• L'ange sauvage

    Cyril Collard

    « Et puis moi. L'ange sauvage, Serrant le corps d'une gazelle brûlante, J'attends de la colère des Dieux Ou de la beauté des diables Qu'elles envahissent mon monde mourant, Qu'elles extirpent la pourriture Des pores de ma peau sirupeuse Et la jettent en pâture Aux chiens du port, Leur poil comme un duvet de misère Caressé par les mains rugueuses Des marins pressés par le temps.
    Et moi l'ange sauvage Je m'avance dans la fumée d'un quai désert, Je découvre des carcasses de métal Et des manèges abandonnés, Pont d'un cargo, Grand nord, mers de glace L'ange sauvage devient ange déchu Et termine simple mortel au coin d'un bar. » C.C.

  • Condamné amour

    Cyril Collard

    Sylvain découvre l'écriture un dimanche après-midi d'hiver sur le parking de l'université de Lille, le soleil au cours d'un passage à Porto-Rico et l'image de l'amour en voyant le visage de Thomas dans un film : Condamné amour.L'écriture, le soleil, l'amour... C'est à cette triple quête qu'il se consacre. Un long périple mi-réel mi-ima¬ginaire qui l'entraîne d'Afrique du Nord en Amérique, de Hambourg à Venise. Voyage jalonné de rencontres. De femmes. D'hommes. De diables blonds...Mais ce chemin, tragique en vérité, conduit Sylvain vers la souffrance, la maladie, la mort, peut-être - la sienne et celle des autres. L'érotisme est voué à sa propre perte. Seule, émergeant du chaos, l'écriture existe...

  • Il a 30 ans. Il aime des garçons ; Samy, à moitié voyou ; Jamel, fils de l'Islam et de Coca-Cola. Et les corps anonymes qui s'emparent de lui dans les rites pervers des nuits fauves. Il aime des filles de passage. Et Laura. Il veut tout. Ou peut-être rien.Il est séropositif. Lâcheté ou panique, il ne l'a pas dit à Laura, la première fois qu'ils ont fait l'amour. Il l'a peut-être contaminée. Elle a 17 ans. Elle l'aime, sans mesure, jusqu'à la folie, usant de tout pour ne pas le perdre : prières, violences, mensonges, chantages.Ils se prennent et se déprennent dans un rythme serré de clip où les rues basculent devant les motos, où la caméra vidéo filme les ombres et les lumières de la ville, où le répondeur téléphonique hache les mots de la passion. Avec, soudain, de lentes plages de mémoire - celles de l'adolescence, du sang arabe, de lieux solaires.Alors un nouvel ordre s'établit : menacé de mort, il naît au monde qui l'entoure, à l'amour fou de ce qui est. Il est vivant.Le film Les nuits fauves, dont Cyril Collard a assumé l'adaptation, la réalisation et la musique, où il joue le rôle vedette aux côtés de la jeune Romane Bohringer, est devenu un « film-culte ».

  • L'animal

    Cyril Collard

    « J'ai connu Cyril en 1982. Je te revois dans le bureau sur cour, que l'on m'avait aménagé chez Grasset. Un grand garçon mince et brun, vêtu à la diable d'un tee-shirt et de jeans, avec une boucle à une oreille. Une allure de voyou et un visage d'ange avec ses yeux noirs vifs et brillants, ses fossettes d'enfant et son sourire de lumière. Il m'apporte des textes - un texte composé plutôt, L'Animal, écrit en une prose poétique.Quand je relis L'Animal aujourd'hui, au début de 1994, je comprends à la fois pourquoi j'ai refusé de publier ce manuscrit d'un auteur inconnu et pourquoi j'ai été fascinée par les promesses qu'il contenait. Il annonçait, par éclats, ce qui allait devenir un univers.Refus romantique des compromis : « Je crache, je dégueule cette mélasse de sucre blond et toutes ces demi-mesures, demi-art, demi-drogues, petite bourgeoisie, appartements aux murs de fleurs imprimées. »Sexe et violence ; sperme et sang : réalités inséparables.L'ange sauvage, ange déchu.Un monde enfiévré par le désir et les rencontres.Et l'appel au verbe, seul salvateur : « Alors il faut écrire. » Françoise Verny

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