Plon (réédition numérique FeniXX)

  • Le 10 mai 1940 à 6 heures du matin dans le P.C. du général Gamelin à Vincennes est mis en branle le grand mécanisme de la guerre. Le 14 mai à 3 heures du matin au P.C. du général Georges à La Ferté-sous-Jouarre, parvient la nouvelle - erronée à cette heure - de l'effondrement du front de Sedan. Le 19 mai au même endroit le général Gamelin donne sa dernière directive. Le même jour le général Weygand prend le commandement et tente de redresser la situation. Dans toutes ces circonstances dramatiques, le général Beaufre - alors capitaine - était là. Il devait assister heure par heure à l'incroyable déroute des esprits et des armes qui livra la France aux Allemands. Son récit est d'autant plus précieux que ses fonctions d'alors, en le plaçant au centre nerveux de notre armée, faisaient de lui un des témoins majeurs de cette tragédie. Mais le général Beaufre ne se contente pas de rapporter les faits auxquels il a assisté en ces jours les plus noirs de notre histoire. Il en montre la genèse. Pour lui le désastre avait des racines lointaines, qui remontaient à la conclusion de la première guerre mondiale, et il place la véritable démission de la France en mars 1936, alors qu'il était encore temps d'arrêter l'hitlérisme naissant, sur lequel plus personne ne pouvait se faire d'illusions. Autant qu'une information incomparable, la qualité première de ce livre est la lucidité : celle d'un soldat inquiet de l'avenir et qui souhaite tirer tous les enseignements du tragique passé dont nous sortons à peine.

  • « Il y a aussi les Français ? Il ne manquait plus que cela ! » s'exclamait le maréchal Keitel au moment de signer l'acte de capitulation de l'Allemagne. Cinq ans après l'effondrement de 1940, la présence à Berlin du général de Lattre était le symbole et l'aboutissement de notre difficile remontée de l'abîme. Car la France avait à nouveau une armée, issue de l'armée coloniale, grossie de milliers de mobilisés français et musulmans, renforcée plus tard, grâce à l'amalgame, par les F.F.L., armée partout victorieuse : en Italie, où elle entre la première à Rome ; en France, où elle libère à elle seule le tiers du territoire national ; en Allemagne où elle pénètre jusqu'au Tyrol. Pour atteindre ce résultat inespéré, il avait fallu surmonter successivement les obstacles de l'armistice, les équivoques de Vichy, les dissensions entre Français de Londres et Français d'Alger, la méfiance anglo-saxonne. Weygand, Darlan, Giraud, de Gaulle ont été les protagonistes de cette longue histoire, dont le général Beaufre, qui y fut mêlé de très près, est sans doute le seul à pouvoir retracer le déroulement secret. Arrêté et déféré en conseil de guerre pour avoir participé dès 1941 à la préparation du futur débarquement allié en Afrique du Nord, le commandant Beaufre devait y revenir en sous-marin avec le général Giraud et seconder celui-ci dans sa tâche essentielle : redonner à la France une armée. Il participe ensuite à toutes les campagnes de libération, d'abord avec le général Juin, ensuite à l'état-major du général de Lattre. Parce que son aventure personnelle se confond en quelque sorte avec l'histoire de cette « revanche », son témoignage est irremplaçable et révèle comment cette grande aventure de 1940-45 a été « un miracle de la volonté, de l'intelligence et du courage, où, partant presque de zéro, les efforts d'une poignée d'hommes et de femmes ont réussi à forcer le sort, parce qu'ils n'ont pas voulu admettre notre abaissement. »

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