• Le procès

    Franz Kafka

    Un matin, au réveil, alors qu'il n'est coupable d'aucun crime, Joseph K. est accusé et arrêté. Arrêté, mais laissé entièrement libre. Accusé, mais sans savoir ni de quoi ni par qui. Ainsi s'ouvre Le Procès, qui dépeint les affres d'un personnage aux prises avec un adversaire aussi implacable qu'insaisissable, la Loi.
    Terreur, mépris, révolte, indifférence : quoi qu'il éprouve ou fasse, le prévenu s'enferre, aggrave son cas, court à sa perte. Et, à mesure que s'effondrent toutes ses hypothèses, la réalité se dévoile pour ce qu'elle est... un univers de faux-semblants.
    Roman de la justification impossible, Le Procès nous invite à emboîter le pas à Joseph K., au narrateur et à Kafka lui-même, pour méditer sur le destin d'un individu, le sens de la vie et la question du salut.
    © 1983, Flammarion, Paris, pour la traduction française.
    VO : "Der Process"
    Édition corrigée et mise à jour en 2011
    Couverture : Virginie Berthemet © Flammarion

  • John Cage rencontre Marcel Duchamp en 1941. Trente après, il confie les souvenirs qu'il conserve de cet homme aussi simple qu'énigmatique. Et d'abord il salue en lui la beauté de son indifférence. En 1913, Duchamp a composé un Erratum musical de manière aléatoire. Raison pour laquelle John Cage le hisse en précurseur de ses propres recherches. Il rapporte aussi quelques anecdotes, et notamment la rare fois où Duchamp a perdu son sang-froid, lui d'ordinaire si magnanime : une mémorable partie d'échecs, que Cage aurait dû gagner mais qu'il a perdue, mettant Duchamp dans une colère noire. Le compositeur rend aussi compte avec sa simplicité coutumière des grandes problématiques soulevées par Marcel Duchamp, et notamment le rapport entre l'oeuvre et le spectateur, préoccupation partagée entre les deux hommes. Les deux oeuvres s'offrent d'ailleurs l'une l'autre dans un miroir inversé : Cage explique avec une grande clarté avoir voulu développer la dimension physique de l'écoute quand Duchamp voulait réduire cette dimension dans la peinture. Pédago­gique, drôle, émouvant, un témoignage inédit en français sur celui qui "prenait le fait de s'amuser très au sérieux".

  • Un homme donne rendez-vous à une femme prénommée Lena dans le grand cimetière de Stockholm. Cette femme est une inconnue, mais elle rappelle intensément au narrateur la jeune femme dont il a été très amoureux il y a une vingtaine d'années. Cette dernière s'appelait Magdalena, était comédienne, elle aussi avait joué Strindberg. Après leur rupture, le narrateur a écrit un livre sur les trois années qu'ils ont vécues ensemble et il veut donner les détails à l'inconnue de Stockholm.
    Ce récit de Peter Stamm ciselé en 37 petits chapitres, dont le titre rappelle « la tendre indifférence du monde » évoquée par Albert Camus à la fin de L'Étranger, est d'une vertigineuse intelligence.
    Peter Stamm décrit avec des mots simples, étudiés, ce moment de tourbillon fondamental où le sens de notre identité vacille, un théâtre de l'intime où le trouble règne.

  • Dans la ville natale de l'auteur, trois adolescentes agressent un homme, ou plutôt un type, représentant caractéristique d'une classe d'êtres fashion. Témoin de ce lynchage, Éric Chauvier vient au secours de l'homme mais, déjà, les silhouettes des jeunes filles se sont éclipsées. La victime décline toute aide puis se dirige vers un bar, le bien-nommé Dark Rihanna, "bar-club très tendance", avaient décrit les journaux au moment de son ouverture. Le narrateur la suit, pénètre à son tour dans ce temple mondialisé - décoration new-yorkaise, murs de briques vertes, plafonniers industriels, le tout orné de reproductions d'oeuvres de Basquiat et de Keith Haring, de photographies de William Burroughs ou de Jack Kerouac. La clientèle du bar compose une collection de types : du "gentleman farmer hyperurbain" à la jeune femme un peu queer en passant par une fausse Patti Smith et une Debbie Harry plus réussie. Étranger dans la ville qui l'a vu grandir, l'anthropologue tente de saisir ce qu'il voit sans parvenir à en être lui-même acteur. Comment dans ces conditions devenir l'"observateur participant" prôné par l'ethnologie moderne ? Chauvier souhaiterait commander une bière. Ce qui semble peine perdue, tant les codes du lieu lui échappent.Devant le jeu de références remâchées qui s'étalent sous ses yeux, de Booba à Rihanna, Éric Chauvier explore avec une ironie pour le moins radicale les failles des représentations, la terreur tapie ou calfeutrée de ces nouvelles métropoles du désir. Parviendra-t-il à consommer ? Dans son non-genre, ce livre est une merveille.

