• Notre médecine, bien qu'ultra-performante, échoue trop souvent à soutenir les patients et leur entourage. Devenir médecin exige non seulement d'apprendre le fonctionnement de l'organisme et les mécanismes des maladies, mais aussi de s'interroger sur l'expérience des malades et l'art de soigner.
    L'analyse philosophique du chef-d'oeuvre d'Akira Kurosawa, Barberousse (1965), qui conte la formation clinique d'un jeune médecin, révèle précisément que l'essence de la médecine réside dans le soin, celui-ci incluant tout autant la compréhension et l'accompagnement des malades que la lutte contre les maladies. Plus largement, c'est l'apport de la narration et de la fiction cinémato­graphiques à la formation à l'éthique du soin que démontre cet ouvrage de philosophie destiné aux soignants, et aux soignés que nous sommes ou serons tous un jour.

  • Les humanités médicales constituent un champ de recherches et de pratiques en plein essor. Elles interrogent les savoirs et les pratiques en médecine en mobilisant l'histoire, la philosophie, les sciences sociales et les arts.

    Les humanités médicales ne viennent pas, tels des compléments ou des suppléments, "humaniser" les savoirs et les pratiques de la médecine, ni simplement en éclairer les aspects politiques, sociaux ou éthiques ; plus fondamentalement, elles analysent comment ces savoirs et ces pratiques sont des constructions politiques et sociales, intellectuelles et morales. Les humanités médicales contribuent ainsi à renouveler les objets et les pratiques de la médecine, en mettant en oeuvre avec elle des collaborations informées et critiques.

    Ce livre est le premier ouvrage de référence en langue française dans ce domaine. Il fait le point sur l'histoire et l'actualité des humanités médicales. Au fil des 29 chapitres qui le composent, l'ouvrage rend compte de recherches menées par des acteurs reconnus internationalement, mais aussi d'initiatives de médecins, de patients, de citoyens et d'enseignants en facultés de médecine visant à accroître la puissance d'agir des acteurs du soin.

    Par son approche multidisciplinaire, il investit des problématiques qui font appréhender autrement les questions de santé et de soin, notamment : la culture médicale, le management à l'hôpital, la place de l'industrie pharmaceutique dans les sciences et la formation médicales, les apports et limites de la "santé globale", les relations entre les milieux et les maladies, les enjeux de la narration en médecine, l'introduction des humanités dans la formation médicale, etc.

    Cet ouvrage intéressera non seulement les chercheurs, enseignants et étudiants en humanités médicales et en médecine, mais aussi l'ensemble des acteurs de santé, professionnels, patients et usagers.

  • La philosophie du soin que ces journées voudraient esquisser ne vise ni à dénoncer la technique médicale pour elle-même, ni à attendre qu'elle résolve par son évolution les problèmes éthiques. Elle cherche à penser les manières dont les techniques peuvent, y compris dans leur matérialité, s'intégrer à la visée du soin. Elle ne vise pas à ajouter de l'extérieur une dimension soignante à la médecine technique existante, mais à penser le soin au coeur même de la technique et de la médecine.
    Contribuer à une philosophie du soin demande de faire converger différentes approches réflexives dans les divers champs de la médecine qui mobilisent de manière intense la question du soin. Ce projet rencontre aussi les problèmes soulevés par l'éthique du care. Il s'agit aussi de s'interroger sur la manière dont cette réflexion peut initier le soignant à se décentrer du point de vue de la technique médicale pour (re)connaître l'existence et la légitimité de celui du malade. Comment faire que la philosophie ne soit pas tant une initiation à l'éthique et à des principes fondamentaux extérieurs à la question du soin, qu'une formation éthique visant la rénovation du soin par l'attention au malade ?

  • Ce livre propose une réflexion collective sur le triage en médecine, du XIXe au XXIe siècle. Il se place au plus près de ses pratiques, dans les salles d'attente des généralistes, au sein des bureaucraties sanitaires, sur les théâtres des catastrophes humanitaires. Le triage y constitue à la fois une promesse et une épreuve, un fondement de l'identité de la profession médicale moderne et une intrusion menaçante de contraintes économiques et politiques dans la décision médicale, une pratique volontiers mise en scène et dont l'expérience reste cependant indicible, une routine des services d'urgence ou d'une médecine de ville pourtant marquée du sceau de l'exception. Enquêter sur le triage mène au coeur même de la médecine et des politiques de santé contemporaines, en mettant à jour les opérations de classement, de sélection, de priorisation et de négligence, qui, en traçant la ligne de partage entre ceux qu'il faut soigner d'abord et ceux qui peuvent attendre, constituent à la fois une condition nécessaire et un envers des relations de soin.

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