• Dès 1925, Zweig pressent l'un des grands bouleversements sociaux de notre siècle : l'uniformisation du monde. Si le concept de mondialisation reste alors toujours à inventer, il examine avec perplexité des sociétés qui gomment progressivement toutes leur aspérités. Avant même l'invention des smartphones, il nous décrit l'avènement de l'instantanéité. Ce culte de l'éphémère joue finalement un rôle central dans l'uniformisation ici dénoncée.

    Dans ce texte saisissant d'actualité, Zweig pose un regard sensible sur une époque foncièrement hostile envers les originaux. Un essai à lire comme le témoignage lucide d'un homme définitivement en rupture avec l'esprit de son temps. Dernier recours pour les individualités récalcitrantes : fuir en elles-mêmes, pour oublier l'oppression du collectif.

    Stefan Zweig (1881-1942), de nationalité autrichienne, est l'un des auteurs de langue allemande majeurs du XXe siècle. Romancier, essayiste et dramaturge, il est l'auteur de plusieurs classiques, comme Amok ou La Confusion des sentiments. S'il rencontre le succès de son vivant, son existence bascule à l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Exilé au Brésil et désespéré par la guerre, il se suicide en 1942.

  • Grands carnivores

    Bertrand Belin

    Aujourd'hui, lendemain de l'arrivée d'un cirque en ville, lendemain de l'exposition au Grand Hôtel, lendemain d'un jour qui n'était encore la veille de rien de particulier, d'aucun événement remarquable, aujourd'hui donc, aux aurores, sur le site de l'ancien port de marchandises, le moral n'est pas au beau fixe. Il y a de l'agitation... un groupe de fauves s'est échappé durant la nuit. L'inquiétude se propage avec la rumeur. Qui a peur, à présent, d'être dévoré ? Et par qui ?

  • En 1922, le poète portugais Fernando Pessoa publiait Le Banquier anarchiste, mettant en scène un personnage surprenant: banquier et anarchiste. La question que tentait de résoudre le banquier reste ouverte: la véritable liberté ne s'obtient-elle qu'au prix de l'individualisme, qui permettrait seul d'échapper à l'argent et l'esprit grégaire?

    Un siècle plus tard, deux lecteurs de Pessoa, Adeline et Édouard, font la rencontre fortuite à Paris d'un vieillard qui prétend être le fameux banquier du dialogue entamé avec Pessoa. Tout en cherchant à percer le mystère de sa longévité, ils le prennent au mot et renouent le fil de la discussion en passant un pacte: pendant sept jours, ils ont le droit de lui poser toutes les questions et de lui opposer tous les arguments qui leur viennent à l'esprit.

    Adeline Baldacchino, née en 1982, est écrivain. Elle a publié des recueils de poésie, dont Théorie de l'émerveil, un roman Celui qui disait non (Fayard) et deux essais, La Ferme des énarques (Michalon) et Notre insatiable désir de magie (Fayard).

    Édouard Jourdain, né en 1981, est docteur en science politique et en philosophie, il est l'auteur de Proudhon, un socialisme libertaire (Michalon), Proudhon contemporain (CNRS Éditions), L'anarchisme (La Découverte).

  • Les salariés sont pris dans un dilemme qui les met en grande vulnérabilité. Au-delà du besoin financier qui les tient, et malgré les contraintes permanentes qu'impose la subordination inscrite dans leur statut, ils ont pour leur travail de réelles aspirations en termes de sens, d'utilité sociale, d'identité professionnelle et citoyenne.

    Cette situation permet aux directions d'entreprise d'asseoir et de pérenniser leur emprise sur leurs salariés, de façon de plus en plus savante et sophistiquée. En stimulant et exacerbant les désirs qui sous-tendent leur rapport au travail, elles parviennent à imposer de nouvelles méthodes d'organisation et d'implication des salariés, toujours plus déstabilisantes et délétères.

    Danièle Linhart décrypte la capacité patronale à faire renaître, sans cesse, sa domination, afin de préserver, voire sublimer, un lien de subordination qui devient de plus en plus personnalisé et intrusif, et qui compromet toute capacité collective des salariés à s'emparer des véritables enjeux du travail. Des DRH « bienveillantes » et préoccupées du « bonheur » de leurs salariés aux « entreprises libérées » par leur leader, en passant par l'esprit start-up et l'offre éthique, l'auteure analyse tous ces faux-semblants des innovations managériales qui paralysent l'intelligence collective.  