  • Préfère l'impair

    Claude Habib

    Le lecteur, devenu voyeur sans compassion, se met à l'affût des rapports qu'entretiennent les antihéros de cette histoire : Florence, qui désire un enfant, Stéphane, son mari stérile, leurs amis - et « Stéphanie », qui sera la maîtresse de Stéphane dans ce temps qui précède la naissance d'un enfant. Égoïsme, tendresse fugace, lucidité vite transgressée, indifférence, désespoir parfois. Le roman d'une époque où intérêt et rentabilité ont phagocyté les âmes. Un soufflet magistral.

    Claude Habib est née en 1956. Ancienne élève de L'École Normale Supérieure de Fontenay, elle est agrégée de Lettres Modernes et enseigne comme maître de conférences à l'université de Lille III. Par ailleurs, elle travaille au comité de rédaction de la revue Esprit. Préfère l'impair est son premier roman.

  • Millefeuille

    Leslie Kaplan

    Millefeuille, c'est le portrait d'un vieux monsieur qui sait qu'il va vers la mort et qui se débat avec ça. Et d'un humaniste, qui est à la fois affecté par tout en surface, et profondément indifférent. C'est aussi un livre sur les rapports entre générations, un vieux et des jeunes.Un vieux monsieur, donc, aimable, ouvert aux autres et au monde, et en même temps, toujours dans une certaine distance, sans intérêt véritable, guetté par l'ennui. Tout l'intéresse sans arrêt, rien ne l'intéresse vraiment. Il a apparemment beaucoup d'amis, et il n'a aucun ami.Son rapport avec les jeunes, son fils Jean, Léo, ensuite Loïc, un jeune paumé, est toujours ambivalent, affection et envie, intérêt et fureur, souci et rejet. Loïc, il veut l'aider, il sent que Loïc va « commettre l'irréparable », et puis il le laisse tomber, alors qu'il sait qu'il prend un risque.Et ensuite il culpabilise à fond.Quelque chose a été loupé dans son rapport à son fils et se répète avec les jeunes autour de lui, avec lesquels il est constamment dans un rapport de séduction et d'énervement. Et ça s'est renforcé avec l'âge, l'approche de la mort.Les autres l'encombrent alors qu'il se sent souvent seul, abandonné.En somme il tourne sans arrêt autour de lui-même, c'est le seul repère qu'il a, mais il ne peut pas être pour lui-même un repère.Il s'effiloche, se désintègre sans arrêt. Millefeuille, il est « comme les feuilles de papier sur le bureau, il y a un petit courant d'air qui (le) traverse tout le temps »

  • Petite, Sugan Kanwar adore passer ses vacances dans son village natal, au coeur du désert qui entoure sa ville fortifiée de Jaisalmer au Rajasthan. Au fil des ans, elle s'étonne de n'avoir aucune autre petite fille pour jouer avec elle. « Les femmes n'accouchent que de garçons au village, c'est à cause de l'eau de notre puits », lui explique sa grand-mère.
    C'est lors d'un mariage que Sugan apprend par hasard la vérité : dans sa caste hindoue, on ne « garde pas les filles ». Elles sont tuées par leurs propres mères, peu après l'accouchement, et enterrées dans l'enceinte des maisons, une tradition qui se poursuit dans l'indifférence générale.
    Sugan comprend alors qu'elle est une exception : son père a pris la décision de la « garder ». Elle prouvera à tout le village qu'il a eu raison.
    Un témoignage bouleversant qui lève le voile sur le drame de l'infanticide en Inde.


