• Lacan disait à ses élèves : « Moi, je suis freudien, si vous voulez être lacaniens, à vous de le montrer. » C'est précisément ce que ce séminaire tente de faire : comment être lacanien avec Freud, tout contre Freud.

    Lacan est certainement un élève de Freud puisque l'oeuvre de celui-ci a intégralement inspiré la sienne. Il avait pour Freud la plus grande admiration du fait de son courage intellectuel, de la solitude, malgré le nombre de ses disciples, qu'il a assumée au sein d'une capitale, d'un milieu, d'une culture qui lui étaient fondamentalement hostiles.

    Il reste que ce que Lacan a introduit et que Freud a manqué, c'est le rôle du langage en tant qu'il est constitutif de notre vie psychique et bien sûr corporelle, et de cette instance incroyable qui s'appelle l'inconscient et qui, à notre insu - insu de mauvais gré -, dirige nos pensées, nos désirs et notre existence.

  • Le bébé et ses possibles

    Bernard Golse

    • Eres
    • 8 Octobre 2019

    Le bébé est un monde en soi, un monde de possibles, de virtualités, d'ouvertures, qui nous émerveille et nous surprend. Son étude a mobilisé Bernard Golse tout au long de sa trajectoire professionnelle. Il nous montre qu'elle nous offre désormais de nouvelles pistes de réflexion pour comprendre comment nous devenons des sujets et comment le bébé que nous avons été demeure inscrit au plus profond de chacun d'entre nous.

    À partir des conditions initiales de sa conception et de sa naissance, le bébé éprouve le monde qui l'entoure, il perçoit, il ressent, il doit se situer par rapport aux autres et faire face, parfois, à des traumatismes très précoces. Nous savons aujourd'hui que la question de son devenir dépend fondamentalement de la manière dont nous prenons soin de lui. Tout ceci nous oblige, à la lumière de différentes approches théoriques, à repenser la question du lien et de la causalité dans le champ psychique.

  • L'auteure embarque le lecteur dans les méandres du soin comme dans un grand voyage. Les escales sont faites de différentes séquences de soin en intra comme en extra-hospitalier. La diversité d'expériences qu'elle aborde lui permet de présenter mille et un visages de ceux que l'on appelle des « fous » et de témoigner de leur courage.

    Elle témoigne aussi du désarroi, parfois du désespoir, des soignants devant l'inhospitalité hospitalière et le dévoiement de leur métier. Elle raconte les combats qu'ils ont à mener à chaque instant pour qu'une rencontre advienne et que leurs soins puissent éventuellement devenir thérapeutiques.

    Mais loin d'être dans la plainte, elle donne mille et une raisons de continuer ce combat en racontant la magie de la rencontre humaine dans la relation de soin. Elle ne donne pas de leçon. Simplement, elle décrit certains chemins qu'elle a empruntés avec des patients, les explorations qu'ils ont menées ensemble sur des territoires inconnus de l'un, de l'autre ou des deux. Elle invente pour chacun une « bonne distance » sans craindre de puiser dans ce que Jean Oury appelait son « arrière-pays ». Elle fait feu de tous bois et balade une besace d'infirmière pleine de lectures, d'échanges et d'expériences mais aussi de contes et de bouts de chiffons.

  • Les migrations ont évolué, elles concernent aujourd'hui de nombreuses femmes jeunes qui deviennent mères en exil de façon très périlleuse.  Les conditions d'accueil en France s'étant durcies, les vulnérabilités se cumulent et se potentialisent, engendrant la précarité, l'exclusion, voire la violence.

    Les femmes exilées n'ont pas de « pathologies » particulières, mais elles expriment leurs souffrances de façon parfois singulière. Le travail psychique de la grossesse et de l'enfantement peut être entravé, bouleversé par la solitude, le traumatisme, et les conditions de vie.

    Avec des références ethnopsychiatriques et des concepts pluriels (médicaux, psychologiques, anthropologiques, philosophiques), les auteures rendent compte d'une expérience clinique innovante auprès de femmes qui enfantent en exil. A l'articulation du psychique, du culturel et du politique, elles nous livrent une réflexion profonde et sensible sur les conditions nécessaires pour accueillir et écouter ici les souffrances de ces mères venues d'ailleurs.

