• En 1979, Honecker, dirigeant de la RDA, et Brejnev, chef de l'U.R.S.S., se donnent un baiser sur la bouche. La photographie de ce "baiser de la fraternité socialiste" fait le tour du monde. En 2016, une artiste d'origine polonaise, Sonia, le reproduit en peinture. Une exposition de ses toiles sur ce motif doit ouvrir ses portes dans une galerie à New York. Or, deux toiles présentent des coulures sur leurs bords que Sonia souhaite effacer avant le vernissage. Elle les embarque dans un Uber. Mais... Patatras ! Elle les y oublie. S'ensuivent des péripéties rocambolesques pour tenter de les retrouver... Or, Uber est un mur infranchissable, inébranlable. Ben Lerner réussit le tour de force de poser des questions politiques à partir d'une histoire presque triviale : un baiser volé.

    Né en 1979 à Topeka dans le Kansas, Ben Lerner enseigne la littérature au Brooklyn College. Il est l'auteur de recueils de poèmes et de deux romans, parus en français chez l'Olivier : Au départ d'Arocha (qui lui a valu aux États-Unis le Believer Book Award) et 10 : 04. En 2017, les éditions Allia ont publié La Haine de la poésie.

  • Réservée il y a peu encore aux érudits et aux universitaires, l'histoire est désormais omniprésente au travers des magazines, documentaires, etc. Mais la méconnaissance de cette discipline et la non-maîtrise de ses fondements scientifiques conduisent à nombre d'idées reçues et controverses. Qui n'a jamais entendu que l'histoire est née avec l'écriture, qu'elle a une fin, que son enseignement repose sur un « roman national », qu'elle aurait partie liée avec un devoir de mémoire... Autant de clichés qui oublient le rôle premier de l'historien : construire un récit à partir
    d'archives.
    Intimement liée à l'esprit critique, l'histoire permet ainsi de disposer des outils nécessaires à la compréhension du monde. Il n'est qu'à voir l'ardeur avec laquelle les régimes totalitaires n'ont cessé de réécrire l'histoire pour contrôler les peuples. Comprendre l'histoire, sa mécanique et ses codes, c'est ainsi comprendre que l'historien ne converse pas seulement avec les morts, mais qu'il s'adresse aux vivants, leur insufflant ce supplément d'âme du passé pour leur faire comprendre où ils vont.

  • Depuis l'an 2000, l'Apocalypse constitue une thématique plus que jamais dans l'air du temps. Catastrophisme ? Angoisse civilisationnelle ? Chimère ? Espérance ? Comment comprendre cette étonnante propension humaine à penser et à préparer la fin du monde ? À travers le renouvellement périodique des figurations d'une fin dernière du monde, cet ouvrage met aussi en lumière un paradoxe : l'eschatologie est créatrice, non d'une fin - toujours ajournée -, mais de renouveaux aux horizons multiples, souvent susceptibles de muer en moteur d'actions dans le présent. Dans cette approche interdisciplinaire aux thématiques variées, une place spéciale est réservée à des religions - zoroastrisme et samaritanisme - jusque-là insuffisamment considérées par les sciences humaines et généralement tenues à l'écart des travaux comparatifs sur l'eschatologie.

  • Quoi de plus familier que le sentiment de notre existence dans le temps, quoi de plus communément partagé que la division du temps en trois dimensions : passé, présent, futur... L'historien et l'anthropologue ont introduit des premières nuances au sein de ce consensus : d'une époque à l'autre, d'une culture à l'autre le temps change. Là il assure le retour du même, l'enfant réincarne l'ancêtre ; ici il voue l'homme à l'innovation permanente et à l'incertitude du lendemain. Pour les uns demain reproduit hier, pour les autres rien ne sera jamais plus comme avant. L'expérience psychanalytique oblige à pousser au-delà l'interrogation. C'est une découverte particulièrement surprenante de s'apercevoir que toute existence n'est pas marquée de temporalité. Tout le monde n'a pas de passé, les souvenirs d'enfance se réduisent à quelques on-dit, quelques photos, rien qui prenne la forme d'une histoire. L'avenir n'est pas davantage assuré, prévoir en plonge plus d'un dans le vide et l'angoisse. Plus étonnant peut-être encore, le présent n'est pas donné à tout le monde, on vit sans être là, la vie passe, on passe à côté d'elle.

