• État civil, compte bancaire, permis de conduire, mots de passe, etc. : nous ne cessons d'être enregistrés, numérotés, archivés. Pas d'existence sociale sans fichage : que dit, de notre désir d'appartenance, cette documentalité ? Le maître-livre dérangeant d'un grand philosophe contemporain.
    Une société privée de mémoire et d'enregistrements est inimaginable, car toute règle et tout accord reposent sur la mémoire, et tout comportement sur l'imitation : voilà pourquoi les archives et les documents sont centraux dans la vie de la société et des individus.
    La place centrale de la " documentalité " est plus évidente encore de nos jours où nous assistons à l'explosion des systèmes d'enregistrement et d'écriture, des ordinateurs et des smartphones, ainsi qu'à l'utilisation massive d'Internet. Ces nouvelles technologies ont non seulement transformé notre quotidien, mais ont également mis en lumière l'essence même de la réalité sociale : le fait de se fonder de façon non pas accidentelle mais essentielle sur des inscriptions et des enregistrements.
    Un maître ouvrage.

  • Un séminaire de deux années consacrées à l'exploration des paranoïas. Alors que les relations, sociales et/ou privées, sont marquées par des interprétations suspicieuses et malveillantes, que l'ère du soupçon semble dominer, Charles Melman a choisi de parler des paranoïas. Avant que ce type de relations ne paraisse faire partie de la norme et de l'usage, l'auteur s'attache à isoler, à illustrer, les diverses formes existantes de paranoïas dont certaines n'ont pas encore été reconnues.

  • Ce livre renouvelle le débat séculaire sur la possibilité de réduire la conscience à un processus neuronal. Il fait du lecteur l'arbitre de l'enquête, non seulement en tant que spectateur rationnel, mais aussi en tant qu'acteur apte à se reconnaître conscient aux moments décisifs de l'argumentation. Le fin mot de l'énigme ne se dissimulerait-il pas dans l'évidence que la question sur l'origine de la conscience a une conscience pour origine ?
    Au cours de cette investigation qui mobilise la phénoménologie, la métaphysique, les pratiques contemplatives, les neurosciences et la théorie de l'évolution, chaque thèse sur la conscience est alors mise à l'épreuve d'un questionnement lancinant : pour qui vaut-elle et dans quel état de conscience doit-on être pour la soutenir ? L'objectif n'est pas d'opposer entre elles les doctrines (physicaliste ou dualiste), les stratégies de recherche (objective ou réflexive) et les directions d'étude (physiologique ou introspective), mais de les rapporter aux postures existentielles divergentes d'où elles tirent leur pouvoir de persuasion.
    Une réflexion singulière sur et au coeur de la conscience.

  • Edmund Husserl (1859-1938), mathématicien, père de la Phénoménologie - science radicale de ce qui apparaît en tant qu'il apparaît - précurseur à sa manière de la Philosophie analytique, mérite d'être considéré comme le plus grand philosophe de ce siècle. Même ceux qui ne voient en lui qu'un idéaliste dépassé par le monde et l'histoire acceptent de le célébrer, impressionnés par la portée de l'oeuvre, qui a notamment influencé Heidegger, Fink et Ingarden en Allemagne, Lévinas, Merleau-Ponty, Ricoeur et Derrida en France.

    Le but de ce petit livre, au delà de l'exposition correcte des principaux gestes et idées de la philosophie husserlienne, des Recherches Logiques à la conférence La crise de l'humanité européenne et la philosophie, serait de donner un contenu de passion à cette célébration: de montrer ce qu'il y a de fou, de grand, de mathématique, en bref d'émouvant et de vertigineux dans cette construction monumentale.

  • Wolfgang Köhler (1887-1967), expérimentateur hors pair et théoricien inventif, directeur du prestigieux Institut de Psychologie de Berlin sous la République de Weimar, est un peu oublié aujourd'hui.
    À l'origine d'un des courants majeurs de la psychologie au XXe siècle avec ses amis de l'école de Berlin, Kurt Koffka et Max Wertheimer, on lui doit la version la plus accomplie de la Gestalttheorie (Théorie de la Forme, de la Figure, de la Structure...), théorie générale de la cognition, fondée sur le primat de la perception, en même temps que théorie universelle des formes, ayant vocation à valoir dans une pluralité de champs de connaissance.
    Pionnier des recherches sur l'intelligence des primates, Köhler est aussi l'auteur d'une théorie qui, pour la première fois, jette un pont entre phénoménologie et physique, entre l'expérience vécue et l'ordre décrit par les sciences de la matière. Deux leitmotivs reviennent à travers toute son oeuvre: l'unité de la perception, de l'action, et de l'expression, et la continuité entre organisation physique, forme, et sens.
    On s'attache ici à restituer les grandes articulations et les principaux apports de cette oeuvre, qui mobilise plusieurs registres (mathématiques, physique des formes, anthropologie générale), pour en montrer la pertinence face au behaviorisme et à la psychologie introspectionniste; à la situer (ainsi que ses prolongements contemporains) dans le contexte des neurosciences montantes; à indiquer ce que pourrait être sa contribution au difficile débat en cours entre les sciences cognitives et les sciences de la culture.

