• Quant à l'avenir de la psychologie scientifique, et des autres sciences touchant de près ou de loin aux problèmes de l'esprit, on ne saurait s'inquiéter à son sujet car, non seulement leur développement est irréversible, mais encore il est, comme en toutes les sciences, d'une irréversibilité d'un type particulier : ainsi qu'aime à le dire R. Oppenheimer, celle-ci repose sur la conscience des erreurs qu'on ne fera plus car, en science, il n'est pas possible de se tromper deux fois de la même façon. Tant l'ouverture indéfinie de ces sciences jeunes sur de nouveaux problèmes, que cette capacité d'autocorrection irréversible, sont donc les gages assurés de leur vitalité.

  • À quelles conditions pourrions-nous tenir le langage de l'expérience à propos de l'affrontement de l'homme et de l'absolu ? Saurions-nous produire un concept de l'expérience, qui rende justice à ce qui se passe et ne se passe pas, lorsque l'homme ne se préoccupe plus seulement de penser l'absolu, mais aussi de penser à lui en l'aimant ? Aux constructions théoriques organisées autour du concept de sentiment religieux (Schleiermacher), ou dans le seul élément du savoir par concepts (Hegel), nous proposons une alternative : monde et terre (Heidegger) sont l'a priori de l'expérience. Mais l'homme qui s'occupe de l'absolu - d'un absolu qui soit personne et promesse de relation, de Dieu - cesse d'incarner ces figures natives de son humanité que sont le Dasein et le mortel. Il ne s'agit certes pas de prendre congé de la phénoménologie. Il s'agit de rendre compte, phénoménologiquement, de ce qui n'est pas donné dès le commencement, de ce qu'on ne peut déduire des règlements transcendantaux de l'existence. La description de ce qu'on nomme par convention la liturgie cerne ainsi une région et une modalité de l'expérience qui nous imposent de redéfinir plusieurs concepts. Il ne faut pas présumer trop vite que nous savons déjà ce qu'il en est de l'humanité de l'homme. Mais, lorsque son aptitude à la liturgie et les contraintes qu'elle impose ont été élucidées, un ou deux moyens nous sont donnés de savoir qui nous sommes. L'homme a d'autres choses à faire que prier mais, peut-être, ne pourrait-on percevoir le sens de ces autres choses, si ne se déployait d'abord la liturgie.

  • Reconnue comme l'une des plus grandes philosophies de l'État, la philosophie politique hégélienne reste cependant mal comprise ; peut-être, d'abord et avant tout, parce qu'elle se veut philosophie ; parce que cette dimension même de la vie humaine qu'est la vie politique, ne peut, selon Hegel, être comprise que dans et par son rapport aux autres dimensions de la vie, la religion, l'économie et la société. Par opposition aux trois lignes d'interprétation traditionnelles les plus répandues du hégélianisme qui, chacune, privilégièrent un aspect seulement de ce système - langage, travail ou communication -, cette étude tente de ressaisir le sens du projet philosophique total de Hegel en politique, et ceci en examinant la manière dont s'élabora son système à une période cruciale de sa formation : la période d'Iéna (1801-1806).

  • L'histoire de la philosophie peut être présentée comme une série d'efforts pour démystifier les illusions de la conscience commune. Cette étude part des traditions sceptiques et idéalistes, pour examiner ensuite les modernes philosophies du soupçon, et évoquer pour finir la sensibilité intellectuelle d'une post-modernité à laquelle le rêve d'un dévoilement critique semble être devenu étranger.

  • Les grands noms de la philosophie allemande, les sources austro-allemandes de la philosophie analytique, les philosophies de la culture, l'école de Francfort, les philosophies politiques, le rationalisme critique, littérature et philosophie.

