• Achevé quelques jours avant la mort de Steve Tesich [1942-1996], Karoo est le chant du cygne d'un auteur hors norme.
    Ce roman est l'odyssée d'un riche consultant en scénario dans la cinquantaine, Saul "Doc" Karoo, gros fumeur et alcoolique, écrivaillon sans talent séparé de sa femme et traînant plusieurs tares émotionnelles. En tant que script doctor pour Hollywood, Saul Karoo mutile et "sauve" le travail des autres. En tant qu'homme, il applique le même genre de contrôle sournois à sa vie privée et se délecte de nombreuses névroses très particulières : son incapacité à se saouler quelle que soit la quantité d'alcool absorbée, sa fuite désespérée devant toute forme d'intimité, ou encore son inaptitude à maintenir à flot sa propre subjectivité. Même s'il le voulait, il ne pourrait pas faire les choses correctement, et la plupart du temps, il ne le veut pas. Jusqu'à ce qu'une occasion unique se présente à lui : en visionnant un film, il fait une découverte qui l'incite à prendre des mesures extravagantes pour essayer, une fois pour toutes, de se racheter.
    Si Karoo est bien l'ambitieux portrait d'un homme sans coeur et à l'esprit tordu, c'est aussi un pur joyau qui raconte une chute vertigineuse avec un humour corrosif. C'est cynique. C'est sans pitié. C'est terriblement remuant. C'est à la fois Roth et Easton Ellis, Richard Russo et Saul Bellow.

  • La ville est là, cachée derrière ces vers, cité précaire, peuplée de noctambules destinés à s'échouer sur son rivage. Quelques chiens qui rôdent et jouent à la bagarre, mais surtout des humains aux prises avec leurs désirs. Les amours brûlent et se succèdent, comme des clopes. Simon Johannin travaille ses obsessions poétiques avec rage. Certains motifs reviennent incessamment : un ressac d'urine, de sang et de boisson...

    Sa poésie avance le plus souvent sans ponctuation, à l'image de ces jeunes qui courent lacets défaits, sans trébucher. La sensualité se gorge d'ivresse, les lettres titubent, s'écrasent puis se relèvent. Avec ce premier recueil de poésie, Simon Johannin ouvre sur un monde peuplé d'anges meurtris aux ailes cramées : « Le mal est fait/ Le plaisir est partout ».

    Né à Mazamet dans le Tarn en 1993, Simon Johannin grandit dans l'Hérault. Il quitte le domicile parental à 17 ans et s'installe à Montpellier pour suivre des études de cinéma à l'Université, qu'il déserte rapidement. Il travaille ensuite en intérim, puis comme vendeur de jouets, avant d'intégrer l'atelier d'espace urbain de l'école de La Cambre à Bruxelles de 2013 à 2016. Il publie son premier roman L'Été des charognes en 2017, puis Nino dans la nuit en janvier 2019 avec Capucine Johannin.

  • Omar Khayyam célèbre ici les femmes et la beauté, l'ivresse et la poussière du néant. Ennemi de l'esclavage de la pensée, il s'élève aussi dans ces vers contre l'imposture religieuse et politique. Mystique en apparence, débauché en réalité, préférant les jouissances de l'éphémère aux vérités érigées en dogmes, Khayyam ne souhaite à l'humanité qu'ivresse et amour. Le manteau des explications mystiques couvre, dans ses poèmes, toutes les hardiesses. Qu'un pareil livre ait pu circuler librement dans un pays musulman ne laisse pas de surprendre : la littérature européenne peut-elle citer un ouvrage où toute croyance soit niée avec une ironie si fine et si amère ?

    Né en 1048 à Nishapour en Perse, Omar Khayyam a contribué à la réforme du calendrier en 1079. Après une période d'activité scientifique intense, il choisit de se retirer de la vie publique. Éminent savant mais être épris de liberté, il s'éloigne vers 30 ans du pouvoir. Mathématicien et astronome, ses calculs sur l'infiniment grand l'ont rendu proche de l'infiniment petit. À force de sonder le ciel, il a mesuré la durée dérisoire des hommes. Ce buveur invétéré meurt probablement mort en 1131.

  • Cliff est à un tournant de sa vie. Plaqué par sa femme à soixante-deux ans, il décide de tout quitter et de prendre la route, à la recherche d'un nouveau souffle. Bientôt rejoint par Marybelle, une ancienne étudiante avec qui il vit une liaison enflammée, il poursuit son chemin au gré des obsessions américaines. Célèbre à l'envi la beauté des femmes, le désir et l'ivresse quand bien même le festin touche à sa fin. Traverse le pays de part en part, attribuant à chaque État le nom d'une tribu indienne. S'attire les foudres ou l'incompréhension de l'Amérique bien-pensante dans un pays qui n'est plus à un massacre près. Son voyage, ponctué de rencontres extravagantes et cocasses, lui apportera-t-il pour autant la renaissance tant recherchée ?
    Une odyssée américaine est une oeuvre magistrale. Un portrait des États-Unis et une profession de foi en la littérature comme Jim Harrison n'en avait jamais livré. Un chef-d'oeuvre d'une profonde humanité.

