• La polé­mi­que lit­té­raire lancée par Marx contre Hegel et sa phi­lo­so­phie du droit sert ici de pré­texte pour aborder la question du pro­lé­ta­riat et de son asser­vis­se­ment par l'État, l'argent et la reli­gion. Avec ce texte d'une force polémique rarement égalée, le jeune Marx passe du "démocratisme" au communisme, "remettant sur ses pieds" la dialectique hégélienne.
    C'est dans cet ouvrage que se trouve la phrase sans doute la plus connue de Karl Marx : "La religion est l'opium du peuple".

    Théo­ri­cien révo­lu­tion­naire alle­mand et figure majeure du mou­ve­ment ouvrier, Karl Marx (1818-1883) fut également historien, sociologue et jour­na­liste. Enga­gé poli­ti­que­ment dans la Ligue des Communistes aux côtés de Engels puis dans l'Association inter­na­tio­nale des tra­vailleurs, on lui doit une description minutieuse des mécanismes du capitalisme et une théorie érudite de l'économie politique. Sa pensée se fonde sur l'humain en tant qu'être pensant mais avant tout agissant.

  • Glu

    Irvine Welsh

    Dans les banlieues miteuses d'Édimbourg chères à Welsh, quatre enfants de la bagarre et des pubs enfumés, avec la glu de l'amitié contre vents et marées. Trente ans de culture musicale et politique, du punk à la techno, de l'héroïne à l'ecstasy, d'explosion sociale et littéraire. Trente ans de fermetures d'usines, de thatchérisme sauvage, de mutations, de petites et grandes tragédies ordinaires. Et pour eux, nés laissés-pour-compte, trente ans à chercher avec leur langue et dans leurs mots, ceux de la rue, leur place d'hommes.

  • Huit ans après la parution de son dernier livre, Nicolas Bourriaud brise son silence avec L'Exforme, une méditation étonnante sur notre condition à l'âge de la multiplication des déchets - déchets du capitalisme, de la consommation, de l'industrialisation, des rêves nucléaires. Comment apprendre à vivre dans un monde de déchets ? Pour Nicolas Bourriaud, la réponse est claire : un tel apprentissage ne peut se penser sans le secours des oeuvres de l'art d'aujourd'hui - oeuvres qui ont fait du déchet leur préoccupation, leur constitution ou leur forme même. Ce dont nous avons besoin, c'est d'inventer des formes de vie qui soient des « exformes », qui acceptent de se confronter au fait qu'elles sont elles-mêmes en train de se transformer en déchets. Inspiré par les écrits de Karl Marx, Walter Benjamin et Louis Althusser, Nicolas Bourriaud propose une ronde à l'intérieur d'une nouvelle « fantasmagorie du capital » : la ronde de ce qui est rejeté, et qui, d'être rejeté, ne cesse de faire retour et de réclamer sa place. À la fois panorama remarquable de l'art contemporain, méditation puissante sur la condition politique d'aujourd'hui et essai de définir les coordonnées existentielles du présent, L'Exforme est un livre majeur.

  • Entre 1980 et 1985, enseignant dans une ville du Nord-Pas-de-Calais bouleversée par la crise de l´industrie minière, Olivier Schwartz a vécu dans une cité HLM à population ouvrière. Introduit par ses habitants dans l´intimité de leurs familles, il se proposait d´en faire l´objet d´une enquête d´ethnographie urbaine. L´analyse alors devient récit, changeant son rapport à l´histoire pour appréhender l´incessante transformation du genre de vie collectif en styles individuels, le drame du rapport des sexes où la liberté des femmes n´a pas le même sens que celle des hommes.
    Ce livre, qui pratique avec originalité les méthodes de l´anthropologie, nous fait comprendre de l´intérieur ce qui manquerait à un monde (le nôtre) privé des ouvriers et des ouvrières. Il nous incite à ne pas nous résigner à cette perte.

  • Un Proudhon certes foncièrement anarchiste, fédéraliste, anti-étatiste pour tout dire, mais parfois plus proche d'être un libéral anticapitaliste et antibourgeois qu'un socialiste et dont le combat constant pour l'émancipation de la classe ouvrière va de pair avec une rude opposition au communisme. Voici le Proudhon (1809-1865) que ce volume dévoile en bousculant nombre d'idées convenues à son sujet: entre autres, que la propriété est loin d'être forcément un « vol ». Ces textes sélectionnés, ordonnés et présentés par Vincent Valentin, maître de conférences à l'université Paris-I, soulignent le caractère complexe, souvent paradoxal et évolutif, d'une oeuvre foisonnante à laquelle le lecteur contemporain n'a plus directement accès depuis longtemps. Et dont la conception vive de la liberté individuelle qui l'irrigue donne toujours à penser.

