• Grâce aux ouvrages de David Harvey, Mike Davis ou même Henri Lefebvre, on connaît aujourd'hui la géographie radicale ou critique née dans le contexte des luttes politiques des années 1960 aux États-Unis et qui a, comme le disait Harvey, donné à Marx « la dimension spatiale qui lui manquait ». Dans ce livre, Simon Springer enjoint aux géographes critiques de se radicaliser davantage et appelle à la création d'une géographie insurrectionnelle qui reconnaisse l'aspect kaléidoscopique des espaces et son potentiel émancipateur, révélé à la fin du xixe siècle par Élisée Reclus et Pierre Kropotkine, notamment.

    L'histoire de l'humanité est une longue suite d'expériences dans et avec l'espace ; or aujourd'hui, la stase qui est imposée à ces mouvements vitaux, principalement par les frontières, menace notre survie. Face au désastre climatique et humain qui nous guette, il est indispensable de revoir les relations que nous entretenons avec le monde et une géographie rebelle comme celle que défend Springer nous libérerait du carcan de l'attentisme. Il faut se défaire une bonne fois pour toutes des géographies hiérarchiques qui nous enchaînent à l'étatisme, au capitalisme, à la discrimination et à l'impérialisme. « La géographie doit devenir belle, se vouer entièrement à l'émancipation. »

  • La « radicalisation » est sur toutes les lèvres. Mais que veut réellement dire ce terme ? Étymologiquement, c'est le retour aux racines (du latin radix). L'islam radical ne promet pas autre chose, ain-si que l'ultra-gauchisme, le fascisme, les sectes... Tous proposent aux individus de se fondre dans un groupe soudé, à la fois victime et tout-puissant. Ce qui s'y oppose sera combattu, à commencer par les différences, parfois jusqu'au sacrifice ultime. D'où vient un tel désir de fusion ? Pourquoi nous-mêmes avons-nous parfois l'idée que les racines sont préférables aux fruits ? Pourquoi partir en quête de cette unité absolue, qu'elle soit religieuse, politique, mais aussi amoureuse, professionnelle ou amicale, au risque de s'y perdre ? Dans cet essai, Thomas Bouvatier montre comment la pensée radicale entraîne une dépendance de l'individu à l'égard d'un groupe fusionnel, et pourquoi il est urgent d'apprendre à s'en défendre, individuellement et collectivement.

  • « Jongleurs, artisans d'ombres, fabricants de fausses clefs pour les verrous du paradis, arrière, laissez l'homme libre afin qu'il grandisse ; et si vous ne pouvez le suivre, ne cherchez pas du moins à le retenir », écrit Arthur Buies dans La Lanterne. Ce journal, digne de l'esprit des Lumières et jamais réédité intégralement, est une étoile filante dans le ciel de l'histoire des idées au Québec. Il ne paraît que durant un bref moment, de septembre 1868 à mars 1869. Arthur Buies, son seul animateur, frappe de sa plume les conservateurs et les religieux. Il peste contre la bêtise et la superstition dans lesquelles sont englués ses contemporains. Il traite aussi de sujets politiques, comme la Confédération ou l'annexion aux États-Unis, de nouvelles internationales, notamment de la révolution espagnole de 1868 et des après-coups du Risorgimento. Esprit révolté et curieux, anticlérical, ses adversaires le vouaient à l'oubli ou, à l'instar d'un Claude-Henri Grignon, l'auteur des Belles histoires des pays d'en haut, à la damnation sous forme de portrait caricatural. Nous faisons revivre ici son oeuvre en publiant dans leur intégralité sept numéros de La Lanterne.

  • « J'ai conçu ce pamphlet humoristique comme une catapulte à marde. J'y plonge vingt mille lieues sous les merdes pour faire remonter à la surface les monstres qui hantent nos vies. Je suis un Claude Poirier en habit d'homme-grenouille qui s'est donné pour objectif de faire chier tout le monde et, pourquoi pas, d'être invité à une émission de radio littéraire pour répondre à la question : "Fred, si vous étiez un smoothie, de quelle couleur seriez-vous ?" Au Québec, on est pas un vrai écrivain tant qu'on a pas fait la splitte à la radio d'État sous les rires de la Staline de la culture. »

  • Space Between Her Lips presents the first selected works of one of Canada's most important poets of the last few decades. Margaret Christakos writes vibrant, exciting, and intellectually challenging poetry. She plays language games that bring a probing and disturbing humour to serious themes that range from childhood and children to women in contemporary techno-capitalist society to feminist literary theory, and so much more.
    Gregory Betts' introduction to the collection highlights her formal diversity and her unique combination of feminist and avant-garde affinities. He connects the geographies of her life - including Northern Ontario where she was raised, downtown Toronto where she studied with cutting-edge authors and artists like bpNichol and Michael Snow, and Montreal where she integrated with the country's leading feminist authors and thinkers - with her polyphonic experimentation. While traversing the problem of bifurcated identities, Christakos is funny at a deeply semiotic level, wickedly wry, exposing something about the way we think by examining the way we speak of it.
    In her afterword, Christakos maps out a philosophy of writing that highlights her self-consciousness of the foibles of language but also deep concern for the themes she writes about, including her career-length exploration of self-discovery, hetero-, queer and bi-sexual sexualities, motherhood, self-care, and linguistic alienation. Indeed, Margaret Christakos is a whole-body poet, writing with the materiality of language about the movement of interior thought to embodied experience in the world.

  • L'échec du projet de reconstitution du Bloc des gauches à travers le Cartel sur lequel s'était reconstruit le Parti radical, ouvre, à partir de 1926, la crise du radicalisme. Au plan de la doctrine, les jeunes générations radicales entreprennent une révision des idées traditionnelles sur la base du réalisme et de l'adaptation à la France du 20e siècle, mais cette remise en cause des références historiques par les Jeunes-Turcs provoque au sein du parti un trouble considérable. Dans le domaine de l'action concrète, les leaders radicaux définissent désormais leur parti comme une formation centriste, même si l'attachement des militants à l'union des gauches conduit à pratiquer aux élections la discipline républicaine. Cette contradiction entre l'appui sur une majorité de gauche et une pratique centriste au pouvoir conduit le Parti radical à n'être plus qu'une force d'appoint des coalitions opposées de l'union nationale qui domine de 1934 à 1936, ou du Front populaire qui triomphe en 1936. En 1938, à la veille de l'effondrement d'un régime avec lequel il se confond, le Parti radical retrouve un rôle de premier plan, mais en tournant le dos aux traditions sur lesquelles il vivait depuis le 19e siècle.

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