  • Cent ans après la mort de Marx, ce court essai ne propose pas « la version vraie du marxisme » parce que cela n'aurait aucun sens, mais il invite à considérer la philosophie marxiste pour ce qu'elle est, ou plutôt, pour ce qu'elle devient. Car l'une des raisons qui fait l'importance exceptionnelle de l'oeuvre de Marx, c'est sa capacité théorique et pratique à progresser au rythme des sociétés et des sciences, et son incompatibilité profonde avec l'idée même de système fermé. Mais alors, que signifie donc « être marxiste » ? Que désigne-t-on par « philosophie marxiste » ? De façon accessible, les auteurs proposent leurs réponses à ces deux questions, en mettant l'accent sur quelques aspects qui leur ont paru caractéristiques de la vie du marxisme. Cette Invitation à la philosophie marxiste est donc lancée à un large public, avec le souci de contribuer à la réflexion collective et au débat.

  • Philosophie, poésie, mystique : entre ces champs divers de la connaissance et de l'action, le présent ouvrage, en décrivant l'efflorescence des formes montre l'implication de l'esthétique littéraire dans la philosophie d'aujourd'hui.

  • Pour permettre aux étudiants de DEUG, IUFM, prépas, de s'initier à ce courant de la philosophie, préparer leurs exposés et leurs dossiers, réviser leurs partiels et leurs examens.

  • La logique est implacable. Il y a dans la ténacité de Cavaillès quelque chose de terrifiant. C'est une figure unique. Un philosophe mathématicien bourré d'explosifs, un lucide téméraire, un résolu sans optimisme. Si ce n'est pas là un héros, qu'est-ce qu'un héros ?, déclarait en 1969 Georges Canguilhem sur les ondes de France-Culture. Ces mots suffisent pour justifier la réédition d'un livre paru en 1950 et devenu introuvable. Jean Cavaillès naît en 1903. À vingt ans, il est reçu premier à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm. Agrégé de philosophie en 1927, ses travaux, par la suite sur la logique et la théorie de la science, montrent un esprit attaché à la pensée pure. Puis, vient la guerre. Ce philosophe s'engage : chef de résistants, il monte en première ligne. Ce logicien dévoile sa morale : il prend les chemins les plus risqués, se fait poseur de bombes. Le dénouement tardera mais surviendra dans une France qui se libère : Jean Cavaillès tombe, exécuté par les Allemands, en janvier 1944. Aujourd'hui, le livre de Gabrielle Ferrières, qui raconte cette vie, nous dit tout simplement que les philosophes ont un visage et que la philosophie peut aussi se concevoir dans le risque, l'urgence, la Résistance.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Plutôt que de compliquer le marxisme par des interprétations philosophiques destinées à le rendre concret et intelligible, on propose une autre voie de réforme : sa paupérisation philosophique, sa simplification interne, à la fois sa radicalisation et son universalisation pertinentes pour toute conjoncture possible, c'est-à-dire le capitalisme et la philosophie réunis dans la pensée-monde. Une axiomatisation, transcendantale plutôt que formelle, doit le désencombrer de ses postulats inutiles, historico-dialectiques, et du concept philosophique des postulats. À cette fin, quatre voies sont prospectées qui doivent instaurer une pratique non-marxiste du marxisme : la détermination-en-dernière-instance, dont les philosophies ont méconnu l'originalité non-philosophique de causalité par immanence unilatérale, et qu'ils n'ont pu élucider par ensorcellement dialectique ; l'infrastructure comme immanence radicale du Réel travestie en matière et matérialisme ; l'identité sans synthèse dialectique de la science et de la philosophie, donc une réforme de la théorie et une discipline inouïe qui use de la philosophie sans en être une ; un nouvel objet, posé comme une hypothèse adéquate au concept axiomatisé de l'infrastructure, non plus les formes socio-économiques du capitalisme, mais la fusion du capitalisme transhistorique et de la totalité de ses conditions philosophiques de fonctionnement, c'est-à-dire de la philosophie en personne, dans l'universalité de la pensée-monde. Le programme non-marxiste ne nie pas philosophiquement le marxisme, il le pratique autrement pour retrouver son originalité théorique et humaine. Aller à Marx plutôt qu'y faire retour, le connaître plutôt que le reconnaître...

