• La Consolation est un texte unique dans l'antiquité, où une figure allégorique, Philosophia, s'adresse à son élève (Boèce) et lui apporte la consolation de son enseignement (évidemment une présentation du monde de type néo-platonicien). Ce dialogue est l'OEuvre d'un haut personnage romain chrétien, sénateur et patrice, emprisonné et accusé de haute trahison, alors qu'il attendait la mort, vers 524 après J.-C.. Cette situation « d'urgence » et d'imminence de la mort (pensons à celle de Socrate), démentie par la belle sobriété du texte, est devenu un modèle pour la philosophie, dernier rempart de la beauté et de la méditation, symbole de résistance à l'oppression et de méditation sur la condition humaine.
    La Consolation de Philosophie devait devenir l'un des ouvrages fondamentaux du Moyen Age, à côté de ceux de St Augustin, de St Benoît et de Bède le vénérable. C'est évidemment aussi un lointain modèle de la Divine Comédie de Dante. Boèce est un parfait représentant de la haute culture italienne de l'époque, déchirée entre sa fidélité à une tradition classique tenace (les satires grecques ou latines, la philosophie grecque, les consolations de Cicéron, Ovide ou Sénèque) et les réalités politiques de son temps, celui de l'Empereur Justinien (occupation par les Goths, la persécution des chrétiens, attrait d'un Orient encore brillant de sa vie culturelle).
    La présente traduction, inédite, tient compte de très nombreux travaux modernes ; elle est due à un spécialiste de Boèce, Jean-Yves Guillaumin, professeur à l'Université de Franche-Comté.

  • Traduction anonyme en vers et en prose de la Consolatio Philosophiae de Boèce, Le Livre de Boece de Consolacion date d'environ 1350-1360. Il s'agit de la traduction française la plus répandue au XVe siècle, connue dans soixante-cinq manuscrits. Elle n'est pas sans rapport avec deux traductions antérieures, déjà éditées, Li Livres de Confort de Philosophie, traduction en prose de Jean de Meun, et Boeces: De Consolacion, une traduction anonyme en vers et en prose.
    La genèse du texte est complexe. A la première version connue fut d'abord ajouté le prologue de Jean de Meun. Ensuite y furent incorporées des gloses dérivant du commentaire latin de Guillaume de Conches. Ainsi Le Livre de Boece de Consolacion existe-t-il dans deux versions : avec et sans gloses. L'édition critique que donne Glynnis M. Cropp de la version glosée, d'après le manuscrit de base Auckland, City Libraries, Med. MS G 119, rend également compte des variantes contenues dans les manuscrits de contrôle de la version plus ancienne, en dépit du fait qu'elle soit démunie de gloses. Introduction, leçons rejetées et variantes, notes, appendices, table des noms propres et glossaire complètent l'édition du texte.

  • La Consolation a été composée dans sa prison par un condamné à mort. L'admiration que cette oeuvre latine du VIe siècle a suscitée sans interruption depuis ne doit pourtant rien, ou peu de chose, aux circonstances vraiment tragiques de sa composition. C'est un chef-d'oeuvre à la fois de la littérature et de la pensée européennes ; il se suffit ; il resterait tel, même si nous ignorions tout de celui qui l'a conçu entre deux séances de torture, dans l'attente de son exécution. Mais puisque ce chef-d'oeuvre n'est pas anonyme, il ne perd rien non plus à être replacé dans ses circonstances : il devient aussi le témoignage de la grandeur à laquelle un homme peut s'élever par la pensée, face à la tyrannie et à la mort. (Marc Fumaroli)

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