  • Dans le climat de l'Ère des réformes, l'utopie technologique imaginée par John A. Etzler n'est pas vraiment extravagante : tant d'autres, au milieu du XIXe siècle, ont imaginé des projets saugrenus pour refaire le monde. Fort réticent à l'égard de ces communautés chimériques, Emerson suggère au jeune Thoreau de rédiger une critique de l'ouvrage d'Etzler. Dans la fantaisie irréalisable qu'il commente, Thoreau apprécie la suggestion d'une relation apaisée avec la nature mais n'accepte pas une société idéale dont le but serait le confort matériel et la recherche du plaisir. Surtout, l'utopie d'Etzler manque l'essentiel : elle ne fait pas confiance à l'homme. Or, s'il doit y avoir progrès, il sera individuel.

    Américain dissident, Henry D. Thoreau (1817-1862) est un réfractaire qui se plaît à résister, à suivre son chemin absolu en dépit de tout. Par ses écrits, il met la force tonifiante de sa résistance au service de tous ceux qui veulent garder l'esprit en éveil et maintenir une position critique peut-être plus nécessaire que jamais à notre époque de contrôle soft de l'opinion par les divers moyens d'information ou les « produits culturels ».

  • En effet, à la différence de la domination et de la coercition, l'autorité est la parole du collectif, elle est le Tiers qui conditionne tout ensemble le langage et le rapport à autrui. Comment faire autorité dans la famille, à l'école, au travail ou en politique lorsque toute position d'exception se trouve par avance récusée, contestée, sinon méprisée ? Qu'est-ce qu'une société dans laquelle plus personne n'assume la position d'exception et les normes de la vie ensemble ? Quelles en sont les conséquences sur la construction psychique de l'autonomie et de la responsabilité ?

    Dans un dialogue constructif, Jean-Pierre Lebrun et Alain Eraly, appartenant à des disciplines différentes, croisent leurs approches et s'essaient à concevoir de nouvelles formes d'autorité au service du commun, plus respectueuses de nos valeurs démocratiques.

  • Cent-cinquante ans après sa mort, Alexis de Tocqueville reste un mystère. Trop libéral pour la droite, trop aristocrate pour la gauche, il est un démocrate de raison et non de coeur.

    Son génie est d'avoir pensé la démocratie dans toutes ses dimensions, notamment sa face sombre - la tyrannie de la majorité et sa passion pour l'égalité - qui peut la faire basculer dans le despotisme. Voilà pourquoi il est d'une actualité saisissante au moment où les nations libres traversent une crise sans précédent depuis les années 1930. Nul mieux que lui n'a montré que la démocratie peut s'effondrer de l'intérieur, sous l'effet de l'individualisme, des émotions collectives et de la fascination pour la violence. Nul mieux que lui n'a souligné qu'elle dispose de formidables ressources pour relever les défi s nés des transformations du capitalisme, des régimes ou des idéologies qui entendent la détruire. Car Tocqueville est aussi un combattant de la liberté, qui a lutté pour l'abolition de l'esclavage, la réforme du système pénitentiaire et l'enracinement de la République. Un combattant de la liberté qui nous rappelle qu'elle dépend de l'engagement de chacun à la défendre.

  • Et si tout n'était qu'une question de liens ? C'est l'hypothèse de laquelle sont partis Damien Deville et Pierre Spielewoy pour élaborer le cheminement théorique et politique de l'écologie relationnelle. Fils de la fin du XXe siècle, les auteurs font partie de cette génération qui a vécu à la fois la diversité du monde et sa destruction précipitée. S'ils formulent une puissante critique de l'uniformisation des territoires et des paysages actuellement à l'oeuvre, c'est pour mieux dynamiter les barrières qui nous empêchent de penser pour et par la diversité, et nous inciter à redécouvrir la complexité du vivant, des individus et des cultures, ferment d'une société empreinte de justice et riche de rencontres. En renouvelant notre façon d'habiter la Terre et en définissant avec justesse la place de l'humanité dans la grande fresque du vivant, l'écologie relationnelle devient une ode à la pluralité et à la solidarité. Elle est le point de départ d'un projet politique qui porte avec fierté des métissages territoriaux par-delà les individus et par-delà l'Occident.
    Ouvrir la voie d'un monde enrichi et fier de ses diversités.