  • La pensée de Marx est célèbre pour ses différentes critiques : critique de la philosophie hégélienne, de la philosophie critique, de la philosophie tout court, de la religion, de la politique, du socialisme utopique, de l'économie politique... Une telle insistance ne peut être fortuite, elle indique bien plutôt un projet théorique original, critique en ce qu'il se veut polémique, mais aussi en ce qu'il se veut non dogmatique. L'ouvrage, en s'attachant aux étapes principales de l'évolution intellectuelle de Marx, montre que, toujours, le motif critique reste constitutif, depuis la jeunesse, alors que Marx adhère à la philosophie critique des jeunes hégéliens, jusqu'à la maturité, lorsque Le capital donne son couronnement à l'entreprise de la critique de l'économie politique. Il s'avère, en fait, qu'un même projet critique traverse les différentes étapes de l'oeuvre, et qu'il constitue l'un des foyers à partir duquel elle doit être interprétée.

  • La différence est le concept central des fondateurs de la philosophie contemporaine la plus novatrice - Nietzsche et Heidegger - et de leurs successeurs comme Deleuze et Derrida. De ce point de vue, elle remplace la contradiction et la structure. Elle désigne la simultanéité de la scission et de l'identité, la distance positive qui unit immédiatement, sans négativité ni dialectique, les contraires. Le premier temps de cette enquête consiste en une reconstruction de la catégorie de la différence et analyse systématiquement les deux usages qui la partagent conflictuellement : comme différence idéelle et infinie, figure initiale et terminale de la métaphysique (Nietzsche et Deleuze) ; comme différence réelle et finie, figure de dé-limitation de la métaphysique (Heidegger et Derrida). Dans un second temps, la critique de la différence débouche sur celle de la décision philosophique en général. Critique qui applique à l'histoire de la philosophie la pensée de l'un plutôt que de l'être, celle de la science aussi plutôt que de la philosophie dont elle s'avère indépendante. S'esquissent ainsi une science rigoureuse de la décision philosophique et une fondation de la contingence d'une telle décision. Elles interpellent radicalement la modernité philosophique - au-delà même de la réforme de l'entendement qu'impose la pensée critique de la différence.

  • La pensée de Nietzsche suggère et appelle de nouvelles et continuelles reformulations. Le souci qui fut le sien, celui du dépassement du nihilisme, demeure le souci premier. Pour sortir d'un potentiellement interminable crépuscule des valeurs et des sens

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Thomas Hobbes est le plus grand philosophe politique des temps modernes, à la fois par la rigueur de son système et par la lucidité avec laquelle il a révélé les structures et les ressorts de la réalité politique. C'est aussi l'un des plus mal compris et l'un des plus calomniés, tant les passions et les querelles qu'il a suscitées sont vives. Première querelle : sa politique est-elle celle d'un athée ou est-elle l'expression politique de son anglicanisme ? Deuxième querelle : a-t-il fait l'apologie du despotisme, voire du totalitarisme, ou a-t-il simplement défini les conditions rationnelles du bon fonctionnement de l'autorité politique dans l'État moderne ? Troisième querelle : sa politique est-elle gouvernée par une morale ou a-t-elle asservi et finalement dissous toute morale ? Dans le prolongement de ses travaux antérieurs sur Hobbes, l'auteur, fidèle au grand rationalisme de Hobbes, s'efforce de dépasser ces oppositions par une interprétation fondamentalement raisonnable, qui convient à ce très grand philosophe de la guerre et de la paix entre les hommes.

  • Les divers matérialismes des XVIIIe, XIXe, XXe siècles ont souvent fait de Spinoza leur ancêtre. Mais, stricto sensu, cette revendication n'est pas possible si elle signifie la dérivation, ou la déduction, de la pensée à partir de la matière. Par contre, si le matérialisme consiste à rapporter au corps tout événement de la vie psychique, affective, individuelle comme collective, Spinoza inaugure un matérialisme inédit, où affirmation de la puissance d'agir et affirmation de la puissance de penser sont données en simultanéité. Matérialisme sans suite, même si le mouvement issu de Marx, poursuivi à titres divers, voire opposés, pour les divers marxismes, est celui qui a le moins mal entendu la leçon spinozienne en ce qu'elle unit, dans la même configuration, désir et entendement, force et imagination, éternité et historicité spécifique. Mais Spinoza ne peut pas davantage se couler dans un matérialisme devenu dialectique. La réforme de l'entendement qu'il promet, concerne du même mouvement les illusions téléologiques et les prétentions du rationalisme absolu de l'autoproduction humaine. Le projet d'un matérialisme de la pratique dans la finitude serait-il l'avenir de la philosophie ? L'ouvrage entend explorer les suggestions inépuisables d'un penser qui saisit l'activité de la libération sans la fétichiser comme empire dans un empire, sans la concevoir comme fantasme de maîtrise.

