Publie.net

  • Il y a quelques mois, nous publions à peu près simultanément Le livre, l´immeuble, le tableau de Jérémy Liron, journal de travail d´un jeune plasticien, et le premier noyau d´Anticipations d´Arnaud Maïsetti, oeuvre qui se complète et se développe en ligne (les lecteurs qui la téléchargent sont automatiquement prévenus des mises à jour.
    Présentant dans la galerie qui propose son travail une lecture à voix haute de son texte, Jérémy Liron l´accompagne d´un film. La ville, expérience noir et blanc, repères, déformations, stéréotypes et brouillages.
    Arnaud Maïsetti transmet alors à Jérémy Liron une suite de notes, issues de son rapport à Deleuze, Rimbaud, Koltès. Comment interroger le regard, le cadre, les cinétiques ?
    Leur collaboration a donc commencé sous les auspices de cette première publication sur notre site.
    Les Lillois connaissent bien Dimitri Vazemsky, et sa maison d´édition Nuit myrtide, travail ouvert en permanence au défrichage, aux expérimentations et nouvelles formes : il vient de publier La Mancha, 48 pages, format carré 155 x 155, croisant les photogrammes de Jérémy Liron et le texte d´Arnaud Maïsetti.
    Pour 10 euros, vous vous procurerez l´édition papier du livre, via son site.
    Sur publie.net, nous vous proposons l´édition numérique exclusivement, mais augmentée des notes préparatoires d´Arnaud Maïsetti. Mais quiconque nous enverra petite preuve matérielle de l´achat du livre se la verra délivrer gratuitement.
    J´ajoute que la démarche de Liron comme celle de Maïsetti recoupent mes chantiers personnels, là où je les considère des plus importants : la ville, la représentation, le mouvement, l´image. Il est troublant pour moi de voir ces chantiers maintenant relayés, développés. Ce texte est important, le dialogue qui s´instaure entre les deux démarches est vital : soutenez-les.

    FB

  • Entre-deux

    Nicolas Aiello

    Il nous est à chacun arrivé, dans une bibliothèque ou chez un bouquiniste, ouvrant un livre, d´y trouver la trace matérielle d´un précédent visiteur, et d´éprouver ce sentiment mêlé de curiosité et de rêve : une énigme qui nous concerne.
    Les livres ont constitué notre imaginaire. Lequel d´entre nous, quand nos bibliothèques basculent dans l´univers virtuel, pour ne pas s´interroger sur ce que nous avons déposé de nous-mêmes dans les livres, et qu´il s´agit de ne pas laisser perdre ?
    Nicolas Aiello est plasticien, il travaille en permanence sur l´espace et les signes urbains.
    Dans une bibliothèque rurale (Frocourt), puis à la bibliothèque municipale de Montreuil (Seine Saint-Denis), enfin à la BPI (Beaubourg, Paris), il a photographié, dans la lumière ambiante, les objets, traces, griffonages, listes laissés dans les livres.
    Qu´est-ce qu´il nous est donné à lire, ici, de nous-mêmes, et de ce que nous-mêmes avons glissé dans les livres qui sont nôtres ?
    FB Comme un archéologue, je suis parti à la recherche de traces de vie laissées dans les ouvrages de bibliothèques publiques :
    Cette série de photographies, issue d´un livre d´artiste publié à 20 exemplaires, montre les trouvailles de cette quête : cartes postales, marques-pages, papier griffonné, lettres, laissées là, entre deux pages.
    Le projet est né suite à une résidence organisée par le théâtre des Poissons de Frocourt (Picardie). Ces derniers me demandaient alors de penser un projet sur le village de Frocourt. Je choisis alors d´intervenir dans la petite bibliothèque, petite pièce d´environ 9 m2, ancienne bâtisse des pompes funèbres...
    En feuilletant ces ouvrages donnés par et pour la commune, j´ai découvert des papiers griffonnés, des cartes postales...
    Habitué aux interventions en milieu urbain, ce projet m´a beaucoup intéressé, car c´était mon premier travail en milieu rural, dans un village d´environ 500 habitants.
    Après avoir commencé cette série de photographies de livres, je choisis d´élargir le projet et d´intervenir dans d´autres bibliothèques publiques (bibliothèque municipale de Montreuil, bibliothèque publique d´information du centre Pompidou). Les photographies étaient toutes prises sur place à la lumière des salles de lecture des bibliothèques, à la manière des étudiants prenant en photo les ouvrages pour les avoir en mémoire. Je commençais à rechercher mes papiers volants en regardant les livres d´une autre manière ; je ne lisais pas la tranche du livre pour en voir le titre, mais par-dessus pour percevoir un petit écartement entre deux pages. J´ai aimé cette manière de consulter les livres, qui m´amenait vers des ouvrages sur lesquels je ne me serais jamais penché.
    Ce livre numérique réunit ces photographies. Il a été accompagné d´un livre édité à 20 exemplaires, dont le premier exemplaire a été remis à la bibliothèque de Frocourt, rangé parmi les livres photographiés.
    Nicolas Aiello  le site de Nicolas Aiello

