• Jambes fatiguées J'avance, j'avance, j'avance Pas lents, pas accélérés J'ai vieilli depuis Nue Tu m'offres l'horizon Ébahie, je vois Loin Joséphine Bacon, nomade de la toundra, nous fait parcourir, à la lumière du poème, des territoires inconnus. Gaston Miron, Saint-Denys Garneau et Paul Chamberland ont nommé Terre Québec ; Joséphine Bacon élargit le pays en nous initiant à la toundra et aux douces chansons de l'infini. L'horizon est offert avec tant de grâce et de naturel que nous lui sommes à jamais redevables de nous rappeler à l'essentiel : beauté, simplicité et volupté.

  • Assi en innu veut dire Terre.
    Poésie d'utilité publique que ce Manifeste qui crie d'une même voix révolution et amour. Si la parole était donnée aux peuples des Premières Nations, elle ressemblerait à Assi, terre rêvée de ces femmes et de ces hommes qui guettent dans leur chant les mots dignité, espoir et liberté.

  • Le mouvement des couleuvres, premier recueil de Gabrielle Roberge, s'ancre dans le quotidien d'une jeune femme vivant à la campagne avec ses enfants. Naviguant entre le vers et la prose, au plus près du réel, l'écriture de Gabrielle Roberge est traversée par les manifestations de la nature, par un animisme et une mystique tous personnels en lien avec le monde animal et végétal. Avec en filigrane une réflexion sur la maternité et la simplicité, sur la place et la représentation du corps féminin au quotidien, Le mouvement des couleuvres est un livre qui fait du bien. Le soin, la douceur et la patience sont au coeur de ce recueil.

  • Te dire où

    Sara Dignard

    Sara Dignard se lance en quête de ses propres origines. Dans une suite de poèmes brefs, elle rend hommage à sa propre hérédité. Sur les traces de sa mère, et de sa grand-mère qui s'est ôté la vie juste avant sa naissance, Sara Dignard interroge son propre rapport à la maternité, à la fragilité et à l'épuisement du corps et de l'esprit. Un second recueil d'une grande maturité, qui relève haut la main le pari de la mise en danger, et ose, sans pathos, parler de vulnérabilité.

  • À demi
    dans deux vies
    j'ai fini par croire
    que j'étais complète
    rapiécer tous les bouts de moi
    pour me faire un trophée.

    Il y a toujours chez l'enfant qui n'a pas le même pays de naissance que ses parents, l'instant où l'autre patrie dévoile sa fragilité et ses imperfections.
    C'est une sorte de désenchantement.
    Où l'on comprend que là-bas n'est pas mieux qu'ici. Il n'existe pas de pays refuge et nous serons toujours un peu l'autre où que l'on aille.

    Elkahna Talbi a étudié à l'Université Concordia. On la connaît surtout sous le nom de Queen Ka, artiste de littérature orale. Moi, figuier sous la neige est son premier ouvrage. Elle vit à Montréal.

  • Après la libération que permettait son premier recueil Les ailes closes, Catrine Godin nous revient avec une exhortation à être, à s'appartenir au plus proche, dans ce diptyque formé des Chairs étranges et de Bleu Soudain. Cet impératif, cest le souffle qui le porte et lactualise : d'abord, de façon presque imperceptible, et léger comme le vent, dans la première partie, où lon observe au ras du sol la flore qui sabandonne ; puis, dans le second livre, où le souffle en pleine expansion, libre et s'accélérant, suggère non seulement l'avancée sur la route en bordure dune forêt, mais également l'essoufflement joyeux et extatique de s'appartenir vivante. Voilà bien la nécessité du recueil construit comme un oxymore : conjuguer le grand cadeau de la pensée de Virginia Woolf qui veut que « chacun recèle en lui une forêt vierge » avec le souffle de Jack Kérouac.

  • Linsensée rayonne propose des poèmes dobservation de la lumière naissante vue comme une levée des sens, un franchissement de la parole à la percée du jour. Le livre se compose despaces oniriques qui relèvent de laurore, frange principale et à double tranchant de linsensée : dans ce temps du lever, ce qui se dresse apparaît en effet comme bruissement, mais aussi comme fatalité. Aussi sagit-il de gravir la frontière nocturne jusquà trouver la calme mais inquiétante lueur, où les choses sincarnent sous langle de la lumière.