  • Dans l'Histoire du drapeau rouge, il analyse la symbolique de ce drapeau qui fut au départ, l'inverse d'un emblème séditieux : « Au début de la Révolution française, il était le drapeau de l'ordre porté à sa plus haute puissance puisque l'on ne le sortait que pour sauvegarder le pouvoir établi ». Ses recherches lui ont permis de nous donner à lire les évolutions de « cet étendard, non seulement de la subversion sociale mais de l'internationalisme ouvrier », qu'il a étudié jusqu'à la guerre de 1939-1945.

    Maurice Dommanget, (1888-1976) est l'auteur de plus d'une cinquantaine d'ouvrages importants d'histoire sociale. Instituteur, pédagogue, syndicaliste actif et un chercheur dont il devient important d'exhumer et de réhabiliter les ouvrages qui sont la mémoire des luttes sociales, et de valider ses travaux de recherche historique.

  • Concernant l'idée de révolution, six thèses principales paraissent ressortir d'un examen systématique des OEuvres complètes de V. I. Lénine. 1°/ La révolution est une guerre ; et la politique est, de manière générale, comparable à l'art militaire. 2°/ Une révolution politique est aussi et surtout une révolution sociale, un changement dans la situation des classes en lesquelles la société se divise. 3°/ Une révolution est faite d'une série de batailles ; c'est au parti d'avant-garde de fournir à chaque étape un mot d'ordre adapté à la situation objective ; c'est à lui de reconnaître le moment opportun pour l'insurrection. 4°/ Les grands problèmes de la vie des peuples ne sont jamais tranchés que par la force. 5°/ Les révolutionnaires ne doivent ni ne peuvent renoncer à la lutte en faveur des réformes. 6°/ À l'ère des masses, la politique commence là où se trouvent des millions d'hommes, voire des dizaines de millions. Et les foyers de la révolution tendent à se déplacer vers les pays dominés. Jean SALEM, professeur à la Sorbonne, montre ici l'intérêt ainsi que l'actualité de ces thèses que, durant les dernières décennies, bien des gauches respectueuses ont reléguées sous l'éteignoir, désavouées avec virulence ou, tout simplement, censurées.

  • 1933, l'histoire bascule, Simone Weil interroge : « Allons-nous vers la révolution prolétarienne ? » Sans renoncer au combat, la philosophe déploie dans ce texte crépusculaire un pessimisme critique qui augure les ténèbres à venir. Simone Weil dissèque l'impossibilité d'émancipation face à des régimes bureaucratiques qui oppressent les masses, face à l'ouvrier broyé par la machine, cantonné à un rôle de soumission à la société. Au coeur des remous de l'époque, elle met dos à dos l'URSS de Staline et le fascisme naissant du Troisième Reich, refuse les positions trotskistes, et laisse entendre, malgré une certaine fatalité, une voie possible au travers de l'idée anarchiste de souveraineté des travailleurs, et non de celle du travail au mépris des travailleurs. Par cette organisation horizontale du travail, elle écarte l'idée de défaite, et recherche par tous les moyens possibles la lutte au nom de tout ce qui fait « la valeur de la vie humaine ».

  • Cet ouvrage est paru pour sa 1e éd en 1993 dans la collection Recherches politiques. Ce fut une des premières études complètes sur le revenu minimum d'insertion, instauré en France en décembre 1988 par le gouvernement Rocard. Le double objectif du RMI était de procurer des moyens convenables d'existence aux plus démunis et de les encourager à entreprendtre eux-mêmes les actions nécessaires pour cesser d'être assistés. L'auteur étudie les attitudes de la société française envers ses pauvres durant les Trente Glorieuses et les années 80 en se fondant sur les débats parlementaires et des enquêtes sur les bénéficiaires du RMI. Il analyse la mise en place des actions dites d'insertion et leurs effets.