  • La « saga lacanienne » vue depuis Nice et Monaco, Toulon, Aix-Marseille, Montpellier, Toulouse... : une autre histoire de la psychanalyse, une géo-histoire.

    Ce livre resitue les débuts de Lacan dans le contexte de la guerre et des collectifs qu'il côtoyait dans le Midi à cette époque : le phalanstère surréaliste d'Air-Bel, les Cahiers du Sud de Jean Ballard, la campagne Pastré, les Croque-fruits d'Itkine, l'hôpital de Saint-Alban... Il raconte l'implantation fulgurante des lacaniens dans le Midi à partir des années 1960 sur la base d'une centaine d'entretiens inédits réalisés avec les pionniers de cette aventure. Se former, exercer loin de Paris : quelle différence, quels enjeux ? Quelle logique ? L'ouvrage propose enfin des éléments de réflexion sur les rapports entre psychanalyse et invention d'un nouveau lien social.

     

  • L'analyse de l'existence que développe Être et Temps établit le sens temporel de l'étant que nous sommes, du Dasein, en comprenant chacune de ses manières d'être, et notamment la spatialité, comme un mode de la temporalisation. Mais l'espace relève-t-il du temps et pourquoi Heidegger a-t-il finalement déclaré irrecevable sa propre tentative de reconduire la spatialité à la temporalité ?
    La spatialité du Dasein, comprise à partir des ustensiles à portée de main, présuppose un espace manuel irréductible à la temporalité puisque la main, la chair et la vie ne sont pas constituées par le temps. Si la langue de la métaphysique, au compte de laquelle Heidegger inscrit l'inachèvement d'Être et Temps, est dominée par des significations spatiales et que les structures essentielles du Dasein impliquent une référence à l'espace, c'est l'ensemble du projet d'ontologie fondamentale qui est remis en cause. Le Dasein ne saurait avoir un sens exclusivement temporel et le problème de l'incarnation exige que soit repensé l'être de l'homme, les rapports de l'homme à l'être et de l'être à l'homme.
    Aussi cette interprétation d'Être et Temps devrait-elle permettre de délimiter la fin de la métaphysique à partir de l'émergence de la question du corps et de la chair.

    Cet ouvrage est paru en 1986.

  • «un malaise un racisme discret destructeur un chargeur c'est une réserve de munitions pour une arme on dit aussi un magasin l'insoutenable vision du dépeçage la banalité exténuante la répétition des objets quotidiens les attentats affichent leurs bilans comme les marques leurs points en Bourse l'intime et l'environ les pièges des contrôles de clandestins les balises des massacres le temps qui passe des rapports opaques les avertissements de la fatigue le principe du tout droit les riches heures de la torture la ville qui pue les marchandises de l'insécurité les épidémies envahissantes les fragments comme débuts il reste un fond de sac nettoyer le repos comment s'en aller»

  • Cet ouvrage vise une ouverture au traitement des psychoses dans le champ socio-éducatif, sans trahir les concepts issus de la psychanalyse et sans perdre de vue la clinique, de fait, pluridisciplinaire. La psychose n'est finalement qu'une des modalités de structuration de l'être parlant. Joseph Rouzel propose dans cet ouvrage un repérage, à la fois clinique et théorique, indispensable dans la clinique socio-éducative des psychoses. Un ouvrage accessible aux travailleurs sociaux qui ont de plus en plus la charge d'accompagner des personnes psychotiques.  

