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  • En nous, peu à peu, le doute s'est insinué : cette humanité dont le paradigme, plus ou moins idéalisé, a structuré le rapport des Occidentaux à eux-mêmes et aux autres existe-t-elle encore ? A-t-elle jamais existé et si oui depuis quand ? Et si oui encore, quels sont ses traits distinctifs ? Ces traits sont-ils universels (au sens de identiques toujours et partout) ? Constate-t-on dans la modernité un effacement ou une déformation, un délitement ou une transformation de ces traits ?

    Ces interrogations s'inscrivent dans la continuité du questionnement porté par Michel Foucault il y a 50 ans. Les auteurs le reprennent et le transforment, à partir de cet objet intime et toujours étranger que le corps constitue pour chacun et pour les autres.

    C'est donc du corps qu'il s'agira ici, au sens non seulement du corps propre, mais également du corps pulsionnel, imaginaire, malade, etc. Quelles projections anthropomorphiques sont à l'oeuvre dans les inventions technologiques de l'intelligence artificielle et des biotechnologies ? Quels sont les enjeux subjectifs de la demande de maîtrise technologique sur le corps en matière de génie génétique, prothèses, ou lutte contre le vieillissement ? Comment les dispositifs machiniques interfèrent-ils dans la vie affective du sujet et la construction de son image ? Quels rapports de pouvoir sont impliqués dans les techniques génétiques et les appareillages prothétiques ?

    C'est à l'élaboration de ces interrogations que concourt ce travail collectif.

  • Les États généraux de la bioéthique se sont ouverts le 18 janvier 2018. Décider que la concertation ne devait pas se limiter à la révision de la loi relative à la bioéthique du 7 juillet 2011, c'était affirmer qu'une certaine bioéthique d'hier est révolue.

    D'autres enjeux bioéthiques ont fait irruption sur la scène publique et constituent les nouveaux territoires et les nouveaux terrains de la bioéthique. Si les neurosciences suscitaient déjà des réflexions portant sur de possibles interventions sur le cerveau, pour « réparer, transformer et augmenter », désormais l'intelligence artificielle, l'usage des données de masse, la robotisation nous imposent la responsabilité de renouveler notre pensée de la bioéthique.

    Est-il envisageable de poser un cadre législatif à des innovations disruptives qui bouleversent nos conceptions de l'environnement, du vivant, de l'humain, de notre rapport à l'autre et au monde ? Est-on capable de concevoir un humanisme pour temps d'artificialisation, de numérisation ou de vitrification de notre humanité ? Quelles valeurs et quels critères opposer à l'enchantement d'une promesse d'invulnérabilité et de dépassement d'une condition humaine, considérée par certains indigne, voire révocable ??

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