  • Cet essai peut peut être lu comme une ode à la vie et à l'histoire littéraire, à « l'autre parole », celle de la poésie québécoise actuelle, particulièrement celle des femmes poètes et de leurs thématiques. Le poème didactique est ici une dilecture (dilection et lecture), selon la
    définition du poète français Guy Goffette : la mise en abyme d'une oeuvre qu'on admire, par citations, descriptions, aspects particuliers ou essais de synthèse de l'oeuvre. Jean Royer aborde aussi dans ce livre ce qu'on appelle le poétique en général, et la mélancolie, thème fondateur des cultures, concluant avec « l'élan d'écrire » et un regard sur l'héritage de la modernité. Cet essai personnel, didactique et ludique à la fois, dédié à différents aspects et visages de la poésie, compose le 4e volume du cycle de L'arbre du veilleur.
    Comme l'ensemble de la poésie, le poème didactique a pour mission d'éclairer notre regard vers les choses et de questionner notre destin.

  • Racines et fictions est un recueil de poésie en vers et en prose, le quatrième de l'auteur Hector Ruiz. L'écriture de ce livre prend sa source dans une démarche de déambulation littéraire. Plus précisément, le poète est allé, chaque semaine pendant 10 mois, explorer quelques quartiers de la ville de Montréal. Ces dérives de plusieurs heures et kilomètres ont donné lieu à une multitude de notes et de photos. Il en découle, dans le recueil, des histoires de marche, entrecroisées de fragments de mémoire qu'a révélé le tracé du corps en mouvement. Dans ce parcours poétique, entre les branches, dans les trous, la fiction a pris racine et des racines ont trouvé forme.

  • Et si Eudore Évanturel - le plus grand poète oublié de la littérature québécoise, sans doute l'envers exact de la figure du barde national avec son humour décalé, sa légère tendance au voyeurisme, son précieux bol de café solitaire et sa tombe oubliée derrière celle de François-Xavier Garneau -, et si Eudore n'était pas en marge de notre histoire littéraire mais, pour toutes ces raisons, précisément au centre ? 

    Il y a cent ans Eudore Évanturel, en exil à Boston, mourait dans l'oubli. Auteur d'un seul véritable recueil de poésies, Premières poésies, 1876-1879 (le second n'étant qu'une reprise mutilée du premier, avec l'ajout de quelques inédits). Les auteurs de ce recueil de texte soulignent cette disparition en revenant de façon analytique sur l'oeuvre à redécouvrir du poète.

    L'oeuvre complète (comprenant des inédits) d'Évanturel est disponible dans notre collection poche (Alias, 2018) sous le titre OEuvre poétique. Texte établi et présenté par Guy Champagne.

  • Malgré les réticences maintes fois répétées d´Alain Grandbois à l´égard de l´écriture épistolaire, sa correspondance permet de découvrir l´homme par-delà la légende. On y retrace la genèse de son oeuvre et des aspects inédits de sa vie mouvementée. Le regard qu´il porte sur son époque et sur ses contemporains par le biais de ses lettres témoigne de ses préoccupations profondes tout autant que de son attitude à l´égard de la société.
    Bernard Chassé est professionnel de recherche pour la Chaire de leadership Pierre-Péladeau et enseigne à HEC Montréal. Il a collaboré au projet d'édition des textes de Grandbois dans la BNM et a soutenu à l'Université de Montréal une thèse sur la correspondance de Grandbois.

  • Voix et Images consacre son numéro printemps-été au poète francophone d'origine ontarienne Patrice Desbiens. Actif depuis les années 70, établi au Québec depuis 1988, Patrice Desbiens est l'auteur d'une oeuvre abondante « qui réussit la prouesse de faire et dire beaucoup en peu de mots. » Ce dossier se veut surtout un premier effort collectif de sonder une oeuvre, qui malgré l'engouement qu'elle suscite, n'a encore fait l'objet d'aucune publication d'envergure, monographie, dossier thématique ou volume issu d'un colloque. Comprenant cinq études, le numéro propose d'examiner les « postures vocales » du poète (Marc André Brouillette), les manifestations et effets de « décalage » (Thierry Bissonnette), les dimensions narratives de ses textes (Frédéric Rondeau), la mise de l'avant d'expériences partagées dans un contexte capitaliste (François Paré) et une réflexion sur sa consécration (Lucie Hotte).