  • Pour étancher la soif, qui est une soif d'absolu, deux possibilités se présentent : la boisson et la drogue. Les uns boivent par peur de penser, d'autres par crainte de ne pas trouver plus sot que soi. Mais comment en sortir ? Le mystérieux "personnage de derrière les fagots" pourrait bien détenir la clef de l'issue : un « véritable mode d'emploi de la parole ». Des jeux de langage réjouissants se déversent à flots continus dans ce récit inclassable, entre la pataphysique de Jarry et la Divine Comédie de Dante. De page en page, le lecteur va de surprise en surprise, et l'auteur de dénonciation en dénonciation, celle des faux semblants et du bas matérialisme. Du cercle de la soif, le lecteur plonge dans les paradis artificiels, avant de retrouver « la lumière ordinaire du jour ».

    Entre 1922 et 1925, René Daumal (1908-1944) est élève au lycée de Reims, où il fait la connaissance de Roger Gilbert-Lecomte, Robert Meyrat et Roger Vaillant. Il se lance dans l'étude du sanskrit et multiplie les expériences sur l'état de la conscience dans les phases de sommeil. Avec ses camarades, il lance en 1928 une revue : Le Grand Jeu. Après la publication d'une recueil de poèmes Contre-ciel (1935) puis de La Grande Beuverie (1939), il se lance dans la traduction de textes hindous.

  • "Sachons goûter le bonheur de partir, même quand nous sommes sûrs de ne jamais arriver", écrit Roorda en 1921. Quatre ans plus tard, il se suicide. Avant cela, il s'en explique dans une confession émouvante et sincère... Sous ce titre qu'il voulait ironiquement "alléchant", l'auteur énonce tout ce qu'il n'a pas su faire pour vivre vieux, ou ce par quoi il n'était pas tenté. En premier lieu, une hygiène de vie. Et puis, pour réparer des fautes commises, il eût à se soumettre à des besognes fastidieuses et subir des privations qu'il ne souhaitait pas assumer. C'est contre les aléas du vieillissement et, surtout, contre "un monde où l'on doit consacrer sa jeunesse à la préparation de la vieillesse" que Roorda prend position, pour lui-même.

    Pédagogue libertaire, Henri Roorda (1870-1925) est aussi un humoriste original. Professeur de mathématiques à Lausanne, il publie, outre des manuels d'arithmétique, des chroniques humoristiques dans différents journaux (réunies sous le titre Les Saisons indisciplinées, Allia, 2013). Auteur du fameux Pédagogue n'aime pas les enfants (1917), il s'élèvera toute sa vie contre une école autoritaire qui décourage le désir de connaissance.

  • Corps au paroxysme : le numéro 3 de Sensibilités. Histoire, critique & sciences sociales, la revue de sciences humaines qui a pour coeur l'exploration des champs du sensible. Pour son troisième numéro, la revue
    Sensibilités explore la part obscure, souterraine, sinon maudite, de la vie sociale. Elle se met en quête des situations extrêmes et des expériences-limites qui dessinent les bords de l'humaine condition. À travers les visages de l'ivresse, de l'extase, de l'obscène, de la fureur ou encore de l'effroi-panique, dans les douleurs de l'accouchement ou les spasmes de l'agonie, dans les cruautés du massacre, dans les vertiges de la transe ou de la liesse, dans les secrètes voluptés de la luxure comme dans les puissances transgressives du délire,
    Sensibilités s'en va traquer les corps au paroxysme...
    Rien de commun ici, voudrait-on croire. Sinon peut-être ceci : désigner chaque fois la séquence la plus aiguë d'une affection. Et, par là, le comble du vivre. Soit ce point au-delà duquel quelque chose paraît s'arrêter. Soit ce qui dans l'expérience vécue peine toujours à se dire. C'est peut-être d'abord à cela que se reconnaît le paroxysme : sa sous-verbalisation. Car, d'emblée, celui-ci nous projette sur les cimes inquiétantes du langage, aux bornes mêmes de la représentation. De là, pour le chercheur, les souveraines vertus d'une pareille enquête : celles d'ébranler jusqu'aux dernières certitudes, d'inquiéter tout le savoir.

  • Le cognac, que la couleur ambrée et les arômes ont rendu célèbre dans le monde entier, est une eau-de-vie produite à partir de vins récoltés et distillés uniquement dans la région de Cognac. Découvrez son histoire, ses secrets de fabrication, ses arômes et comment le déguster seul ou en cocktail grâce à 20 recettes classiques ou originales.