  • L'égoïste est un être de la pire espèce, replié sur lui-même, aigri et misanthrope. D'ailleurs, qui se vanterait d'être égoïste? À côté, l'altruiste, empathique, habité par un noble désintéressement, incarne la vertu par excellence.
    Mais qui croit encore à cette petite musique des convenances? Tout acte généreux a beau paraître héroïque, l'altruisme demeure souvent empreint d'égoïsme. Au-delà de la morale et de l'hypocrisie, dans une société où règne l'individualisme de masse, Dominique Lecourt explore la voie de l'égoïsme rationnel.

  • En rappelant les fondements de la liberté religieuse et sa dimension sociale et communautaire, ce texte fondamental veut promouvoir une authentique culture du bien commun et du dialogue dans les sociétés démocratiques et pluri-religieuses. Un document nécessaire à l'heure des fondamentalismes.
    La Commission théologique internationale a pour tâche d'étudier les questions doctrinales importantes, surtout celles qui revêtent un aspect nouveau, et d'apporter une assistance au magistère de l'Église.
    Dans cette perspective, ce nouveau document propose d'utiles éléments de discernement pour réfléchir sur l'évolution qu'a connue la problématique de la liberté religieuse. En effet, depuis la déclaration conciliaire Dignitatis humanae, plusieurs nouveaux défis ont surgi : recrudescence du fondamentalisme, tentations communautaristes, inflation des droits individuels déconnectés de la vérité de la nature humaine, dérives de l'État éthiquement neutre vers des formes douces de totalitarisme... En rappelant les fondements du droit naturel à la liberté religieuse et sa dimension sociale et communautaire, le texte insiste sur la valeur de la liberté religieuse pour promouvoir une authentique culture du bien commun et du dialogue dans les sociétés démocratiques et pluri-religieuses.
    Dans la préface à l'édition française, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, Président de la Conférence des évêques de France, souligne combien le thème de la liberté religieuse interpelle à la fois chacune des religions et les sociétés politiques. Un guide de lecture, propre à l'édition française, donne quelques clés pour entrer de façon fructueuse dans le document.

  • L'ergothérapeute se sent souvent démuni devant les situations éthiques plus ou moins complexes rencontrées en pratique. En offrant un vocabulaire éthique et une méthode d'approche des enjeux éthiques de la pratique ergothérapique, ce livre entend outiller l'ergothérapeute afin qu'il soit en mesure d'aborder ces situations avec plus d'aisance et de confiance, de façon à ce qu'il poursuive le développement d'un souci aigu de l'éthique dans sa pratique.

    Cet ouvrage permet de comprendre la nature de l'éthique en tant que discipline philosophique. Il cerne les préoccupations essentielles de l'éthique appliquée à la pratique ergothérapique et offre une base théorique en décortiquant la théorie des stades de développement du raisonnement éthique de Kohlberg ainsi que les trois familles de théories éthiques contemporaines que sont l'éthique utilitariste, l'éthique déontologique et l'éthique des vertus, en plus de cerner les valeurs propres à la profession (ontologie axiologique). Ces théories sont synthétisées en un cadre éthique quadripartite afin de guider l'ergothérapeute dans l'analyse des dimensions éthiques de sa pratique professionnelle. Ce livre propose dix étapes pour résoudre de façon structurée, méthodique et rigoureuse les enjeux éthiques auxquels ces professionnels sont confrontés au quotidien.

    Cette troisième édition actualisée a une visée pédagogique et pratique. Chaque chapitre comprend plusieurs nouveaux exercices afin de faciliter l'intégration des notions théoriques qui ont fait l'objet d'une synthèse approfondie. Cette édition met donc l'accent sur la mobilisation des connaissances éthiques pour soutenir les apprentissages et le développement de la pratique réflexive éthique en ergothérapie. S'adressant d'abord à l'ergothérapeute, peu importe son lieu de pratique et le rôle qu'il occupe (clinicien, consultant, coordonnateur clinique ou de stage, gestionnaire, administrateur, enseignant, chercheur, propriétaire d'une clinique privée, politicien, etc.), il se destine également aux étudiants en ergothérapie qui travailleront à titre d'ergothérapeute.

