• Les contributions ici réunies en hommage à Claude Gauvard viennent compléter un triptyque éditorial, initié en 2010 : après Un Moyen Âge pour aujourd'hui et Violences souveraines (PUF, 2010), le bouquet d'études rassemblées témoigne de la dette contractée d'une ultime génération de doctorants, tous devenus depuis docteurs en titre. Il s'agit ici d'un acte collectif visant à rendre justice à l'incroyable capacité que Claude Gauvard de « faire jeunesses » du savoir dispensé, à travers l'enseignement et l'encadrement de travaux de recherches de longue durée. Ainsi pourrait-on qualifier un legs intellectuel inestimable : agir pour les autres et leur donner ce qui est inaliénable, soit la passion du savoir et, en l'occurrence, le désir de comprendre la société médiévale dans la profondeur de sa complexité, de ses ambitions morales comme de son rêve de totalité.

  • Dans la société médiévale, peuplée en majorité d'illettrés, accessibles seulement à l'oralité, les récits exemplaires (ou exempla) circulent dans tous les registres de la littérature didactique, depuis le Miroir des princes jusqu'au plus humble sermon prononcé devant un auditoire plus ou moins attentif. Afin de venir en aide au prédicateur en mal d'inspiration, les recueils d'anecdotes exemplaires se multiplient, à partir du xiiie siècle. Jean Gobi le Jeune ( + 1350) propose dans son Echelle du Ciel (Scala coeli) un millier de ces récits corsetés dans un appareil didactique sophistiqué. Mais malgré un objectif pastoral fortement affirmé dans son prologue, ce Dominicain se laisse parfois prendre au charme du conte, pour le plus grand plaisir de ses lecteurs et l'intérêt des spécialistes de l'histoire des textes. L'autre oeuvre de Jean Gobi le Jeune - un dialogue avec un revenant - apparaît comme un maillon essentiel dans la mise en place du culte des âmes du purgatoire à partir du xive siècle. Ces textes, encore peu connus, sont analysés dans quatre perspectives complémentaires : exemplarité et éducation, une oeuvre entre oralité et écriture, encadrement des comportements sociaux et des attitudes religieuses. Écrits en latin, ces ouvrages sont rendus accessibles aux lecteurs par de nombreuses traductions.

  • Quelle autre ville que Rome, l'Urbs par excellence, aurait pu mieux conve­nir à un congrès consacré aux élites urbaines médiévales ? Accueilli par l'École française de Rome, le XXVIIe Congrès de la Société des Historiens médiévistes français, auxquels se sont joints de nombreux collègues italiens, livre la réflexion de 21 communications prolongées par les conclusions de Jacques Le Goff, qui se veulent à la fois un bilan des recherches actuelles sur les liens complexes tissés entre la ville et leurs élites, et une impulsion donnée à de nouvelles voies d'approche de ces deux réalités mouvantes et dif­ficiles à appréhender au Moyen Âge. Les élites urbaines se déclinent sur le mode comparatif - l'étude des mots, dans leur diversité temporelle et spatiale, le montre bien : plus nobles, plus riches, plus savantes etc. que les autres, bien que ces diverses formes de domination ne suffisent pas toujours à établir fermement leur contrôle sur le pouvoir urbain. Sont dégagées, notamment en Italie, les évolutions de l'oli­garchie urbaine, contrôlée d'abord par les milites et les vassaux de l'évêque ou du comte, puis par les grands marchands, enfin par les serviteurs du prince lorsque celui-ci s'affirme. La méthode prosopographique précise les contours fluctuants de ces élites, dévoile les modalités de leur renouvelle­ment - appuyées sur des stratégies complexes matrimoniales, commerciales, culturelles et politiques -, les hiérarchies et les conflits internes. Les pratiques de légitimation et de représentation du pouvoir dans et sur la ville, parmi les­quelles le jeu subtil de la renommée joue un rôle prépondérant, contribuent aussi à mieux cerner l'image d'eux-mêmes forgée par les puissants, mais aussi acceptée, non sans difficultés, par l'ensemble de la société urbaine.

  • Valence, port méditerranéen au XV siècle (1410-1525) Nouv.

    À la fin du Moyen Âge, Valence est devenue un des premiers ports de la Méditerranée. Ce livre retrace les étapes de cette ascension du début du xve siècle, jusqu'à la crise finale de la société médiévale Valencienne. Les navires, les équipages, le monde interlope du port sont minutieusement reconstitués, à côté des parties plus techniques concernant l'organisation et les modalités du trafic maritime. Ce milieu des gens de mer est replacé dans le contexte plus large d'une société médiévale. Les activités maritimes ne sont que l'aboutissement d'une production terrestre, réalisée à Valence même et outre-mer, en Italie et au Maghreb. Le monde paysan, la société fragmentée des artisans, les milieux des négociants et des spéculateurs, le clergé et les nobles sont ressuscités dans la troisième partie, grâce à un dépouillement approfondi des archives d'État et des collections notariales de Valence, de Madrid, de Lisbonne et de Rome. On assiste ici à l'évolution des mentalités et des idéologies des divers états de la société, au fur et à mesure que les conditions de la vie matérielle se modifient. Le jeu des interactions devient encore plus complexe du fait de l'existence de minorités importantes. Les musulmans constituent le lien avec le passé arabe, les juifs et les « corners » sont partout présents, alors que les Allemands, les Italiens complètent ce tableau cosmopolite, auquel ne manquent pas les Français, les Bretons, les Flamands, les Anglais, ni les Grecs et les autres Levantins. Portrait d'une cité avec ses réussites et ses échecs, ce livre est aussi l'étude du fonctionnement d'une société médiévale dans un milieu marchand.