  • Bien que contemporaines - les dates d'exercice intellectuel de leur maître respectif, husserl et freud, sont à peu près identiques - la phénoménologie et la psychanalyse ne se sont guère rencontrées.
    Il y a certes quelques ponts éphémères, quelques velléités sans lendemain mais tout se passe comme si elles s'ignoraient, se " tournaient le dos ". pourquoi en est-il ainsi - et d'abord en est-il vraiment ainsi ? telle est évidemment la première question que veut poser ce colloque - sans prétendre la résoudre sans doute mais en ménageant à sa formulation le maximum d'ouvertures possibles.
    Or des dialogues, il y en a - même sournois ou sans espoir la philosophie, le théâtre de sartre ou de beckett pourraient en dire quelque chose.
    L'homme en attente, l'individu nauséeux ont puisé dans l'angoisse husserlo-heideggérienne et celle-ci, on le sait, remonte bien à son tour sans doute aux difficultés que l'homme-esprit éprouve à s'accepter comme corps. c'est ce que la philosophie nous enseigne, que l'on soit cartésien, mécaniste au sens du xviiie siècle, romantique ou même nietzschéen : mais ce sont la philosophie du xxe siècle et les sciences humaines de cette époque qui récupèrent, à leur dépit parfois, cette destinée d'une vérité physique appliquée à l'homme qui s'écroule et d'une humanité balbutiante qui ne parvient pas à parler.
    Au-delà des solutions esthétiques et hellénistiques que l'idéalisme s'est ménagées pour refuser de se voir malade, en deçà également des hésitations d'un mathématicien qui abandonne son art pour mieux comprendre sa vie, on distingue bien quelques velléités d'échange, en tout cas un pont élémentaire. husserl, freud et leurs écoles sont toujours à la pointe de l'actualité : la condition de l'homme moderne se nomme d'abord " angoisse " - les regards phénoménologique, médical, littéraire et autres pourraient-ils la conjurer ? c'est la seconde question et on ne peut sans doute que tracer quelques pistes pour la saisir un peu mieux.
    Lorsque deux colosses refusent ainsi de se voir, ce n'est pas par hasard - c'est qu'ils sont aveugles ou que le labyrinthe est trop vaste pour eux.
    Dans tous les cas, il nous appartient d'en tirer des conséquences pour nous-mêmes - et pour le monde. de retrouver dans ces démarches impitoyables une double image capable, par réaction ou différence, de nous rendre quelque rêve du retour aux " choses mêmes " : le sens de celles-ci que l'angoisse, le lapsus, l'autisme ont trop longtemps évacué.

  • Sur les bases d'une déconstruction historique et épistémologique, l'auteur propose une lecture clinique de la schizophrénie et du traitement psychanalytique de cette catastrophe psychique. La schizophrénie est une expérience de mise à nu de l'humain, un abandon des évidences « naturelles », qui nécessite de repenser totalement la cure analytique plutôt que d'adapter la méthode analytique à une souffrance dans le but quelquefois trop prudent de simplement contenir les débordements qu'elle occasionne. L'auteur montre qu'il est possible de formuler, à partir de l'analyse des formes de transfert, une hypothèse théorique permettant de guider la conduite thérapeutique du psychiatre vis-à-vis des personnes réputées schizophrènes confiées à ses soins, dans un contexte culturel scientifique, social et économique donné, car il n'est pas possible d'ignorer toutes ces dimensions de l'exercice de la psychiatrie.

  • De réputation difficile, mais d'un abord beaucoup plus facile en réalité, Hegel est celui qui, pour la première fois, réussit une synthèse entre la pensée et son contexte, entre le système philosophique et l'histoire.

    Conformément à l'esprit de la collection, l'auteur explique ici la manière dont Hegel réagit à la théorie de la connaissance de son temps, ce qu'il en fait et ce qu'en fera après lui sa postérité nombreuse et contradictoire : Kierkegaard, Marx, Nietzsche, les philosophes analytiques et les phénoménologues.

    Professeur à l'université Duquesne à Pittsburg (U.S.A), spécialiste de la philosophie allemande aux XIXe et XXe siècles, Tom Rockmore a publié des ouvrages sur Fichte, Hegel, Marx, Heidegger et Habermas.

  • In vivo explore des questions fondamentales et des moments cruciaux de l'existence humaine - l'entrée en interaction avec une culture étrangère, la décision de se sortir d'une condition de vie routinière ou malheureuse, une action généreuse posée dans un contexte quotidien ordinaire - en fonction de leur potentiel de transformation de l'existence. En recourant à des illustrations tirées de la vie réelle et d'oeuvres de fiction, Gabor Csepregi révèle le rôle primordial des sentiments personnels dans le façonnement de la vie humaine et démontre le pouvoir formateur de la spontanéité en dehors du contexte traditionnel de l'éducation formelle. Ces moments, et notamment la façon dont ils perturbent l'ordre temporel ordinaire constituent des expériences vécues de notre vitalité.
    « Recourant à un langage clair et précis, In vivo captivera les philosophes et les intellectuels. Csepregi engage un dialogue entre diverses traditions, faisant appel aux meilleurs courants de plusieurs philosophies pour développer un point de vue unique ».
    - Gaëlle Fiasse, Université McGill