  • La ville, en tant qu´elle aspire et provoque les nouvelles formes de récit, est forcément une ligne de force dans une tentative comme celle-ci. Et on essayera de l´honorer en permanence, qu´il s´agisse de la ligne de train Paris - St Quentin en Yvelines ou déjà de New York. Et c´est l´héritage du Baudelaire tel que scruté par Walter Benjamin, d´où la présence aussi du Peintre de la vie moderne.
    La ville, ce n´est pas une entité abstraite, ni exotique.
    Georges Perec, avec Espèces d´Espaces, a bouleversé notre approche : invariance d´échelle, la même complexité pour grand comme un timbre-poste, coin de rue, intérieur bistrot, et les échappées bord de ville, ou les aperçus horizon. Nous avons appris encore, depuis, qu´il ne s´agit pas d´une réalité indépendante du locuteur : c´est en inscrivant notre expérience de la ville, dans son rapport au temps, à l´espace, à l´ensemble des relations tissées avec les figures fugaces, anonymes (Baudelaire encore : Car j´ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais) qu´elle surgit du récit, alors qu´elle déborde de toute façon la somme de toutes ces expériences singulières, l´ensemble de ces trajets, l´agitation brownienne de toutes les relations qu´elle crée, à commencer par ces instants qui pour nous se font image. Que tout tient au mouvement, ces cinétiques, que tout tient aussi aux images : ce que nous avons à déconstruire du réel passe par comment, lorsque nous le dressons comme image, il se révèle à nous en dehors de ce que nous projetions sur lui.
    C´est une expérience de cet ordre que je présente ici :
    Confrontation simultanée, jouant de son temps réel, entre un qui fait des images (jeanpierre paringaux) et un qui tient récit (laurent herrou). Et la trace, fixée au jour le jour, nous lègue ces variations d´échelles, ces signes soudain isolés de la masse cinétique. Comment s´approprie-t-on une ville quand, lorsqu´il s´agit de New York, on en a déjà un visage tellement préconstruit que seule la marche, l´attente, la plus légère bascule peut rétablir l´expérience comme neuve ?
    Donc un journal, et si Michel Butor, l´auteur de Mobile, est présent dans le titre (où encore un peu de La Vie mode d´emploi), pas de hasard.
    FB laurent herrou auteur de deux romans [1], laurent herrou vit et travaille à nice il a publié des textes autobiographiques dans diverses revues littéraires et sur internet voir en particulier le blogl´emploi du temps avec le photographe jeanpierre paringaux il dispose également d´une page sur sur myspace qu´il met à jour régulièrement jeanpierre paringaux jeanpierre paringaux est né en 1951 avec un trait d´union dont il s´est débarrassé au début du 21ème siècle pour l´exposition en ligne du palais de tokyo, hype il se méfiait de l´informatique jusqu´à ce qu´un disque dur défectueux lui donne raison et détruise la totalité de sa base de données photographique : aujourd´hui il sauvegarde son travail et conjugue son emploi du temps en ligne avec l´écrivain laurent herrou il travaille en outre avec la chorégraphe emmanuelle pépin à l´élaboration de paysages sonores [2].

  • Aller

    Nicolas Rithi Dion

    Voilà le deuxième volet du triptyque inauguré par Rouge fort.
    Cette fois, plongée là où le tissu continu de l´hyper-ville est le plus continu, dans sa profusion, sa complexité.
    Déchirures nues de la grande pauvreté, on est en Seine Saint-Denis.
    Entrelacs des autoroutes, des nationales, leurs échangeurs installant dans les villes des cloisons, des glissements, des frictions.
    La ville qui se reconstruit sans cesse sur elle-même, laissant des friches vides comme sans s´en apercevoir, préservant des îlots témoignant soudain d´un autre âge industriel, d´autres utopies de briques ou béton.
    Et la double question : comment et quoi voir, comment et quoi dire ? Nicolas Rithi Dion prolonge, dans ce réel qu´apparemment rien ne structure, mais qui structure, lui, la totalité de l´espace des hommes, temps, circulation, marchandises, loisirs et signes, la démarche de Rouge fort. En inscrivant les trajets, en prenant comme base du texte l´inscription dans le territoire que signent les déplacements en voiture, leurs prolongements à pied. Mais la question aussi de la langue :
    Les majuscules s´en vont, laissant place à la seule rythmique de la ponctuation. Surtout, les mots qui sont pris au réel, à la langue parlée comme aux indications fournies dans le réel même, sont à la fois la pâte même du texte, dans son tissu continu, et à la fois extirpées, étirées par un système - de tirets - qui juxtapose et tuile les registres.
    Alors, de Bobigny à Rosny-sous-Bois, au long des paysages urbains de l´A3, le travail ici est d´une invention conceptuelle formidable : comment dire cette complexité, quelle poétique recèle-t-elle qui transcende la vieille langue, quelles narrations ici inscrire, comme on le fait des horizons ?

    FB Nicolas Rithi Dion est né en 1981, et vit au nord-est de Paris.
    Son site : paesine

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