  • Où commence l'étranger dans la société médiévale ? comment y vit-on en étranger ? peut-on au Moyen Âge supporter « l'autre », celui qui n'est pas au village, de la ville où on naît et travaille, celui qui ne parle pas la même langue ? Ce sont les questions, si fort d'actualité, qui ont servi de trame aux travaux du XXXe congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public, accueilli en juin 1999 à Gttingen, lieu hautement symbolique, par la Mission historique française en Allemagne et l'Institut Max Planck d'histoire. Les communications, prolongées par les conclusions d'Otto Gerhard Oexle, font le point sur la manière dont les hommes du Moyen Âge concevaient l'altérité. Les pratiques, les institutions, et aussi l'imaginaire ont contribué à faire de l'étranger une figure marquante de l'ordre social. Mobiles par vocation ou par nécessité, marchands, hommes d'armes, hommes d'Église, intellectuels et artistes ont suscité et façonné des manières d'être, des lieux de rencontre, des statuts codifiés, mais aussi des comportements de méfiance et de rejet, dans un constant va-et-vient entre exclusion et intégration.

  • Dans son maître ouvrage La société féodale, écrit à la veille de la Seconde Guerre mondiale, Marc Bloch avait non seulement souligné la récurrence des mouvements de peuples dans les sociétés anciennes, mais également le tournant qu'a représenté dans l'histoire occidentale « l'arrêt des invasions » au Xe siècle. Dans le « vase clos » que constitua dès lors l'Occident chrétien, la mobilité des personnes ne cessa pas mais elle revêtit d'autres formes que les auteurs de ce livre, lors des travaux du XLe Congrès de la Société des historiens médiévistes de l'Enseignement supérieur public, tenu à Nice en juin 2009, ont entrepris d'explorer. Ils ont voulu aussi comprendre le sens et les fonctions de cette mobilité qui connut de profondes transformations, en Occident, entre les IXe et XVe siècles, à l'issue des grands mouvements des peuples et alors que les déplacements collectifs s'inscrivaient dans de nouvelles structures de pouvoir et de nouvelles stratégies sociales. Une première partie fait le point sur l'historiographie des mouvements migratoires (les « grandes migrations » des IVe-VIe siècles) et détaille les processus d'ethnogenèse et d'acculturation qui ont contribué à la transformation du monde antique. Sont abordés ensuite les déplacements collectifs - volontaires ou contraints, temporaires ou définitifs - liés à l'organisation des activités humaines et à l'encadrement des populations, du IXe au XVe siècle. Sont évoquées enfin les différentes formes de circulation des représentants du pouvoir - roi, pape, évêques, abbés, magistrats, etc. - afin d'asseoir leur autorité.

  • La Parole médiévale

    Bernard Cerquiglini

    • Minuit
    • 18 Octobre 2018

    Dans quelles conditions la linguistique contemporaine peut-elle approcher la syntaxe de l'ancien français ? Ici nous ne disposons pas d'intuitions, mais de textes. Ce qui entraîne la thèse suivante : la recherche, traversée par les théories actuelles, en particulier énonciatives, seules capables d'instituer en problème la disparate des données, doit adopter une pratique conforme à son objet : la langue d'oeuvres manuscrites non fixées. L'analyse joint à l'hypothèse linguistique l'apport des savoirs philologique et littéraire ; elle reconstitue l'unité du médiévisme.
    Étudier la représentation de la parole éclaire et justifie cette procédure totalisante. Le discours dans cette littérature naissante unit la syntaxe et le style ; l'énoncé confronte le code de la langue à celui de la communication esthétique. Ainsi, une forme d'écriture nouvelle, la prose, se crée au XIIIe siècle, dans un rapport suspicieux à la parole ; ainsi, un élément énonciatif complexe, l'adverbe mar, figure la profération médiévale du malheur.
    Phénomènes d'écriture et d'énonciation, signes et signaux participent à une édification. Cette parole monumentale fait résonner en littérature ce qui est le lien et la mémoire de la société médiévale : la voix humaine. Toute parole engage, donne sens. Représentée, elle gagne une rigueur qui place la rhétorique du discours entre le théâtre et le droit.

    Cet ouvrage est paru en 1981.

  • À partir d´une base documentaire abondante, près de 3000 actes notariés, dix-neuf livres d´estimes, des registres de reconnaissances et des listes d´aveux et dénombrements, traitée par l´informatique, Marie-Claude Marandet dresse un tableau des campagnes

  • Les écritures ordinaires présentent les interactions entre écrit et société médiévale, dans le nord de la France et l'espace des anciens Pays-Bas méridionaux, durant le long xiiie siècle. Essai autant que synthèse, ce livre original s'appuie sur une documentation richement illustrée et commentée. Il se propose de dégager les grandes lignes d'un moment clé de la révolution documentaire qui transforme le Moyen Âge, par des analyses codicologiques, diplomatiques et paléographiques. De plus en plus investis de valeur juridique, les documents du xiiie siècle deviennent aussi bien des instruments porteurs d'autorité que des écrits ordinaires, dégagés des formalismes, affranchis des cadres structurels diplomatiques, des normes et des règles. Cette masse grouillante d'écritures jette un éclairage nouveau sur la foule d'hommes et de femmes qui s'en emparent.

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