  • De l'ennui, un discours est-il possible et lequel ? En fait, c'est d'un long évitement qu'il s'agit : longtemps ignoré des psychologues, oublié des aliénistes, traité par les moralistes de façon confuse ou identifié au vide par les métaphysiciens, les discours en ont traité comme par omission, tournant autour d'un vécu à la fois évident et insaisissable. C'est le but de la présente enquête d'interroger l'histoire des différents modes de construction de l'ennui à travers les discours qui lui sont consacrés. Par là, elle révèle les solidarités entre les modalités de l'expérience subjective et les formes d'ennui, en les inscrivant dans leur matérialité sociale. Cette première généalogie véritable de l'ennui a un enjeu épistémologique - puisque interrogeant le paradoxe qui a conduit les sciences humaines à méconnaître l'ennui - et idéologique, puisque permettant un découpage de l'objet ainsi dégagé des amalgames idéologiques qu'y ont tressés les discours, dont l'ennui s'avère aussi bien un référent qu'un symptôme.

  • Rédigés, pour la plupart, à la demande de non-philosophes, les textes ici recueillis couvrent un vaste champ, qui va des sciences de la nature aux sciences politiques. Il n'est nulle pensée qui ne tienne par quelques biais au tout de la pensée, et ne sollicite ainsi l'interrogation philosophique. On le redécouvre aujourd'hui, même à propos des questions brûlantes que soulèvent les nouvelles théories physiques - chaos, unification des forces fondamentales... -, les scénarios cosmologiques (Big-Bang), le projet des sciences cognitives, la mise en oeuvre du génie génétique, les menaces qui pèsent sur l'environnement mais, aussi, le destin incertain de la démocratie, la crise mondiale des systèmes éducatifs... À ceux qui s'interrogent à haute voix, non souvent sans sarcasmes, et se demandent à quoi sert donc la philosophie ?, ces essais tentent d'apporter une réponse par quelques analyses concrètes.

  • La psychanalyse a découvert chez l'homme une sorte de culpabilité fondamentale. De cette culpabilité, Y. Brès cherche à distinguer le péché judéo-chrétien, que la tradition confond abusivement avec la culpabilité sexuelle, et dont il convient de rétablir la signification transcendantale.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Explique en quoi consiste l'idéalisme rationaliste objectif, et comment on peut l'établir, et la thèse contraire qui conforte la première par ses objections.

  • L'homme a cherché à déchiffrer, dans l'histoire, la philosophie qui lui permettrait de dévoiler le secret de la légende des siècles, et de fabriquer la pierre philosophale capable de métamorphoser le temps impitoyable en guide salvateur. Capter la fuite des ans, pour la transformer en progrès, prolonge et renforce le rêve de Prométhée demandant à la technique de le rendre maître de la nature. L'homme a ainsi travaillé à allumer de nouveaux soleils pour éclairer les voies du devenir ; mais nous risquons de ressembler à Phaéton qui, voulant conduire le char solaire, faillit incendier la Terre et embraser les cieux. Car Auschwitz et le Goulag naquirent des délires rationnels de Clio. La science et l'histoire ne sont que d'immenses palais cachant un labyrinthe : celui de notre vie où nous quêtons toujours l'issue qui nous libérerait de tous les monstres. Telle est la philosophie, que les philosophies de l'histoire permettent de dégager de leur histoire même, dont les bruits et les hurlements se font passer pour de joyeux cris de victoire.

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