  • Vanités

    Emilie Turmel

    je te demande quelle science; enseigne la beauté; si plaire est un art; une lutte un commerce; un simple mécanisme de survie; ou quelque culte obscur; auquel on sacrifie; son premier visage; Née à Montréal en 1988; Émilie Turmel a grandi à Québec et vit aujourd'hui à Moncton. Elle est finaliste au Prix Émile-Nelligan et lauréate du Prix René-Leynaud (Lyon; France) pour son premier livre; Casse-gueules (Poètes de brousse; 2018). Quelques-uns de ses textes ont été traduits en anglais et en espagnol; et plusieurs sont parus en revues au Canada; en Colombie; en Espagne et en France.

  • Fixer l'image, l'occuper ou s'y dissoudre. Les poèmes de «Tête première / Dos / Contre dos» explorent ce qui nous précipite, parfois nous saisit, souvent nous invente. En trois mouvements qui articulent la mémoire de ce qui est advenu et la mémoire de ce qui est à venir, ce livre se veut une rencontre, la rencontre de ces fins qui nous tournent et nous retournent, entre crainte et ravissement, parmi les rêves, là où réellement le coeur bât.

  • Dans des poèmes tout autant attachés à leur inspiration classique quà son dépassement, domesticité, jardinage et questionnements métaphysiques procurent la joie et installent le doute. Le nord des heures suivi de Sonnets des jeunes heures évoque ainsi lécoulement des jours et des mois que dure une année à travers des événements minimalistes. Non sans humour, les poèmes rendent le vent audible dans le jardin odorant. On peut fermer la radio et la télé : le merle chante, les roses sépanouissent, laraignée tisse sa toile dans les thuyas, le chat dort près du bain deau. Les tâches courantes, auxquelles on échappe ainsi grâce à la fenêtre ouverte, portent cependant lécho des déchirements humains, sociaux et politiques ; le réel et son train quotidien font ainsi naître une réflexion sur linsécurité face au changement et sur la pesanteur de la responsabilité.

  • Sarticulant autour de deux suites poétiques qui mettent en relief les figures de la mère et du père, Illuminer les cendres convie à une mise à distance du vieillissement et de la mort. Le paysage, la maison, lobjet, le regard et le geste : autant de motifs décriture ouvrant à lintimité dune parole qui devient le lieu dun travail sur soi. Et, de là, puisque le langage noffre jamais que léchec dune transformation, le poème souvre à une véritable rencontre de lautre, à son accueil. Il se trouve ici une réponse à la poétique de Verlaine qui souhaitait « De la nuance, encore et toujours », quand le poème désire trouver la lumière que tout mange le regard, les ombres en espérant ne pas écraser le texte « sous le poids des repères ». Pour que lautre, finalement, en irradie.

  • Au fil des vacances, le poète a tout son temps. Cest un flâneur compétent qui entraîne le lecteur dans ses rêveries estivales, faites de méditations, de pensées, dobservations de son « improbable été ». Attentif aux signes sourds du réel, il révèle ce qui se tapit dans linvisible, et transcrit ce qui tremble en lui. Il nous donne à lire des poèmes sensibles aux jours et à la vie, avec des pointes dessais qui lentraînent du côté de la pensée. Toute sa transparence révèle aussi une voix au long cours. Il ne cherche pas tant à nous impressionner quà nous donner à vivre lexpérience même du langage et de la vie.

  • Dans ce « presque récit » qui sarticule autour de la figure de la mère, la narratrice explore une temporalité éclatée. Les motifs de la hache et de la flèche, inspirés dOctavio Paz, évoquent par moment un lien violent et mythique, où tout au moins la sensation heurtée dialogue avec les images archaïques (mythes, enfance, etc). Lonirisme qui se dégage de lensemble, comme entre deux eaux, entre deux terres, deux destinations, révèle un combat incessant de la femme, comme si le destin individuel rejoignait le destin collectif « des femmes en arrière-fond ». Le personnage est souvent en état de guerre, brûlure ou blessure un mal séculaire et personnel où « une lame descendait sur son torse, jusquau mont de Vénus / où les poings dun père ont frappé. »

  • Conçu en quatre actes, comme la tragédie, ce nouveau livre d'Isabelle Dumais nous fait entrer sans compromis dans la honte d'être, en proie à toutes les petites compromissions de la vie même : gestes quotidiens et réitérés, dérisoires. Et, tout de même, méritants, dans ce combat avec soi-même pour exister comme chose réelle parmi les choses. Il y a une certaine ironie à plonger ainsi dans les jours perdus, quand un matin on s'éveille avec des objets pendus à ses bras, et jamais les gestes n'échappent-ils à ce gâchis, au déchoir de notre avancée dans le temps. Nous sommes des « machines à mourir » et la poète nous y conduit avec élégance.