  • Ce livre aborde, en relation avec le terrorisme et à partir de la psychanalyse, la psychologie collective et individuelle contemporaine, telle qu'elle se révèle notamment dans les cures. Il ne se présente pas comme un ouvrage de géopolitique et ne vise pas à expliquer les causes de la guerre très particulière qui est menée sur notre sol. Ses auteurs, psychanalystes, sont partis de l'effet traumatique de ces événements sur certaines victimes et sur leurs analysants, et cela les a conduit à réinterroger, à partir d'une révision de la notion de traumatisme, les éléments qui peuvent s'y rattacher, à commencer par les formes inquiétantes que prend la pulsion de mort dans notre monde ultra-libéral.

    La réflexion psychanalytique croise, sur ce sujet, celle  des philosophes qui éclairent aujourd'hui la diffusion de guerres très diverses, à commencer par la « guerres des identités » où chacun cherche la reconnaissance de son particularisme sans se soucier d'une hégémonie démocratique qui permettrait d'aller au-delà des différences identitaires. 

    On aura compris qu'il s'agit ici de rendre compte de ce qui apparaît comme un véritable trauma dans la civilisation.

  • L'inceste n'est pas une violence sexuelle comme les autres. Ses conséquences sur la sexualité adulte, la maternité et les processus de transmission sont maintenant connues : les victimes de ce traumatisme spécifique perdent toute confiance en elles, dans leur famille et dans la société. Accepter sa sexualité et celle du partenaire, choisir librement de devenir mère ou pas, être en sécurité avec ses enfants, sont autant de challenges qui demanderont du temps pour se réaliser. 

    Si les traces du traumatisme ne disparaissent jamais complétement, une écoute et un soutien respectueux de la parole et de la singularité de chacune pourront aider les victimes à faire émerger les parties vitales de leur moi et à retrouver leur liberté et leur dignité de femme.

    Cet ouvrage, qui s'appuie sur les résultats d'une recherche universitaire, permet de mieux comprendre le parcours des victimes, ce qui les a blessées, ce qui les a soutenues, tout au long de leurs vies. Il propose des perspectives d'accompagnement psychothérapique et de prévention en parentalité.

    L'association Docteurs Bru a pour mission d'accueillir des jeunes filles victimes d'inceste dans son établissement d'Agen et de développer des actions de recherche pour l'amélioration des prises en charge éducatives et thérapeutiques de ces situations de maltraitance.

  • Une psychanalyste de terrain nous conte son expérience (dans des conditions excessivement dangereuses) avec des patients (enfants, adolescents et adultes) ayant vécu ainsi que leur famille parfois sur plusieurs générations des violences sociales extrêmes. Elle met sa clinique singulière au service des cures dites classiques : réflexion sur l'écoute, le cadre et le type d'intervention.

    Cet essai psychanalytique qui nous emmène au Liban déchiré par la guerre - mais cela pourrait être en Syrie, en Afghanistan, ou dans tout autre pays dont nous accueillons les réfugiés - part à la recherche du fil rouge qui mène au cri muet des enfants polytraumatisés par les violences sociales. À la manière des matriochkas, un chapelet d'énigmes et de rébus, emboîtés les uns dans les autres, nous permet de suivre le cri muet de l'épicentre du traumatisme dans une trajectoire qui transperce les générations. Cette expérience professionnelle atypique déclenche deux questionnements majeurs : Comment entendre la parole ? Comment travailler en tant que psychanalyste en dehors du cadre d'une cure type ? Comment travailler également avec ce qui n'est pas mentionné verbalement en séance ?

  • La problématique de tout adolescent est d'avoir à guérir de son enfance. Pour cela, il s'engage dans un intense « travail de création », qui est au coeur même de l'expérience adolescente, de ses préoccupations et parfois de ses revendications face aux adultes.

    L'auteur s'appuie sur la trajectoire de créateurs célèbres (Arthur Rimbaud, Frida Kahlo, Charlotte Salomon...) pour mettre en évidence les processus psychiques à l'oeuvre à l'adolescence. Plus que pour tout autre, la démarche de l'adolescent est d'exercer son pouvoir créateur qui le conduit, non sans risque, sur le chemin des bordures psychiques dans un vacillement des positions imaginaires et symboliques, non sans risque. Saisir cette nécessité interne qui pousse à essayer, à innover, à inventer, permet d'entendre ce qui fait la spécificité de cet âge. Au lieu de chanter l'action des autres, l'adolescent est comme le poète, celui qui marche en avant pour montrer la route et se déployer. Ainsi, pour pallier le vide ressenti, l'ennui, la passivité, il faut amener l'adolescent moderne en position de créativité, afin que puisse surgir une invention de lui-même, un « style » qui était là potentiellement mais invisible jusque-là, y compris pour le sujet lui-même.