  • On assiste de toutes parts au « retour » de l´événement. Aux notions de structure, d´invariant, de longue durée, d´histoire immobile se sont substituées les notions de chaos organisateur, de fractale, de théorie des catastrophes, d´émergence, de mutation, de rupture... Ce basculement n´affecte pas la seule discipline de l´histoire. Il est général à l´ensemble des sciences humaines et atteste une préoccupation nouvelle d´attention à ce qui advient de nouveau dans une interrogation renouvelée sur l´événement. François Dosse, dont les travaux en historiographie sont connus, met dans cet ouvrage la notion d´événement à l´épreuve du regard de diverses disciplines pour en mesurer la fécondité potentielle. Comme l´a dit Michel de Certeau, « l´événement est ce qu´il devient », ce qui induit un déplacement majeur de l´approche de l´événement de ses causes à ses traces. Telle est la grande nouveauté que perçoit l´auteur et qui change radicalement notre rapport à l´événement en le défatalisant. On ne peut donc parler d´un simple « retour » de l´événement au sens ancien du terme.

  • Comment les musiques et les récits sonores accompagnent-ils la formation des mémoires collectives ? Quelles places occupent-ils au sein de sociétés et de régimes d'historicité pluriels, et comment sont-ils susceptibles d'y faire archive ? Quelles fonctions jouent alors l'ethnologue, l'ethnomusicologue, l'historien ou le sociologue dans la production et l'utilisation de ces sources ? Les contributions de cet ouvrage explorent ces questionnements, en décrivant la constitution de fonds d'archives, les méthodes de recueil de documents musicaux sur le terrain, et leur usage pour la connaissance des mémoires. À partir d'études de cas ciblées, l'ouvrage interroge la façon dont les acteurs contribuent à la formation, à la circulation et à l'usage de fragments de mémoire voyageant par-delà les lieux et les époques. Il part d'études situées en dehors des territoires précédemment balisés par l'ethnomusicologie de l'Europe et de la France, pour mettre en lumière, dans des aires géographiques différentes, les relations existant entre archives et musiques.

  • Ce livre est l'un de ces traités de philosophie comme il n'y en a plus eu depuis plus d'un demi-siècle : une synthèse des savoirs et un renouvellement des principes de la philosophie, ce qui de nos jours est une nécessité.
    Avec la liberté c'est le problème de l'Autre qui surgit. Meyer montre que cette altérité s'enracine au départ en chacun avec l'idée du corps donc, à terme, de la mort. La religion répond à cette question, comme le droit répond à la question de l'Autre qui n'est pas soi et l'économie à l'Autre qui est chose.
    Le livre de M. Meyer se présente ainsi comme une véritable synthèse des problèmes ultimes de la philosophie : Soi, le Monde et Autrui. Que ce soit la morale ou l'art, la religion ou le droit, la science ou toutes les questions que l'homme se pose sur lui-même de façon immédiate, rien n'est laissé de côté dans cet ouvrage qui, par delà les synthèses, bouleverse les façons de penser héritées du XXe siècle.

  • Cet ouvrage vise à élaborer ce qui n'existe pas encore, à savoir une histoire comparée des philosophies. L'activité philosophique apparaît alors dans la singularité des pratiques nationales et est replacée dans une conjoncture donnée. La seconde préoccupation de l'auteur est de présenter une histoire polémique des historicités observables de Vico à aujourd'hui. Dans ces pages il n'existe donc que des philosophies comme il n'existe que des historicités.

  • Dans Par-delà la révolution copernicienne, l'auteur avait pris pour fil conducteur la critique husserlienne de la révolution copernicienne de Kant : si, pour ce dernier, l'être des objets se règle sur les structures a priori du sujet transcendantal, c'est en phénoménologie, à l'inverse, chaque catégorie essentielle d'objets qui prescrit en miroir une structure régulatrice du sujet constituant. Le présent ouvrage prolonge cette démarche : car loin que le système des objets soit clos une fois pour toutes, la sphère des objets culturels et idéaux est au contraire en perpétuel devenir ; cela n'implique-t-il pas, du côté du sujet, une plasticité et une relativité historiques de son essence et de ses facultés ? En outre, si l'on considère les structures de la raison scientifique, on doit avec Husserl faire le constat qu'elles sont privées de permanence anhistorique et que l'histoire est scandée par des coupures épistémologiques où se redéfinissent le style de la rationalité et les catégories de la raison scientifique. Quelle est l'instance qui produit de telles mutations de la rationalité ? Est-ce le sujet transcendantal, ou bien une dimension a-subjective plus originaire que le sujet lui-même ?