  • Un dimanche matin à Glasgow, Sammy, un ancien détenu pour vol à l'étalage, se réveille dans une ruelle, chaussé de souliers qui ne lui appartiennent pas, et tente de se rappeler ses deux dernières journées de beuverie. Sauvagement battu par la police, il se retrouve à nouveau en prison et, petit à petit, se découvre complètement aveugle. Les choses empirent encore : sa petite amie disparaît, la police l'interroge pour un crime mystérieux, il erre dans les rues pluvieuses de Glasgow, en tentant vainement de donner un sens au cauchemar qu'est devenue sa vie. Le médecin qu'il finit par consulter refuse d'admettre qu'il est aveugle et sa tentative d'obtenir des indemnités d'invalidité l'amène à se confronter à la bureaucratie kafkaïenne de l'Etat providence. Le livre est un long flux de conscience où Sammy essaye d'accepter sa cécité,  de trouver un secours médical, de comprendre où a disparu sa petite amie et d'échapper à la police qui le croit lié à un type qu'ils soupçonnent de terrorisme politique. Le protagoniste navigue avec un curieux détachement entre ingénuité et acceptation, avec une combinaison de courage et de méfiance qui sonne vrai, de même que certains dialogues entre mettant en scène les diverses autorités, les flics et plus tard son fils adolescent, modèles de rudesse, de tension et d'humour. Ce récit fait d'une prose torrentielle qui ne faiblit jamais, dans le langage non censuré du prolétariat écossais, est une parabole politique subtile et noire sur la lutte et la survie, riche d'ironie et d'humour noir.

  • L'essentiel pour un être humain n'est pas d'exister mais de mieux être, et ce, en collaboration avec son prochain, avec lequel il vit. La vie se déploie ainsi comme une communion, un vivre-ensemble, possibles uniquement en projetant la paix au coeur des relations mutuelles. Comment construire cette paix ? A la lumière des écrits de John Locke, Thomas Hobbes, Jean-Jacques Rousseau, Karl Marx, Axel Honneth et Jürgen Habermas, cet essai tend à répondre à cette question.
    En pensant la vie sociale en termes de contrat, de lutte ou encore de consensus rationnel, ces philosophes apportent un éclairage sur la quête de liens sociaux durables et efficaces, pour un «vivre-ensemble» harmonieux et pacifique.

  • Théorisée par Marx, l'idéologie communiste a inspiré au xxe siècle une multitude de partis et de régimes qui, à leur apogée, ont régenté un quart de l'humanité. Bureaucratie, répression et censure sont les symboles de leur domination, toujours violente sans jamais être absolue. De Lénine à Mao, Pol Pot et Castro, la même utopie se décline sous bien des latitudes.
    De l'espoir des débuts au désastre final, le communisme a éveillé des passions et des idées reçues qui ont la vie dure. Malgré son effondrement, il est encore présent dans nos mémoires et nos débats. Ce livre sans concession, nourri des travaux les plus récents, est une référence indispensable pour en comprendre à la fois les origines, la puissance et la chute.

  • « Marx croit au progrès », « La lutte des classes est une pure invention de Marx », « Pour Marx, l'histoire est écrite d'avance », « Le communisme, c'est l'état omniprésent », « Pour Marx, la religion est "l'opium du peuple" », « Marx veut rendre tous les hommes égaux », « Le communisme est une utopie, il a échoué partout » ... Yvon Quiniou procède ici, d'une manière vivante et précise, au bilan d'une pensée complexe et mal connue, souvent déformée par ceux-là même qui se déclarent « marxistes ».

  • Après avoir décroché d'études de droit pourtant assez brillantes, Anton a essayé de s'en sortir comme chauffeur de taxi. Maintenant il vit dans un foyer d'hébergement, dans l'attente du procès qu'ont intenté contre lui les banques pour une dette de 3000 €. Il se réfugie dans le sommeil, et les rêves. Denise est caissière et élève seule sa fille. Pour arrondir ses fins de mois, elle a tourné dans un porno diffusé sur Internet et attend depuis des mois le cachet de 3000 €. Malgré les crises de panique quand elle sent sur elle le regard des hommes et s'imagine qu'ils la reconnaissent, elle est décidée à se battre pour réclamer son dû. Les réseaux sociaux, la téléréalité, l'alcool et les amphétamines remplissent le vide de son existence. Anton et Denise se rencontrent à la caisse du supermarché, se rapprochent un bref moment sans illusions. Les dénouements heureux, constatent-ils l'un et l'autre, n'existent que dans les rêves. Dans une écriture violente et lucide, Thomas Melle donne à voir la réalité sociale froide, dure, de la marginalité.