  • Les songes, ces visiteurs nocturnes, vont du rêve le plus banal, bien que toujours obscur, au cauchemar le plus troublant. Le sommeil est riche de ces fantômes de la nuit, que le dormeur s'en souvienne ou non.

    La frontière entre rêve et cauchemar paraît parfois floue et peut être facilement franchie. Le rêveur glisse alors de l'un à l'autre dans des affects partagés entre plaisir fugace et douleur nostalgique. Mais alors, y a-t-il une spécificité du cauchemar ? Est-il simplement un rêve comme un autre qui, bien que de mauvaise compagnie, répondrait aux mêmes règles ? Ou bien est-il un cas limite de rêves qui n'aurait pas les mêmes causes et ne viserait pas les mêmes objectifs ?

    /> Partant de la constatation, comme le fit Freud, que les premières expériences oniriques des enfants sont plutôt de l'ordre des cauchemars, Martine Menès s'intéresse à ce qu'il en reste dans les cauchemars ultérieurs. Et en particulier dans ceux dits traumatiques qui a priori sembleraient ne dépendre que de faits actuels. L'ouvrage est ponctué de récits (rêves, cauchemars) relatés dans le style poétique qui est la narration la plus proche du discours de l'inconscient.

  • Dans ce livre très personnel, Roger Perron transmet le plaisir de jouer qui anime un groupe bien rodé d'acteurs-thérapeutes, un plaisir qui gagne progressivement le patient lorsqu'il découvre que la vie, sa vie, l'image qu'il se donne de lui-même et de ses relations avec ses proches... tout cela est beaucoup plus riche qu'il ne le croyait, qu'un horizon qui semblait bouché et noir se rouvre et s'éclaire.

    Dans une écriture alerte et vivante, il décrit les ressorts du psychodrame qu'il a pratiqué pendant de nombreuses années. Il s'appuie sur son expérience personnelle et de multiples exemples pour analyser les intérêts, les limites, les difficultés de cet exercice de mise en scènes qui engage les patients mais aussi les psychanalystes au-delà même des paroles prononcées. Théorie et clinique psychanalytiques s'articulent dans un récit où l'auteur nous entraîne à sa suite et nous fait partager ses interrogations, ses inventions mais surtout son enthousiasme de psychodramatiste.

  • Des outils théoriques et cliniques pour comprendre, accueillir et soigner les enfants souffrant de traumatismes relationnels précoces.

    Résolument centré sur l'enfant maltraité, cet ouvrage propose une approche originale, qui met l'accent sur le rôle prépondérant du vécu de traumatismes relationnels précoces dans l'étiologie de ses troubles. L'auteur montre qu'ils relèvent d'une véritable psychopathologie, tout à fait singulière dont elle propose une modélisation. Enfin, les pistes de réflexion ne concernent pas seulement le soin psychique et le travail des liens avec les parents. Elles se veulent également pertinentes pour les pratiques d'accueil institutionnel, éducatif et pédagogique.

  • Ce livre se veut pratique, utile et éthique par le profond respect pour la vie subjective dont il témoigne. Grâce à une description fidèle et vivante de situations concrètes, il développe une réflexion qui permet à la fois de mieux comprendre ce qui arrive lorsqu'un corps est diminué, et d'élaborer, chacun depuis sa place (soignants, patients, proches) des réponses adaptées. écrit dans un style vivant et limpide, cet ouvrage est d'abord un livre clinique. En faisant place à la parole des patients, de leurs proches et aussi à celle des soignants, l'auteure a pu montrer qu'une atteinte corporelle ne peut aller sans répercussions psychiques. Celles-ci vont bien au-delà de l'angoisse : les équilibres de vie sont déstabilisés, ce qui induit un retour sur soi et mène vers des changements dans les façons d'être. Le livre montre comment le psychanalyste peut aider, dans le respect de chacun, à faire face à ces bouleversements et à restaurer une dynamique psychique.