    Marie-Josée Drolet, titulaire d'un doctorat en philosophie de l'Université de Montréal, est professeure agrégée au Département d'ergothérapie de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

    Mélanie Ruest est ergothérapeute et titulaire d'un doctorat en recherche en sciences de la santé de l'Université de Sherbrooke. Elle réalise un stage postdoctoral dans le domaine de l'éthique appliquée au Département d'ergothérapie de l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

  • Droit à l'alimentation, droit au logement, droit à l'eau. Dans les dernières décennies, la défense de droits collectifs semble s'être imposée dans le cadre des luttes sociales. Or, nous dit Brewster Kneen, le paradigme des droits est devenu si dominant dans le débat social et politique occidental qu'il s'apparente à une tyrannie. L'hégémonie du discours des droits est telle qu'il menace jusqu'à la capacité de nos sociétés à concevoir des interventions publiques efficaces en faveur de la justice sociale et du bien commun.

    La reconnaissance de droits sociaux dispense généralement les décideurs d'intervenir pour remédier à l'injustice et prend davantage une valeur incantatoire. La cause de cette impuissance réside en partie dans le mariage de la philosophie des droits avec l'individualisme et le libéralisme économique. Ériger un objectif en un droit, c'est le réduire à une revendication individuelle. Passant en revue toute une série de droits, l'auteur démontre que cela a pour effet de miner la solidarité sociale dans la poursuite de cet objectif. L'exemple du droit à l'alimentation le démontre bien: sa reconnaissance n'a jamais nourri personne. Le débat se déplace alors des structures socioéconomiques qui génèrent l'injustice vers l'État, dont on attend qu'il apporte un remède ponctuel.

    Remettant en question le prétendu universalisme des droits de la personne, Kneen cite plusieurs exemples de sociétés «non occidentales» où la notion même de droit individuel est absente, au profit d'un langage de la responsabilité à l'égard d'autrui. S'y élaborent des solutions collectives locales qui ont des chances d'apporter des remèdes concrets aux maux sociaux, ce qu'une société d'individus retranchés derrière leurs droits individuels et de propriété se révèle de plus en plus impuissante à accomplir.

  • Cet essai interprète ce qu'il est convenu d'appeler « la crise » sous un angle psychologique et moral. Dans son sens courant, la démoralisation renvoie à une perte de conviction et d'énergie. On peut également la comprendre comme une perte morale. L'idée centrale de l'ouvrage est qu'il existe un lien entre l'affaiblissement et la disparition de « la morale » (la prolifération des éthiques de substitution en est le symptôme le plus net) et la démoralisation comme perte de certitude et d'espoir.Historiquement lié à la démocratie et aux droits de l'homme, l'individualisme aboutit à des situations sociales d'une grande cruauté. Les valeurs morales traditionnelles sont des freins et des verrous pour la technoscience mondialisée, dont on peut montrer la foncière immoralité.Christian Godin est maître de conférences de philosophie à l'Université de Clermont-Ferrand et rédacteur en chef de la revue Cités. Outre un magistral travail encyclopédique sur le concept de totalité (Champ Vallon), il a publié une quarantaine d'ouvrages de philosophie, comme Au bazar du vivant. Dialogue avec J. Testart (Seuil) ; La Haine de la nature (Champ Vallon) ou un Dictionnaire de philosophie (Fayard).

  • Le fonctionnement du monde repose sur notre consentement, le plus souvent implicite et inconscient. Pourtant, ne serait-il pas temps de ROMPRE? De briser ce consentement et d'agir dès maintenant pour construire cet « autre monde possible » ?

    Voilà ce à quoi nous invite Dominique Boisvert. Après avoir ciblé quelles sont les sources
    du pouvoir, il démontre comment s'articule notre adhésion (in)volontaire au discours dominant, avec lequel il est impératif de rompre. Argent, vitesse, propriété, guerre, individualisme, compétition, (sur)consommation, travail, technologie... autant de thèmes
    et d'institutions sur lesquels se penche l'auteur pour explorer de nouveaux rapports au monde.

    Avec optimisme et détermination, il donne ainsi corps au cri que tentent de faire entendre les « indignés ». Parce que la rupture est aussi la possibilité d'une ouverture.

    Dominique Boisvert est membre fondateur du Réseau québécois pour la simplicité volontaire (RQSV). Avocat de formation, il a travaillé en milieu communautaire dans les domaines de la solidarité internationale, de la défense des droits humains, de la paix et de la nonviolence. Il est l'auteur de « L'ABC de la simplicité volontaire » (Écosociété, 2005).