    Photo © Michel Gounot / Godong / Corbis
    © Flammarion, 2014.

  • Seydou

    Rick Fapatello

    Après un voyage périlleux, Seydou, un jeune Malien fuyant son pays, débarque à Paris et se réfugie dans la cabane d'un jardin clos. Dans son quartier tranquille, la vie de Mathilde est soudain bouleversée par l'irruption du jeune migrant chez elle.

    Métaphore d'une Europe recluse, ce jardin entouré de murs devient peu à peu le décor d'une tragédie où Seydou et Mathilde rencontrent leur destin.

    Au travers d'une belle histoire, le regard d'un romancier sur la crise migratoire et l'endormissement de nos consciences. 

  • L'un contre l'autre. Le conflit qui depuis toujours oppose les hommes aux femmes et les êtres humains entre eux pourrait-il avoir un sens positif ? Pour répondre à cette question Alain Dunand remonte jusqu'à l'origine de ce conflit. En ce point les contraires communiquent : l'amour qui unit et la liberté qui sépare, sont les deux noms d'une même force. Le monde se laisse alors voir autrement. La vieille idée que le mal est le contraire du bien s'avère fausse ; erreur grave génératrice du contresens qui s'incarne dans le mythe de l'égalité conformiste. Pour guérir de ce mal, il faut réformer notre éducation selon des orientations que l'auteur dessine à grands traits. Il faudra aussi opérer une mutation politique et reconnaître l'égale nécessité des tendances opposées.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • En politique le désordre est inextricablement lié à l'ordre, chaque tentative pour imposer l'ordre (quel qu'il soit) ne fait qu'ajouter au désordre. Le désordre est la matière même de la politique : quels sont les fondements du désordre ? Quelle est la sémiologie du désordre ? Qu'est-ce que le désordre idéologique, le désordre politicien ? Comment peut-on vivre avec le désordre ? L'auteur s'efforce, en dix leçons, de répondre à ces questions délicates. Chaque société a son taux de désordre : mais il faut bien comprendre ce qu'est de désordre universel, comment on peut chercher à le régulariser, à le contourner. On n'échappe pas au désordre : et beaucoup de politiques cherchent - sans trop le dire - à en tirer profit.

  • La moustache

    Emmanuel Carrère

    Le mari d'Agnès, un matin, rase sa moustache, sans le lui dire, pour la surprendre. Mais elle ne remarque rien et prend à témoin ses amis, son entourage, appuyée par des photos, pour montrer à son mari qu'il a coupé une moustache qui n'a jamais existé. A partir de ce canular innocent, le monde se dérègle et monte la folie. Ayant vidé la poubelle sur le trottoir, il trouva vite le sac qu'on plaçait dans la salle de bains, en retira des cotons-tiges, un vieux tube de dentifrice, un autre de tonique pour la peau, des lames de rasoir usagées. Et les poils étaient là. Pas tout à fait comme il l'avait espéré : nombreux, mais dispersés, alors qu'il imaginait une touffe bien compacte, quelque chose comme une moustache tenant toute seule. Il en ramassa le plus possible, qu'il recueillit dans le creux de sa main, puis remonta. Il entra sans bruit dans la chambre, la main tendue en coupelle devant lui et, s'asseyant sur le lit à côté d'Agnès apparemment endormie, alluma la lampe de chevet. Elle gémit doucement puis, comme il lui secouait l'épaule, cligna des yeux, grimaça en voyant la main ouverte devant son visage.
    -Et ça, dit-il rudement, qu'est-ce que c'est ?

  • Toutes ces nouvelles vraies sont autant de tranches de vie qui constituent le quotidien à tous les âges, dans ce vieux Lyon qu'affectionne particulièrement l'auteur. Chacun côtoie les acteurs, mais ne s'apitoie sur leur sort que lorsque les médias leur révèlent l'affaire. Comment expliquer ces comportements ? L'indifférence a une place prépondérante dans notre attitude et une certaine lâcheté s'y mêle. Cric Vigneau, par des récits nombreux et variés, laisse transpirer son émotion et peut-être sa révolte.

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