  • Entre l'être de l'homme et l'être de la société, les influences, les connexions et les interactions sont profondes. Chaque individu contribue à produire la société, qui produit chaque individu. Comment analyser ces interférences ? La question est particulièrement sensible lorsque des conflits, vécus comme « personnels », sont pour une part la conséquence de situations sociales liées au travail, à la famille, à l'argent, à la violence institutionnelle et plus généralement à la violence symbolique des rapports sociaux.

     

    La démarche clinique en sociologie offre des outils pour décrire la réciprocité des influences entre les processus sociaux et les processus psychiques dans les histoires de vie, et pour analyser la genèse sociale des conflits psychiques. Des thérapeutes issus d'écoles différentes témoignent, à partir de leur pratique, des effets de leur rencontre avec la sociologie clinique. En quoi leur offre-t-elle un complément utile dans l'analyse de certains patients ? Comment peut se construire une complémentarité dialectique entre psychanalyse, psychothérapie et sociologie clinique ? Comment cette clinique de la complexité favorise-t-elle l'intégration entre le corporel, le psychique et le social ?

    L'ouvrage ouvre des perspectives nouvelles à tous les professionnels de la relation, aux psychothérapeutes et psychanalystes, pour leur permettre de mieux intégrer dans leur pratique la part de social en nous.

  •   Préface de Lin Grimaud Postface de Laurent Vigliéno Cet ouvrage donne quelques clés utiles pour que parents et professionnels puissent contribuer à soutenir et promouvoir une maîtrise du quotidien, garante d'une confiance en soi et facilitant le vivre-ensemble. Ce livre témoigne de l'expérience professionnelle auprès d'enfants aveugles de naissance, aveugles tardifs, malvoyants et adultes handicapés visuels. Pour cette population, les difficultés liées au quotidien sont sous-estimées car souvent méconnues et nécessitent une éducation ou une rééducation spécifiques. Les professionnels des techniques palliatives (avéjistes, rééducateurs en locomotion, orthoptistes, enseignants en Braille et informatique spécialisée...) doivent transmettre des automatismes libérateurs, destinés à faciliter leur intégration dans les divers contextes de la vie. Ce patrimoine de ressources personnelles rend le sujet plus confiant, libre d'effectuer des choix et capable de trouver sa place dans la vie sociale en tant que citoyen à part entière, en toute dignité.  

  • Lire l'entretien avec l'auteur (propos recueillis par Audrey Minart)

    Frapper les enfants pour les éduquer est un fait social. Claques, fessées et autres coups : depuis des millénaires, les parents élèvent leurs enfants en leur infligeant douleurs et humiliations. La Suède a été le premier pays, suivi d'une cinquantaine à ce jour, à interdire les châtiments corporels envers les enfants. La France reste un des rares pays européens qui refusent d'abolir cette violence éducative, malgré les demandes des Nations unies et les condamnations du Conseil de l'Europe.

    Pourtant, depuis une vingtaine d'années, de nombreuses études ont établi que frapper un enfant n'a aucune efficacité éducative mais produit des effets négatifs à court et long terme. Mieux, elles montrent qu'arrêter de le corriger améliore son intégration scolaire, ses relations avec les autres et diminue les comportements violents, dès l'enfance et à l'âge adulte.

    À partir d'une recherche clinique et anthropologique, nourrie de nombreux témoignages, Daniel Delanoë livre un bilan des connaissances médicales, juridiques, historiques et ethnologiques sur la violence éducative, qui, dans le long processus démocratique de nos sociétés, demeure l'une des dernières à être interrogée, les droits de la personne humaine s'arrêtant encore à la porte des foyers.

  • Pour des raisons historiques, les psychoses de l'enfant et de l'adolescent sont référées à une sémiologie héritée des psychoses de l'adulte, ce qui peut empêcher de préciser leurs spécificités, leur diversité, tant en fonction de l'âge que des particularités du transfert. Par ailleurs, la fertilité de la vie imaginaire chez l'enfant rend difficile de premier abord le diagnostic de psychose. Le clinicien est interpellé sur ses repérages diagnostiques, sur le déterminisme de la structure, sur les suppléances éventuelles qui se mettent en place, sur sa responsabilité dans l'évolution présente et future de son patient.