  • Résumée par la formule d'Yves Guyot « le capital, c'est l'homme », l'anthropologie du capital n'a pas été élaborée par Marx mais par l'école française. La sociologie travailliste ne parvient pas à faire l'économie de l'anthropogenèse par le capital et Marx lui-même confessera que « des historiens bourgeois avaient exposé » bien avant lui « l'évolution historique de cette lutte des classes et des économistes bourgeois en avaient décrit l'anatomie économique ». Leter identifie les auteurs évoqués par Marx et brosse un panorama de leur approche du capital : Quesnay, concepteur de la notion de classe ; Condorcet, pionnier capitalien de la république ; Destutt de Tracy, père de l'idéologie ; Charles Dunoyer, auteur du texte fondateur de la lutte des classes ; Adolphe Blanqui, premier historien de la pensée économique ; Augustin Thierry, Ambroise Clément et Bastiat, historiens de la spoliation légale ; autant d'esprits qui observent que le capital est universel et que, tandis que les excès de l'individualisme sont limités par la loi et que rien ne régule les abus du collectivisme, le véritable antagonisme de classe n'oppose pas ceux qui accapareraient le capital à ceux qui en seraient dépourvus mais ceux qui le créent à ceux qui vivent de sa destruction.
    Après avoir réhabilité l'idéologie telle qu'elle fut conçue par Destutt de Tracy avant d'être détournée par Marx, Michel Leter actualise les analyses de Jean-Baptiste Say, Charles Coquelin et Yves Guyot, en proposant la définition suivante : « Le capital est dans l'ordre de la création ce qui ne vient pas du Créateur mais de la créature. Propriété d'un individu ou d'une communauté de savoir, il est constitué par l'ensemble des valeurs antérieurement soustraites tant à la consommation improductive qu'à la production stérile et que le passé a léguées au présent. » Cependant le grand paradoxe du capitalisme est qu'il n'a pas été forgé par ceux qui plaident la cause du capital mais par ses ennemis. Michel Leter entreprend alors de traquer le capitalisme au coeur de la poétique collectiviste dont l'étude permet de comprendre que le capitalisme n'est pas un système économique mais un mythe qui a pour fonction d'imputer au libéralisme les maux causés par le socialisme.

  • Entre 1928 et 1941, les effectifs de la classe ouvrière en U.R.S.S. ont connu une croissance sans précédent : ils ont presque triplé. Encore ne s'agit-il que des travailleurs libres, il faudrait y ajouter les détenus du Goulag dont le nombre augmente considéra­blement durant cette période.

  • Invariablement, chez Didier Daeninckx, le travail de mémoire conduit aux parts sombres et bousculées de la mémoire collective.
    Mais elle surgit là, d'un coin presque à l'abandon en plein front de l'expansion de la ville.
    Une fille qui remonte en vélo du parc de la Villette à l'Île Saint-Denis, lieu emblématique ou croisement des fictions et de l'autobiographie de Didier Daeninckx, et tout embraye.
    Tout ? La guerre d'Algérie et ce qu'on n'en a pas encore démêlé ou reconnu. Mais ici Guy Debord, ses Hurlements en faveur de Sade et la fondation de l'Internationale Lettriste.
    Tout ? Les vielles photographies, les magouilles d'urbanisme, une infirmière dans un centre de soins en banlieue. Mais tout d'un coup cela peut percuter le monde de l'art et des galeries, Doisneau qui marche, ou une ébauche de Matisse laissée sous ce papier peint de la maison qui va disparaître. Ou les manifestations du temps de Messali Hadj et du journal L'avenir du prolétariat. Parce qu'ils seraient là à titre d'enquête ou de documentaire ? Non, parce que la poésie particulière à Daeninckx est faite de tout cela, qui est sa relation au monde, indissolublement - et c'est bien cette poésie qui d'abord emmène le récit.
    Daeninckx a toujours tissé ce fil : jamais loin de l'autobiographie (l'autobiographie intellectuelle de celui qui pense libre, et pour cela reconnaît sa dette à tous les éclaireurs), toujours au plus près des lieux, de l'affiche au coin de la rue, du tag qui reste sur le coin de mur, et toujours, dans la fiction même, dans cette croisée improbable des éléments réels. Attendez voir, il vous attend pour cela lui-même dans un étrange et fort appendice, tout à la fin du récit, sur le modèle des Je me souviens de Perec.