  • La poésie prend les airs dun gamin qui voit la nature en profondeur, se laissant transformer par elle, le poète piétinant les herbes, à laffût des oiseaux ou dautres signes moins visibles mais présents dans le mouvement des formes. Lon y entend un attachement davantage quune défense, le poète préférant les mots simples mais "indomptables" (Roland Giguère). La présence de la nature demeure le lieu rassurant de lexpérience humaine. Lamour est dans le bois et dans les mots qui lui donnent présence.

  • La desarticulation

    Cyr Aral

    Tout est tranquille. Il n'y a aucun bruit ; je respire bien À plat ventre sur le lit je relis LePetit Prince. Je prends conscience de ma trop grande tristesse pour l'humanité. Je ne dois plus être aussi réceptif aux souffrances des autres. Soudain l'impression d'une autre vie rend ma lecture nerveuse. On m'épie. J'arrête de lire et reviens à la réalité

  • La réédition de "Corps datelier" (Premier prix de la revue Estuaire) simposait, dautant que lan dernier nous avons présenté "Que vous ai-je raconté?", correspondance entre Geneviève Amyot et Jean Désy.
    "Corps daletier" est le livre des sursauts, de la colère sourde et tellurique. La poète y tient sa mère à distance. Elle la peint comme pour sen débarrasser une fois pour toutes, comme le rappelle Jean-Paul Daoust dans sa préface. Le livre est dune dureté inouïe, mais sa grandeur dexpression nous aspire dans sa coulée.
    On franchit une frontière avec ce livre où la rage est palpable à chaque ligne. On pourrait parler dune poésie familiale, jamais très éloignée du burlesque, et qui nous questionne, encore aujourdhui.
    Ces personnages nous hantent dès quon les fréquente. Il y a là une beauté terrible.

  • Nous lisons La vie inexprimable comme des méditations dun lecteur attentif aux signes du monde : poèmes, amour ce feu premier auquel le poète retourne sans arrêt.

    Jacques Gauthier tient au plus simple cette poésie dun homme dans lamour. Du corps au poème, on assiste à une démarche pleine, assumée, incarnée. Cest-à-dire que nous sommes avec le poète dans la vie même. Poésie et spiritualité, côte à côte dans lincandescence dune absence, où se manifeste la tension entre parole et silence, vie et mort.

    Il en retire moins une vérité que le mouvement que cet amour a cherché à former, que la présence quil cherche à donner.

    En épilogue, son art poétique cristallise sa démarche : dépossession de soi, étonnement de vivre, merveilleux, révélation de linfini, autant déchos dune volonté de communiquer avec lautre une espérance fondatrice.

    Le poète se donne, comme on le dit dun don.

  • Le deuil et la mélancolie, ces lieux de l'âme, fondent dans le parcours poétique de Paul Chanel Malenfant le climat affectif de l'imaginaire. Deuil des figures familiales, père et mère en allés ; des êtres disparus dans la turbulence du siècle ; des paysages qui s'effacent, par delà la beauté du monde. Du temps même qui, inlassablement, passe. Le poète érige des tombeaux pour survivre dans le devoir de la mémoire, dans le bonheur d'expression de la pensée lyrique. C'est en ce sens que La petite mariée de Chagall convoque maintenant, entre lamentation et célébration, le mystère de la mère morte, à la fois comme un exorcisme de l'enfance perdue / retrouvée et un hommage rendu à la langue maternelle.
    Rumeur, sourdine, murmure : une trame narrative se profile dans le poème, attentive à la fois aux airs et aux affaires de familles, quand le cur amoureux tergiverse, à dessein, entre l'invention d'un souvenir et la divulgation d'un secret.

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