    En effet, la clinique des psychoses infantiles s'avère parfois surdéterminée, laissant préjuger d'un destin inexorable. Pourtant, pour nombre de cas de psychoses de l'enfant, il y a des surprises, des aptitudes à la subjectivation, des suppléances qui émergent du transfert et qui justifient le pari thérapeutique du praticien.

    Les auteurs s'attachent à préciser les repères structuraux sur lesquels ils se fondent pour les caractériser et les distinguer des cas d'autisme, d'arriération ou d'autres pathologies, et pour interroger les pratiques thérapeutiques possibles. À partir de leur engagement transférentiel au cas par cas des sujets rencontrés, ils s'efforcent de penser et de remettre à l'ordre du jour cette clinique des psychoses qui ne manque ni de complexité ni de diversité.

    Cet ouvrage est le fruit d'un travail collectif mené pendant deux ans au sein de l'École de psychanalyse de l'enfant et de l'adolescent de Paris (EPEP).

  • Elle-même violée à l'âge de 16 ans, l'auteure a enquêté auprès de femmes victimes de viol pour saisir ce qui les avait aidées à surmonter ce traumatisme dévastateur. Son livre, au croisement de quelques récits singuliers et d'une histoire collective, présente plusieurs chemins de reconstruction.

     L'originalité de cette recherche est d'explorer les chemins de reconstruction, si fragiles soient-ils, et non uniquement de creuser les effets du viol à travers des enquêtes menées à dix ans d'intervalle. L'ouvrage témoigne de la lutte quotidienne des femmes victimes, contre la perte de confiance en soi et en l'humanité. Il analyse les moyens qu'elles ont élaborés pour sortir de leur souffrance et continuer à vivre.

  • Des psychanalystes français et étrangers proposent dans ce livre une approche psychanalytique des drames de notre société contemporaine. Leur réflexion porte sur certaines situations extrêmes qui ont marqué et bouleversé notre époque : guerres mondiales, totalitarismes et génocides répétés qui ont causé des millions de morts, mais aussi des séquelles psychiques durables auxquelles sont confrontés les psychanalystes dans leurs pratiques. Ainsi les échos des traumatismes de la Shoah ou du génocide arménien parviennent-ils jusqu'à nos divans actuels après plusieurs générations, tout comme ceux des patients ayant subi des tortures, notamment en Amérique latine. Les analystes ont dû parfois travailler sous les bombes comme dans la guerre du Liban, ou participer à un travail de groupe auprès de personnes déplacées pour raisons de guerre. Dans les sociétés totalitaires comme les ex-pays communistes, la pratique de la psychanalyse a été contrainte à la clandestinité, un espace analytique devant être reconstruit après la chute de ces régimes.
    Si à l'origine la psychanalyse s'est appuyée sur la sexualité infantile et la cure analytique sur l'élaboration des traumas infantiles, à partir du début des années 1920 leur champ s'est élargi. En effet avec « Au-delà du principe de plaisir » Freud a enrichi sa théorie avec la pathologie des traumatismes de guerre. La psychanalyse moderne s'intéresse à la réalité de ces traumatismes psychiques, leur nature extrême, leur violence, ainsi que leur caractère collectif, d'où l'attention portée dans les travaux rassemblés dans cet ouvrage aux développements théoriques concernant les relations que le sujet entretient avec le groupe.

  • S'il n'y a pas de solution technique pour éradiquer la souffrance de l'expérience humaine, cela ne veut pas dire que nous soyons impuissants devant elle.

  • Notre monde connaît une transformation aussi radicale que rapide où les nouvelles règles du jeu n'ont pas encore eu le temps d'être appliquées qu'elles sont déjà désuètes. La peur s'installe, la confiance se défait, le chacun pour soi règne dans une violence lancinante qui gangrène tout le corps social. Que dire des violences qui touchent des catégories importantes de populations marginalisées ou vulnérables, comme les enfants et les adolescents par exemple, qu'elles en soient auteurs ou victimes ? Par ailleurs la colère active des mouvements sociaux, parfois violents, n'est-elle pas au service d'une sorte de construction d'un vouloir être ensemble ? Et la violence, dite fondamentale, mais probablement fondatrice, participe aussi de la structuration du sujet. N'est-elle pas alors au service d'une survie psychique ?

    Joyce Aïn, psychanalyste (Toulouse), membre titulaire de la Société psychanalytique de Paris, présidente de l'association Carrefours et médiations.