  • Loin des représentations ordinaires qui font de l'individu une catégorie qui va de soi, les sciences sociales s'efforcent de mettre en évidence un processus relativement continu d'individualisation. L'individu est d'abord une construction façonnée par les institutions les plus diverses (État, Église, école...).
    Cette genèse de l'individu est explorée à travers l'histoire sociale et économique, l'histoire religieuse, l'histoire politique, l'histoire littéraire et artistique, et à travers les figures les plus diverses de l'individualisation : artiste, électeur, entrepreneur, croyant, élève.
    Synthèse sur la sociologie de l'individualisation, cet ouvrage permet de réfléchir à la façon dont la question de l'individu se pose. Qu'est-ce qu'être soi aujourd'hui alors que nos sociétés ne cessent de formuler des injonctions à l'authenticité individuelle, et que les identités collectives s'effacent ?
    À chacun de produire désormais son identité singulière. Mais cette individualisation émancipatrice quand les individus échappent aux identités prescrites, peut générer de nouvelles formes d'inégalités dans l'accès aux ressources identitaires. Selon leur position sociale, les individus sont en effet inégalement en mesure de réussir le travail toujours inabouti de construction de soi.

  • La vision du monde occidentale n'est pas la seule norme. Dans d'autres cultures, et notamment en Asie, il existe différentes manières d'être au monde. Et il est grand temps de les découvrir, de les penser.

    La vision du monde, c'est le pouvoir de notre imaginaire. C'est elle qui régit nos représentations mentales et a fortiori notre façon d'être. En Occident, l'individualisme est au coeur de la modernité et des fondements de la civilisation. Toutefois, deux formes d'individualisme s'affrontent : l'individualisme atomiste (ou égocentré) et l'individualisme relationnel. Le premier est la forme dominante depuis des siècles, elle est nourrie par l'expansion du capitalisme et du néolibéralisme ; le deuxième tient au processus d'individuation qui rend, par la diversité de ses relations, chaque personne unique et indispensable. "L'être est relation".

    Les sciences biologiques et humaines découvrent que le processus relationnel d'individuation est au coeur du monde vivant. Il est mieux à même de répondre à nos défis écologiques et sociaux actuels. Il est nécessaire, voire vital, de modifier notre façon d'être au monde par le biais de nos imaginaires et en accordant une priorité à la création culturelle.

    Un ouvrage pédagogue et pertinent sur la puissance de nos représentations mentales, qui amènera sans nul doute à réfléchir, peut-être à repenser, notre individualisme.

  • Depuis plusieurs années maintenant, la notion de réseau connaît la faveur du grand publie et des médias: on veut voir des réseaux partout, on veut mettre des réseaux partout. Au-delà de la mode, des utopies, des rêves, il y a à cela plusieurs raisons valables. De l'atome aux galaxies, en passant par le territoire, l'entreprise ou la culture, la réticulation s'est emparée des lieux et des êtres, tissant sans cesse de nouvelles extensions (Internet, téléphonie cellulaire...). Hier encore, les mots et les choses se distribuaient dans des tableaux, des arbres. Le damier des champs reflétait le catalogue des substances. Un ordre immuable semblait partout régner, dans la nature comme dans la société, au sol ou dans les nomenclatures. On voyageait peu. Le roi, sa cour restaient à Versailles, le peuple en ses provinces, le philosophe dans son poêle. Le développement industriel et celui des communications ont changé la face de la Terre. À la maille agricole, à l'organisation centralisée des villes et des villages s'est progressivement substitué un ensemble organique de liaisons denses, à la fois matérielles (routières, ferrées, fluviales...) et immatérielles (lumineuses, hertziennes... ) qui nous rendent proche l'"amour du lointain". À l'homme enfin devenu ce qu'il est, c'est-à-dire un "réseau pensant", il restait à "penser les réseaux". Ce livre - et les travaux des chercheurs d'horizons différents qui le constituent - entendent servir un tel projet.

  • La fin de vie et l'itinérance sont les terrains d'enquête de l'auteure qui tente de mieux cerner les recompositions de l'intervention sociale par rapport à l'individualisation et à la singularisation de la société. Elle présente ainsi deux dispositifs d'accompagnement, l'un s'adressant à des hommes sans-abri et l'autre à des personnes aux prises avec le VIH.

