• Tu seras un héros, tu seras général, Gabriele D'Annunzio, Ambassadeur de France. Tous ces voyous ne savent pas qui tu es !
    Je crois que jamais un fils n'a haï sa mère autant que moi, à ce moment-là. Mais, alors que j'essayais de lui expliquer dans un murmure rageur qu'elle me compromettait irrémédiablement aux yeux de l'Armée de l'Air, et que je faisais un nouvel effort pour la pousser derrière le taxi, son visage prit une expression désemparée, ses lèvres se mirent à trembler, et j'entendis une fois de plus la formule intolérable, devenue depuis longtemps classique dans nos rapports : Alors, tu as honte de ta vieille mère ?

  • En 1187, le jour de son mariage, devant la noce scandalisée, la jeune Esclarmonde refuse de dire 'oui' : elle veut faire respecter son vu de s'offrir ´r Dieu, contre la décision de son pcre, le châtelain régnant sur le domaine des Murmures. La jeune femme est emmurée dans une cellule attenante ´r la chapelle du château, avec pour seule ouverture sur le monde une fenestrelle pourvue de barreaux. Mais elle ne se doute pas de ce qui est entré avec elle dans sa tombe...
    Loin de gagner la solitude ´r laquelle elle aspirait, Esclarmonde se retrouve au carrefour des vivants et des morts. Depuis son réduit, elle soufflera sa volonté sur le fief de son pcre et ce souffle l'entraînera jusqu'en Terre sainte.
    Carole Martinez donne ici libre cours ´r la puissance poétique de son imagination et nous fait vivre une expérience ´r la fois mystique et charnelle, ´r la lisicre du songe. Elle nous emporte dans son univers si singulier, reveur et cruel, plein d'une sensualité prenante.

  • Les racines du ciel

    Romain Gary

    "La viande ! C'était l'aspiration la plus ancienne, la plus réelle, et la plus universelle de l'humanité. Il pensa à Morel et à ses éléphants et sourit amèrement. Pour l'homme blanc, l'éléphant avait été pendant longtemps uniquement de l'ivoire et pour l'homme noir, il était uniquement de la viande, la plus abondante quantité de viande qu'un coup heureux de sagaie empoisonnée pût lui procurer. L'idée de la "beauté" de l'éléphant, de la "noblesse" de l'éléphant, c'était une idée d'homme rassasié..."

  • Dans un village corse perché loin de la côte, le bar local est en train de connaître une mutation profonde sous l'impulsion de ses nouveaux gérants. À la surprise générale, ces deux enfants du pays ont tourné le dos à de prometteuses études de philosophie sur le continent pour transformer un modeste débit de boissons en "meilleur des mondes possibles". Mais c'est bientôt l'enfer en personne qui s'invite au comptoir, réactivant des blessures très anciennes.

  • Je m'en vais

    Jean Echenoz

    " je m'en vais ", ce sont les premiers mots prononcés par le héros du roman d'echenoz, qui vient de décider de quitter sa femme.
    Ce sont également les derniers mots du livre, émis par ce même héros lorsque, après une année d'errance et d'aventure, le coeur brisé, il revient hanter ce qui fut le domicile conjugal. la boucle est bouclée, la révolution est terminée, la parenthèse se ferme, le héros a simplement un peu vieilli. il a connu des aventures qu'on dirait palpitantes à cause des dérèglements de son muscle cardiaque, il est allé jusqu'au pôle nord pour récupérer un trésor d'ancien art esquimau, il a été volé et voleur, escroc et escroqué, séducteur et séduit, il a vécu.
    Il ne lui en reste qu'un vague malaise et un essoufflement. de livre en livre, depuis le méridien de greenwich, paru il y a vingt ans, jean echenoz s'est fait le cartographe de son temps. de ses séismes, de ses catastrophes, de son imaginaire, de ses objets, de ses rêves et de sa longue glissade hors du réel : dans les images, dans les fantasmes, dans les rêveries de conquête, dans l'éloignement de soi et des autres.
    Je m'en vais, c'est aussi la formule d'adieu d'un siècle bien incapable de savoir où il va et qui oublie même de se poser la question. il s'en va, c'est tout. pierre lepape, le monde

  • En 1912, Filles de la Pluie obtient le prix Goncourt.
    Ouessant, depuis la fin du XIXe siècle, est peu à peu sortie de son isolement : ses spécificités sont mieux connues grâce aux travaux des folkloristes mais elle entre véritablement dans le siècle avec la construction du fort Saint-Michel, conséquence du refroidissement des relations franco-britanniques, après l'affaire de Fachoda, - type de fort que l'on retrouve dans d'autres îles : à Houat, à Hoëdic, à Yeu en particulier.
    Le choc culturel et humain qui s'ensuivit, entre une population essentiellement féminine, paysanne, pauvre, restée isolée du monde et les militaires mis en garnison mais qui s'égayent dans toute l'île, finit par faire scandale dans les années 1900.
    André Savignon a séjourné à Ouessant en 1911 et son livre s'inscrit dans cette brûlante actualité-là. Le sous-titre de scènes de la vie ouessantine rappelle d'ailleurs que ce n'est pas un roman mais une suite de récits dont chaque chapitre est consacré à une Ouessantine : Barba la conteuse, Louise de Niou-Huella, Claire de Frugulou, Marie de Loqueltas, etc.
    Si le livre fit aussi scandale, à l'époque, c'est qu'il dépeignait Ouessant comme « une sorte de Tahiti européenne ».
    Cent ans plus tard, rien de tout cela ne subsiste sinon un beau livre de littérature de fiction qu'il faut redécouvrir pour son écriture, pour son évocation d'un Ouessant passé et parfois fantasmé... mais aussi pour les superbes lithographies du maître Mathurin Méheut qui n'avaient jamais été rééditées depuis 1934.

  • Romancier à succès dans l'entre-deux-guerres (La Maison dans la dune, Invasion 14, Corps et Âmes...), Prix Goncourt 1936 avec L'Empreinte du Dieu, Maxence Van der Meersch (1907-1951) fut aussi un chroniqueur et nouvelliste recherché dont les textes parurent régulièrement dans la presse entre 1925 et 1950. Marianne, L'Intransigeant, Candide, Le Figaro, Paris-Soir... publièrent ses chroniques et nouvelles, ainsi que les grands titres de la presse du Nord de la France. Articles de commande ou de circonstance, textes d'humeur, voire véritables « manifestes » où l'écrivain, fidèle à ses engagements humanistes, prend position sur différents problèmes de société, un important florilège de cette production se trouve rassemblé dans ces deux volumes qui permettent de nuancer considérablement l'image « réactionnaire » de l'écrivain. Sensible à la souffrance et à la misère des « gens de peu » dont il partagea le sort, révolté par l'inégalité et l'injustice mais aussi par le sort fait aux femmes dans le monde du travail à son époque, il est hanté par les ravages de la guerre dans sa région. La même inspiration anime aussi ses nouvelles, dont certaines constituent les embryons de romans édités ultérieurement, mais aussi inédits ou inachevés (Paternité, Invasion 40...). Van der Meersch y exploite avec une maîtrise accomplie toutes les tonalités du genre, et certaines de ces nouvelles sont dignes d'un Maupassant. Enfin, un long texte inédit, « L'Affaire Jean Boudart », apporte un témoignage exceptionnel sur la « première carrière » de Van der Meersch, qui fut avocat au barreau de Lille, y déployant le même généreux engagement social que dans son oeuvre d'écrivain.

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