• Une prestigieuse université féminine de la Nouvelle Angleterre dans les années 75. On conteste plus que jamais les valeurs bourgeoises sur fond de drogues, de cigarettes, d'art et de poésie. Gillian Brauer, 20 ans, brillante étudiante de troisième année, voudrait briller encore davantage aux yeux de Andre Harrow, son charismatique professeur de littérature, qui a décidé de faire écrire et lire en classe à ses élèves leur journal intime. Il n'octroie ses compliment qu'aux confessions les plus osées, ce qui génère surenchères malsaines et incidents ravageurs parmi des filles survoltées, avide de retenir l'attention – et plus – du maître.Tentatives de suicide, incendies inexpliqués, anorexie, somnifère, tous les éléments d'un drame annoncé sont réunis avec, dans un rôle d'une épaisseur glauque, la mystérieuse Dorcas, l'épouse – française – d'Andre, sculptrice, collectionneuse d'affreux totems. Et grande prêtresse de ces amours vénéneuses dont Joyce Carol Oates nous offre ici le récit haletant, à la morale superbement perverse.

  • « 24 janvier 2003, le jour après le septième anniversaire de mon fils, je me rends dans la salle de bains, un cutter à la main. J'entaille tranquillement, puisque j'ai pris quelques Lexomil, lentement, les veines toutes proches de mes mains, aux deux avant-bras. Les coupures ne sont pas profondes, au nombre de trois de chaque côté, pas très larges non plus. Un peu de sang coule. Je regarde les gouttes tomber une à une dans le lavabo. Puis j'estime que c'est suffisant, pour le moment. Je désinfecte soigneusement les plaies puis les couvre avec un léger bandage autour de chaque poignet. Je rejoins mon lit, me couche et m'assoupis. » À la lecture des premières pages de ce témoignage, l'on peut penser que P. Weber-Sinteff déroule une vie lambda, avec ce que toutes les existences peuvent connaître de douloureux et traumatisant. Les choses prennent une autre tournure quand la dépression, le mal-être total, les pulsions morbides s'abattent sur elle et en fassent une femme évoluant sur les bords glissants de la raison. Exploration terrible, sans pathos et même parfois d'une froideur clinique, d'un esprit qui sombre dramatiquement mais qui veut pourtant extirper de soi les racines du mal, "T'es grave Maman !" marque par son absolue sincérité, par la mise à nu complète de soi dont il procède.

  • Lorsque la belle Nadia, bien décidée à se soustraire à l'autorité parentale, quitte le foyer familial avec sa soeur, elle ne peut anticiper le bourbier dans lequel elle va progressivement s'enfoncer. Contrainte de travailler quelque temps dans un restaurant, puis un bar de danseuses, elle constate rapidement que ces lieux dégradants sont néfastes, voire dangereux pour elle. La jeune femme quitte donc le pays et se permet deux semaines de vacances à Cuba en compagnie de sa frangine. Vite repérée et abordée par un certain Ricardo, elle ne résiste pas au charme de ce beau parleur qui semble riche et influent. Une fois revenue au Québec, Nadia est surprise de voir son bel adonis rappliquer, cette fois-ci pour le jeu de la grande séduction, qui réussira à merveille.

  • Il aura fallu cinq ans avant qu'Élisa T. ne se décide à nous servir le reste de sa vie. Violentée et abusée physiquement par sa mère et le concubin de cette dernière pendant seize ans, cette seconde enfant, d'une famille de dix, sera retirée in extremis de sa famille grâce à l'intervention efficace de son directeur d'école.

    Après une difficile période d'adaptation dans des foyers d'accueil, la courageuse adolescente découvrira peu à peu le monde extérieur. Élisa quittera tôt l'école pour se trouver un premier travail dans un restaurant. Toutefois, elle n'oublie pas son passé, et aidera quelques frères et soeurs, restés dans ce qu'elle appelle «l'enfer», à quitter cette maison «maudite».

    Elle trouvera son «prince charmant», elle enfantera d'une première fille dans l'ignorance et la solitude et, enfin, se mariera pour prouver à sa mère qu'elle avait tort de lui prédire qu'aucun homme ne voudrait jamais d'elle.

    Afin de se vider le coeur une fois pour toutes, elle se met tranquillement à la rédaction de son journal intime qui raconte avec force détails ses seize années d'enfant abusée. Élisa, par ses deux écrits sincères, demeure un exemple vivant de courage pour tous.

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