  • Ce volume est le fruit d'une réflexion collective des historiens et historiennes de l'université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Il en partage donc les caractères : refus des cloisonnements, choix de la longue durée qui court ici de la Babylonie antique au temps présent, participation de jeunes chercheurs comme d'historiens confirmés. Il interroge l'usage que les historiens font du « mythe » qu'ils considèrent autant sous sa dimension restreinte de « récit fondateur » et transhistorique, que sous son acception plus moderne et sociologique, qui a trait à quelques motifs imaginaires partagés. Il y est donc question d'Amazones et de vampires, de Déluge et de Révolution, de royaumes fabuleux, de sorcières et d'âge d'or de la civilisation. Plus que le rapport entre le vrai et le faux, c'est la rationalité et l'historicité de ces croyances du passé en leur temps que ce livre s'attache à sonder.

  • En trois phases successives, le temps, l'espace et l'identité, se dessine une approche de la ville qui tente de lier extérieur et intérieur, espace matériel et représentations de celui-ci. Au sens fort du terme, il s'agit de proposer une politique de la ville de Bordeaux c'est-à-dire de montrer en quoi la cité prend sens dans une histoire qui se présente en tant que possibilité de faire et de se transformer... au grés des rapprochements et des points de vue. Ainsi, le passé bordelais, comme accumulation d'images, et l'agglomération, on tant qu'emboîtement de formes et do distances, se conjuguent-ils pour établir cette identité locale faite autant de références à des lieux précis mais imprécis à la fois qu'à des périodes peu certaines : le célèbre xviiie siècle bordelais exalté qui s'oppose au xixe siècle plus terne constitueraient cette illustration mentale qui s'applique si bien à une géographie de la centralité bordelaise. Dans tout ceci, bien sûr, il y a la question de l'identité bordelaise, quelle est-elle ? et comment la référer précisément à un espace multiple selon les expériences que l'on peut en avoir. Cet ouvrage s'efforce de dire son Bordeaux imaginé (mais pas imaginaire) à travers ses dimensions, ses extensions, à travers également la manière dont on en parle en fixant la ville dans une historicité qui se refuse à toute précision et cependant fonde toujours les jugements.

  • Cet ouvrage comporte une série d'études sur la question de la violence dans la pensée du XXe siècle. Chaque étude interroge à sa façon la circularité critique que la question de la violence introduit entre pensée politique et anthropologie. À partir d'Arendt, de Fanon ou d'Althusser, de Deligny ou de Girard, de Deleuze ou de Balibar, chacune met en question la possibilité d'une fondation anthropologique de la politique, et la possibilité d'un discours anthropologique qui ne présuppose déjà une politique.

  • Dans ce nouveau numéro, Circuit porte un regard sur le métier de compositeur dans le contexte québécois en ce début de XXIe siècle, et aborde en filigrane les questions de l'identité, de la singularité et celle de l'exercice de cette profession, notamment selon le milieu où elle est exercée. Dirigé par le compositeur Simon Bertrand et illustré par l'artiste peintre Rita Ezrati, ce numéro intitulé « Réflexions sur le métier de compositeur : identité et singularités » génère, par la même occasion, des réflexions et des questionnements d'ordre sociologique sur le milieu de la création musicale au Québec et ses racines; celles, encore fragiles, du passé, et celles qu'il reste à inventer. Paul Bazin, Simon Bertrand, Estelle Lemire et Danick Trottier, entre autres, contribuent à ce numéro par le biais de divers portraits, enquêtes, analyses d'oeuvres et textes d'opinion mettant en relief les démarches artistiques ou sociales de compositeurs et de compositrices représentant plusieurs générations.

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