  • Historiquement le mot "riche" est le nom commun d'une dualité : dans la conscience populaire circulent des considérations opposées - admiration et jalousie, vénération et détestation - à l'égard de cette minorité de notre société que peu connaissent vraiment de l'intérieur.
    Etant initié à ce microcosme, le franco-russe Anton Malafeev délivre ici un portrait psychosociologique des riches et des nouveaux riches à l'aide d'aventures vécues, narrées sous forme d'un roman. La mentalité russe y lève un peu le voile sur ses secrets. On y apprend pas mal de choses et réfléchit beaucoup : 5 nouvelles classes sociales au lieu de 3 habituelles (riches, pauvres et classe moyenne) ; la satire de la société "occidentalisée" y est habilement entrecoupée d'analyses simples mais percutantes, de chiffres et d'explications historiques.
    Originalité : chacun sans exception s'y reconnaîtra et sera presque contraint de s'interroger sur bien des choses. Car à travers le constat que "l'humanité a mis en place un système inadapté à sa propre nature", l'essai débouche (à contre-courant du pessimisme généralisé) sur une solution - plafond universel de fortunes - vouée à inverser le principal trou noir de notre organisation sociale.

  • Si Internet est aujourd'hui omniprésent et un outil quasi indispensable dans nos relations sociales et économiques, son usage parfois abusif peut causer des problèmes de cyberdépendance.

    Vous trouvez que votre enfant passe trop de temps devant les écrans ? Qu'en penser ? Que faire ? En décrivant les enjeux psychosociaux entourant la problématique complexe des cyberaddictions, cet ouvrage trace un portrait sociologique critique de l'économie du savoir, des métadonnées et des « prophètes » de la Silicon Valley. Plus concrètement, il met en lumière les conditions propices à la cyberdépendance avec le téléphone intelligent, Facebook et les jeux vidéos.

    Axé sur les préoccupations parentales, cet essai s'adresse tant aux parents qu'aux inter­venants qui oeuvrent, de près ou de loin, auprès des jeunes pour les sensibiliser aux problèmes potentiels de la cyberdépendance et les outiller à l'aide de pratiques innovantes et préventives.

    Il veut aider les parents à accompagner leurs enfants de manière sécuritaire pour qu'ils vivent une expérience positive de l'usage d'Internet, sans leur imposer des restrictions à tout prix, sans tomber dans l'abus.

  • Nous nous sommes tous deux perdus dans des vergers turquoise,
    Dans des jardins d'éden électriques et mouvants

    Fruits chauds, à point
    Sans coeur
    Noyaux abondants

    Drôles de jardiniers
    Nous nous prenions souvent, la clé des champs aussi,
    Mais nous ne savions manier le sol, ni retourner la terre

    Nous ne savions pas cueillir et les récoltes goûtaient toujours noir


  • En période d'incertitude et de complexité l'autonomie apporte aux individus et aux organisations des réponses adéquates : elle génère une forte capacité à collaborer et innover, fait émerger de nouveaux talents et permet de fonder un nouveau

  • « Le filet » s'inspire d'un fait réel : l'émeute qui ébranle la petite ville portuaire de Shippagan (N.-B.) en 2003, alors que la grogne populaire s'élève contre la mainmise des crabiers sur la plus lucrative des pêches.

    Le drame intergénérationnel au coeur de cette pièce fait écho au chaos social qui sévit dans la Péninsule acadienne. Riche propriétaire d'un crabier, Anthime Chiasson exige que son petit-fils assume sa succession. Son fils Léo, à présent capitaine du bateau, ne veut pas céder sa place. Coincé entre l'entêtement de son grand-père et la cupidité de son oncle, le jeune Étienne voit son idéalisme mis à mal.

  • Le caractère séduisant du concept de l'individualisme est à la mesure de son imprécision. Il convient de distinguer au moins trois interprétations de l'individualisme selon que l'on s'attache à caractériser les comportements (individualisme sociologique), à légitimer les normes, les institutions et les choix de valeurs (individualisme éthique, contractualisme) ou à expliquer les processus sociaux (individualisme méthodologique). Les auteurs se rejoignent pour admettre le caractère individualiste des sociétés démocratiques capitalistes, sans pour autant qualifier d'individualistes tous les comportements qu'on y rencontre. Ils relèvent les contradictions et les incohérences des systèmes individualistes de légitimation, particulièrement en relation avec l'hégémonie de la rationalité instrumentale, et ils discutent les explications fondées sur l'individualisme méthodologique. La confrontation de ce dernier avec le marxisme, sa prétention à mieux comprendre le changement social et l'action collective et à renouveler la théorie de la démocratie font l'objet d'analyses approfondies. La culture de l'individualisme sociologique est-elle assez puissante pour fournir des bases au traitement des problèmes collectifs ?

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