  • Le trauma associé à la violence extr ême (violence politique, torture) est interrogé à partir de l'expérience clinique et d'autres champs disciplinaires. L'ouvrage s'attache à repréciser ce que l'on entend par traumatisme, terme dont le sens a été largement remodelé depuis les premiers travaux entrepris par Jean-Martin Charcot jusqu'au discours neuropsychiatrique actuel. Il rend compte de cette clinique qui implique notamment un retour aux apports successifs de la psychanalyse concernant le trauma. Il s'agit de les retraverser, d'y trouver des outils d'élaboration, de prendre note aussi des questions laissées en suspens par Freud et ses élèves et par leurs successeurs, de rechercher comment s'articule le trauma freudien avec les traumatismes liés aux violences extr êmes...

  •  

    Quels sont les effets de la violence subie par les victimes ? Sont-ils différents selon leur âge, leur environnement, leur parcours de vie ? Quels sont les mécanismes qui permettent au sujet d'être résilient - au sens où l'entendent Boris Cyrulnik et Michel Manciaux qui ont contribué à diffuser ce concept en France et à montrer son importance -, c'est-à-dire à résister et à poursuivre son développement après avoir rencontré un ou plusieurs événements potentiellement traumatiques ?

    Les auteurs mettent en évidence que la violence subie s'inscrit non seulement au niveau intrapsychique, mais également au niveau neurobiologique et cérébral. Chaque être humain possède à ce niveau un codage lié aux transmissions intergénérationnelles dont il a hérité, qui vont le rendre plus fragile ou plus résilient face aux nouveaux traumatismes qu'il rencontrera durant son existence.

    Tout au long de cet ouvrage, sont abordés, tant pour l'enfant, l'adolescent que l'adulte, les dispositifs de prévention nécessaires pour évaluer l'impact de la violence subie, remédier à ses conséquences négatives et éviter les rechutes.

    Mise en vente le 11 juin 2015.

     

  • Dans cette réédition revue et augmentée, seize ans après sa première parution, Lucien Mélèse dégage, de ses longues années de pratique psychanalytique avec des personnes sujettes aux phénomènes dits «  épileptiques », une théorie des phénomènes critiques qui justifie ce qu'apportait la clinique : une possibilité de démonter l'automate de « l'orage neurologique », en filant à nouveau le récit du familial et surtout du généalogique. Il retraverse les modifications pratiques, mais surtout théoriques qui en résultent. La théorie du trauma, l'histoire et la généalogie forment le fond indispensable de ces nouveautés.

    La réappropriation de son histoire pendant l'analyse permet souvent au sujet d'élaborer une sortie de ce cauchemar incarné qu'est la crise épileptique. S'y découvre un déplacement étonnant - ou une création - d'une subjectivité délivrée du mode critique qui jusque-là était la seule réponse que le sujet, pris dans l'insu, le caché et le perverti du familial et du généalogique, pouvait trouver à la question de l'altérité.

    L'épilepsie devient dans ce travail le modèle de la crise (donc de la hantise, de la fuite, du non-être) pour toute pratique de la cure, notamment dans le champ psychosomatique et dans celui des états limites.

  • La violence est éternelle, toujours actuelle. Elle est au fondement de l'activité psychique humaine et de toute organisation sociale. Soumis à la sexualité qui agit toujours sur fond de violence pulsionnelle, l'être parlant est forcé de domestiquer cette violence de base. La puberté s'illustre comme une des figures majeures de celle-ci, et si, le plus souvent a l'adolescence, la violence s'élabore dans la quête de I'objet amoureux, il arrive parfois que le fantasme laisse la place à une violence agie dans la réalité.

    Face aux fantasmes parricides de la puberté qui poussent à réaliser les voeux de mort infantiles, l'adolescent ne devient sujet adulte qu'en renonçant a l'exercice de la violence, dont le parricide est le paradigme. L'enjeu de l'humanisation et de la socialisation est à ce prix : mettre la violence au service de la culture, et non l'inverse. Lorsque le fantasme du meurtre du père ne s'inscrit pas dans tordre symbolique, c'est l'acte violent lui-même qui devient résolutif pour le sujet.

    Cet ouvrage est une tentative de compréhension de ce défi posé à la théorie et à la pratique psychanalytiques par l'acte violent des adolescents. Les meilleurs spécialistes de la question donnent leur point de vue et font part de leurs interrogations.

empty