Essai sur l'entendement humain (1690), Alexis Tadié étudie successivement chez Locke: la théorie des idées, l'abstraction, la distinction entre qualités primaires et secondaires, le concept de substance, la causalité et le pouvoir, l'identité, le langage, la nature de la connaissance et le scepticisme. Il présente aussi deux développements importants de la pensée de Locke, chez Berkeley et chez Leibniz.

  • Dans la seconde moitié du xviiie siècle, en Grande-Bretagne, sous l'influence des travaux des philosophes empiristes et des théoriciens du sublime, une partie de l'ancienne rhétorique se recompose, à travers le questionnement des figures, en une nouvelle « poétique des passions » de laquelle sortira le « premier romantisme ». Pour comprendre cette évolution, Catherine Bois nous fait voir les connexions denses et complexes qui, dans les textes littéraires et critiques, lient langage, raison et passion en un réseau où se réarticulent des enjeux rhétoriques essentiels depuis l'Antiquité. Pour elle, le langage lyrique investi par l'affect conserve, tout en les modifiant, certains usages et principes de la rhétorique générale. Organisé chronologiquement, l'ouvrage présente les sources théoriques de l'analyse, puis les confronte aux oeuvres poétiques de Thomas Gray, William Collins, William Blake, William Wordsworth, et de plusieurs poétesses britanniques du XVIIIe siècle.

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