  • En quel sens peut-il être question, dans l'evolution des connaissances, de l'action et des rapports humains d'un devenir proprement historique ? On tend à nous proposer, à cet égard, l'alternative entre deux représentations du passé et de la mémoire : celle qui, sans changer de méthodes, prétend perfectionner la qualité des résultats ; et celle, tout autre, qui prétend rassembler les démarches intellectuelles et techniques par des voix
    radicalement nouvelles. De ce point de vue, on qualifie d'historique l'avènement d'un nouvel état d'esprit. Ce changement réduirait les démarches liées au passé à un souvenir archaïque. Le passé ne serait que ce qui est dépassé.

    L'ouvrage que voici accorde une importance spécifique à la dimension proprement historique de l'existence humaine. La signification du temps vécu s'y manifeste de multiples manières parmi lesquelles les références à la santé mentale et au devenir culturel se font constamment sentir. Par là s'explique aussi la différence jamais négligeable entre l'histoire et les histoires. Le travail thérapeutique en psychiatrie s'échaffaude à l'entrecroisement de toutes sortes d'histoires : histoire du patient, histoire du soignant ou des soignants, histoire de la
    maladie, histoire de l'institution, histoire de la clinique, histoire des théories psychiatriques, histoire tout court.

    Et le travail psychothérapique consiste pour l'essentiel à tisser ou retisser l'histoire d'un sujet qui s'en trouve plus ou moins dépossédé, sans trop se raconter d'histoires. Cest autour des différents aspects de la notion d'histoire que les auteurs de cet ouvrage tissent à leur tour leurs histoires qui traversent le temps et les continents.

  • La psychanalyse est une recherche du monde extérieur, inévitablement conflictuelle, mais dans un effort d'échange avec le monde extérieur. Cet espace intérieur, Salomon
    Resnik le conçoit comme un espace pour vivre, sentir, penser, imaginer, rêver. Transcendant les oppositions catégorielles dedans/dehors, corps/esprit, l'espace mental donne sens, forme, luminosité à la vie.

    Or vivre son intériorité et la multiplicité de son être est difficile à assumer et on observe dans les vécus psychotiques un aplatissement de cet espace qui peut alors être rempli de vide, de fumée ou même de connaissances. La profession de psychanalyste consistera, nous dit Resnik, à utiliser son propre appareil mental, son propre espace mental pour aller à la rencontre de l'affectivitë discordante ou barrée de l'autre.
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    Salomon Resnik, nous invite ici, comme il l'a fait avec son public de l'Université à pénétrer dans l'espace qui se crée entre lui et ses patients, à la recherche de suggestions, de réflexions qui puissent donner sens à la vie mentale. Problèmes théoriques, histoires cliniques sont enrichis par la présentation d'oeuvres de Magritte, De Chirico, Van
    Gogh et de dessins de ses patients, qui rendent le lecteur sensible à une expérience sensori-perceptive et esthétique de l'inconscient.

  • En 2002, les Éditions Nota bene publiaient le roman Mes amis d'Emmanuel Bove. François Ouellet en faisait la présentation. Deux réimpressions plus tard, le préfacier se mue en essayste et propose un superbe texte sur l'un des écrivains français méconnus à son époque qui suscite, soixante ans plus tard, le plus d'intérêt auprès des lecteurs d'aujourd'hui C'est tout le mérite du travail entrepris par François Ouellet, depuis plusieurs années maintenant, puisque, après son essai D'un dieu l'autre, il nous propose aujourd'hui ce nouveau livre sur Emmanuel Bove, lequel a, au moins, deux qualités : revenir de façon plus précise, plus complète également, sur des thèses avancées naguère et considérer d'un point de vue plus englobant la situation de l'écrivain dans l'histoire de la littérature. Pour ce faire, François Ouellet a fait siennes les méthodes les plus pertinentes de la critique littéraire, depuis l'étude des sources, heureusement remise à l'honneur de nos jours, jusqu'à la lecture psychanalytique des textes, injustement décriée parfois, en passant par diverses analyses fondées sur la stylistique, la narratologie ou la phénoménologie ; que l'on ne s'y trompe pourtant pas, il n'y pas là dispersion mais, comme il le dit lui-même, souci d'« ouverture » dans un esprit proche d'Umberto Eco, qui a voulu voir dans toute entreprise littéraire une « oeuvre ouverte » (extrait de la préface de Bruno Curatolo).

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