  • Lumières froides

    Alexandre Anizy

    Ecrits dans les années 1970, les poèmes d'Alexandre Anizy ont une posture très originale en France, en même temps qu'aux Etats-Unis, Allen Ginsberg ou Gary Snyder affirmaient une poésie profondément en lien avec la réalité vécue, avec l'immédiateté de la sensation, qu'elle soit révolte, monde intérieur ou amour. La poésie d'Anizy se place dans la lignée des poètes clameurs de leur existence, puisant les éléments constituants dans leur subjectivité. A travers la révolte, la tendresse ou la rage, se noue le récit de l'enchantement de l'illusion, politique, sociale ou amoureuse. L'énergie et la vitalité, l'humour parfois, racontent en trame de fond la joie de l'engagement et du rapport au monde, d'être en vie. C'est le récit d'un passage à l'âge adulte, avec la violence de la perte des illusions et des rêves. Poésie témoignage, certes, évoquant le trajet d'un homme, d'une époque, avec la fréquence des thèmes politiques ou sociaux où ceux qui avaient cru aux luttes sociales animées par le marxisme devaient effectuer une bataille intérieure pour protéger contre la désillusion leur idée d'un monde meilleur. La pensée libertaire, la libération amoureuse et une approche paradoxalement plus radicale ont été, entre autres stratégies, les clés du passage. Mais ce cheminement d'une génération, en ne restant qu'à l'état de témoignage, serait devenu aujourd'hui obscur sans la poésie pour en révéler l'aspect initiatique et universel. L'intérêt majeur de la poésie d'Anizy se trouve précisément en ce point. Franchissant l'isolement de l'être dans son vécu, Anizy fait oeuvre de réunification d'éléments épars, Isis regroupant les membres épars d'Osiris, et rendant ainsi un visage humain à ce qui risque toujours de s'empoussiérer d'oubli.

  • Léon Trotsky a longtemps hésité avant de conclure que la troisième internationale était définitivement devenue contre révolutionnaire et que tout espoir de la redresser devait être abandonné. Lorsque, en 1933, le KPD (Parti Communiste d'Allemagne) s'écroule comme un château de cartes et capitule sans combattre devant Hitler, il croit encore à la possibilité d'un sursaut et attend encore quelques mois avant de conclure à la faillite définitive de la troisième internationale et à la nécessité de la construction d'une nouvelle internationale. Il écrit : « il n'y a pas de miracle à espérer. L'internationale communiste est vouée à la défaite. Il faut rejeter l'idée de la réformer, que ce soit sur le plan national ou international, l'internationale communiste dans son ensemble, parce qu'elle n'est rien d'autre qu'une caste bureaucratique sans scrupules qui est devenue la pire ennemi e de la classe ouvrière mondiale. Il faut absolument libérer l'avant-garde prolétarienne de la dictature de la bureaucratie stalinienne. »
    La fondation de la quatrième internationale eut lieu le 3 septembre 1938. Les délégués ne représentaient que douze pays, pour vingt-huit organisations ou groupes affiliés. Ce mince point de départ ne pouvait manquer d'augmenter les contestations des adversaires quant à la validité d'un tel congrès. Cependant Trotsky, qui n'ignorait rien des faiblesses de son mouvement, voyait plus loin. Face à la confusion de cette période chaotique le manifeste L'agonie du capitalisme et les tâches de la quatrième internationale, plus connu sous l'appelation abrégée de Programme de transition, dessinait les voies de la lutte révolutionnaire. Même s'il ne s'est pas révéler prophétique, il fournit une analyse lucide de la situation politique mondiale à la veille de la seconde guerre mondiale.

  • Il y a cent cinquante ans, Marx affirmait la nécessaire sortie du capitalisme par le moyen de la lutte de classes. Cent vingt ans plus tard, l'Internationale situationniste élargit la définition du prolétariat et met en cause la société capitaliste en tan

  • Cette enquête collective dirigée par Robert Montagne de 1948 à 1950 constitue une première du genre. Consacrée à l'émergence des néo-citadins prolétaires dans les villes atlantiques du Maroc, elle fut publiée pour la première fois en 1951 dans un numéro des Cahiers de l'Afrique et l'Asie. Cette réédition est augmentée d'une introduction de Daniel Rivet qui met en lumière tout l'intérêt de cette enquête, permet de comprendre sur quelles pesanteurs, dues au contexte colonial, elle achoppa, les percées scientifiques qu'elle réalisa et l'usage que l'on peut en faire aujourd'hui. La masse des données collectées impressionne le chercheur contemporain ; il y trouve une quantité de prises de vue topiques pour filmer les années 1940-1950. L'attention prêtée à la vie quotidienne des gens les plus simples, chez Montagne et son équipe, est saisissante et constitue encore une incitation à ne pas surévaluer l'importance de l'armature conceptuelle qui sous-tend tout travail de recherche. Ainsi, cette enquête constitue plus une source dans laquelle puiser une large panoplie d'exemples monographiques, de coups de crayons suggestifs et de croquis parlants, qu'un essai sur le sujet de l'exode rural et de l'urbanisation au Maroc. Sa réédition permettra de faire découvrir un élément peu connu de l'oeuvre de Montagne. Robert Montagne (1893-1954), ethnologue et spécialiste du monde berbérophone, a été professeur au Collègue de France, fondateur et directeur du Centre des hautes études d'administration musulmane. Daniel Rivet est historien, professeur émérite à Paris 1.

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