  • Bouche pâteuse, mal aux cheveux, hypersensibilité stomacale, fatigue diffuse... Les symptômes de la gueule de bois sont bien connus.
    En 1 001 conseils, parfois judicieux, parfois loufoques, pour lui survivre, le sujet est traité avec pragmatisme - et non sans poésie. Parce que, on ne va pas se mentir, après une cuite, il y a les trucs qui marchent, et ceux qui marchent un peu moins...
    Entre vrais conseils et mises en garde amicales, ce guide pratique et humoristique est la lecture idéale pour une veille ou un lendemain de cuite !

    Illustration de couverture : Création Studio J'ai lu

  • En persan 'mille maisons' désigne le labyrinthe, cette étendue où issue et impasse se confondent ; le temps s'arrête, l'obscurité et la terreur s'installent. Et la moindre tache blanche évoque le soleil. Au temps des dictatures, Kaboul et l'Afghanistan tout entier n'étaient-ils pas cette étendue, ce labyrinthe? Cinq personnages pris dans la nasse essaient d'échapper à la terreur par l'ivresse ou la folie, par la mort, par l'amour.

  • Peu importe l'époque, l'alcool est présent dans nos sociétés. En Gaspésie, on en retrouve des traces il y a fort longtemps. C'est pourquoi le numéro de décembre-mars « Histoires enivrantes » du Magazine Gaspésie est consacré à ce sujet. Des « bootleggers » aux différentes facettes de la contrebande en passant par les liens entre l'histoire du rhum et le commerce de la morue ou l'époque où l'alcool doit être commandé par la poste, ce numéro révèle certaines informations rarement dévoilées ou publiées. Voyez également comment le clergé réagit devant l'ivrognerie, plus particulièrement dans la Baie-des-Chaleurs, et comment Métis applique la tempérance jusque dans les hôtels. En prime : une nouvelle littéraire originale et deux recettes de « bagosse » sont proposées. Dans les chroniques, rencontrez le dévouement d'Alexandre Cyr, la bonté du père Watier, celle de Camille-Eugène Pouliot, le courage d'Angela Boulay et le parcours militaire de Russell Miller.

  • Depuis cinquante ans, la consommation d'alcool a beaucoup baissé en France, sauf chez les jeunes.

    Ils boivent de plus en plus tôt, sont plus nombreux à le faire de manière régulière (plus de 10 fois par mois), et le nombre d'ivresses augmente. Avec des conséquences à court terme : coma parfois mortel, accidents de la route, agressions, rapports sexuels non consentis et non protégés ; ou à long terme : risque de dépendance, atteintes au cerveau, maladie psychique.
    Malgré les mesures de prévention mises en place par le législateur, cela ne suffit pas, le phénomène prend de l'ampleur.
    Les parents ont un rôle essentiel à jouer, mais souvent ils ne le savent pas, tant l'alcool est une substance "normalisée" dans notre pays. En outre, ils n'imaginent que très rarement les liens de leur enfant avec cette substance.
    Ce livre vise à :
    - leur apporter des éléments de compréhension de ce phénomène ;
    - leur expliquer l'importance de ne pas habituer leur enfant, jeune, à l'alcool ;
    - leur donner des clés pour dépister une consommation d'alcool régulière, une ivresse ;
    - les aider à en discuter avec leur enfant et leur fournir des réponses concrètes à des questions pratiques.
    Par exemple, "mon fils de 15 ans organise une fête pour son anniversaire et veut qu'il y ait de l'alcool".
    Que répondre ?
    Non - au risque que cet alcool soit introduit en douce ?
    Oui - au risque de banaliser cette consommation ?
    Marina Carrère d'Encausse est docteur en médecine. Elle présente Le Magazine de la santé et Allô docteurs sur France 5, ainsi que des émissions spéciales et des enquêtes de santé. Elle a également publié aux Éditions Anne Carrière Une femme entre deux mondes et Une femme blessée.

  • Conrad, mécanicien de génie pouvant « démancher » et « ramancher » une voiture en une journée, peut aussi réciter moult passages de l'Évangile. Car comme le souhaitait son père sur son lit de mort, il l'a apprise par coeur, la Bible - bien que parfois le sens de certains mots lui échappe. Venant de quitter son emploi de réparateur de machines à Coke, il se retrouve au Gun Club en compagnie de son ami Simon, là où travaille Véronica, serveuse et chanteuse country avec qui il a déjà eu une relation. En cette soirée d'ivresse et de délivrance, s'il faut l'en croire, le Christ apparaîtra bel et bien au Gun Club.

    « Conrad a appris par coeur et il veut appliquer par coeur ce qu'il a lu. La réalité lui résiste, il la niera, lui surimposant sa vision du monde avec une telle force qu'elle sera sa réalité. Quête d'un individu à la recherche d'une spiritualité qui compensera sa maigre emprise sur le réel, la démarche de Conrad est d'autant plus tragique qu'elle ne se fonde que sur des mots déconnectés de leur portée symbolique. » Préface, David Lonergan

    « Le Christ est apparu au Gun Club » a été créée le 23 octobre 2003 par le théâtre l'Escaouette, en coproduction avec le Théâtre français du Centre national des Arts.

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