• Les passions, cette part surdéterminée du pathos, ont fortement ébranlé la philosophie à ses débuts et ne cessent d'intriguer. Si, depuis les enseignements d'Aristote, on les associe volontiers à l'esthétique de la tragédie, à notre époque, elles s'alimentent grassement à même l'actualité en dépit des appels à la modération. Cette ère de postcolonialisme et de postmodernisme que nous traversons avec sa dose de scepticisme a beau soutenir la déconstruction du sens et la désillusion, rien n'empêche l'exaltation de la ferveur pathétique.
    Et elle trouve un terrain particulièrement fl orissant sur la place publique, où s'ébat la contagion.
    Nul doute que les milieux médiatiques et politiques sont une mine d'« emportement des âmes », et aussi des esprits. Ils prennent le visage de la provocation, de l'indignation, de l'incitation, de la promesse, de l'accusation, du reproche ou de l'aveu ; ils excitent colère, vengeance, peur, confi ance, fi erté, compassion dans les gammes du pardon, de la tolérance, de l'ouverture, du partage et de la solidarité.
    Mais justement, une passion à dimension collective, qu'a-t-elle donc en commun avec l'amour, la compassion, la jalousie, ces états intériorisés dont on dit souvent qu'ils échappent au contrôle de la raison ? Y a-t-il des procédés pathétiques spécifi quement attachés au débat politique et sur lequel on peut prédire l'incidence ?
    Avec faits à l'appui, issus de l'actualité québécoise - des campagnes électorales, des débats sur la diversité et sur les accommodements raisonnables -, cet essai expose la vitrine des passions, leur mode de fonctionnement ainsi que leurs eff ets sur notre compréhension des événements. Le jugement est atteint.
    Irrémédiablement.
    ***

  • Donner son aval à une cause, clamer son allégeance ne se fait jamais dans l'indifférence. Une force de conviction se manifeste, de même que la tension vers un but auquel on souhaite rallier auditeurs ou lecteurs. Quant au dictionnaire, il propose une définition de l'engagement en ces mots : « Acte ou attitude de l'intellectuel, de l'artiste qui, prenant conscience de son appartenance à la société et au monde de son temps, renonce à une position de simple spectateur et met sa pensée ou son art au service d'une cause[1]. » Qu'en est-il de la littérature : est-elle un espace propice à l'engagement ? En dépit de la difficile cohabitation entre les canons littéraires et l'engagement, que les études de Sartre et de Barthes, notamment, ont abordée sous des angles particuliers, parfois contestés comme l'a fait ressortir Benoît Denis dans son ouvrage Littérature et engagement : de Pascal à Sartre[2], la littérature regorge de ces élans d'adhésion à une cause que les pratiques d'écriture soutiennent avec des tons et une intensité variables.

  • Montréal. Une jeune chanteuse est victime d'un attentat sordide. Le quartier paisible de Notre-Dame-de-Grâce, une soirée d'été, une piscine invitante, et pourtant?Dès le début de l'enquête, les indices se dérobent, c'est du moins ce qui semble à l'agent spécial Donovan; au fur et à mesure de ses recherches, il découvrira que les suspects s'étendent aux personnalités du monde des affaires et du show business dont les destinées se croisent en un jeu suspect et dangereux.

    Pourra-t-il compter, encore cette fois, sur la complicité d'Ariane Vidal, journaliste ? La jeune femme n'a pas son pareil pour mettre son nez dans les affaires des autres. Elle avancera à tâtons sur les traces de cette jeune Brésilienne à la vie cachée et tumultueuse, à la fois.



    Danielle Forget est auteure d'un premier roman mettant en scène Ariane Vidal, Intrusion, publié chez Marcel Broquet, la nouvelle édition (2009). Elle écrit aussi des essais, des études et de la poésie.

  • America hors-piste est un poème-récit qui nous convoque à la traversée du continent américain en dehors des sentiers battus : s'y révèle l'âme du voyageur immigrant, ou plutôt de l'étranger en chacun de nous. Il nous invite à prendre le pouls d'une terre en friche. À travers les réminiscences du passé, les «éclaboussures de voix», l'homme est aux abois, interpelé par des effluves sauvages, le relief d'une démesure qui s'infiltre comme douleur et promesses. Un univers qui lance le défi; un monde à conquérir où s'entrecoupent les repères du temps et de l'espace.

  • Nouvellement assignée au journalisme d'enquête, Ariane Vidal effectue un reportage sur le meurtre d'Alexandre Wilson, PDG de l'entreprise pharmaceutique Pilgrem, assassiné à Laval dans des circonstances sordides. Ce n'est que le début d'une période trouble dont la trame se dérobe au fur et à mesure des faux pas de la jeune femme inexpérimentée.
    Suite à un incident, Ariane ne résiste pas à la tentation d'ouvrir son propre dossier d'enquête sur la criminalité en milieu universitaire.
    En se lançant à la chasse aux attentats perpétrés sur le campus de l'Université de Montréal, la journaliste ne se doute pas de la cascade d'événements qu'elle est sur le point de déclencher, risquant d'y engloutir aussi sa vie personnelle. Son frère, Benjamin, à la tête d'une importante équipe de recherche à la Faculté de biologie, pourrait bien être impliqué dans des manoeuvres criminelles lorsque des vols, en apparence isolés et anodins, prennent des allures de complot.
    Ariane Vidal, aux prises avec cet imbroglio, n'aura d'autres choix que de s'acharner à démanteler un réseau depuis sa source : Popayán, en Colombie.
    Danielle Forget enseigne au Département de français

  • Le thème du territoire impose la prospection, l'exploration, le mouvement. Il résonne depuis toujours dans notre littérature, dans nos imaginaires. Que dire aujourd'hui, dans la cartographie connue du monde connu, dans la planète Google accessible de partout du bout du doigt? Qu'intime le territoire aux écrivains d'ici, alors que les déplacements GPS se calculent en nombre de minutes restantes, de tracés prédéfinis et sans surprise, que les paysages défilent sous la poésie d'une voix robotisée servant momentanément de copilote? Le territoire se redéfinit et l'immensité s'amenuise comme peau de chagrin. À la limite des territoires, subitement, la menace du seul et du même, du standardisé et du sans rêve. Les imaginaires se doivent de contre-attaquer. C'est dans cette urgence que Mathieu Blais a suggéré ce projet d'un numéro sur le territoire.

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