Robert Laffont (réédition numérique FeniXX)

  • Si je demande un effort à l'Europe, je l'ai d'abord demandé aux pays en voie de développement. Par certitude objective. Le développement ne sera pas favorisé par nos interventions charitables. Mais par la mise en oeuvre d'une politique rationnelle, fondée sur des arguments rationnels ; c'est une perte collective et durable que celle que l'humanité subie du fait de la misère de la moitié de ses membres. Je suis tiers-mondiste, parce que derrière tant de beaux discours sur le tiers monde, j'ai le sentiment qu'on le dépèce, qu'on en extrait les matières premières et les cerveaux, sans retour, qu'on détruit son environnement, peut-être pour l'éternité des temps, qu'on entretient ses querelles pour en tirer parti. Mais je ne suis pas tiers-mondiste par repentir. J'accepte que l'on m'accuse de ne pas faire assez. Je n'accepte pas que l'on exige de moi que je paie une dette que je n'ai pas contractée. Je ne crois pas, au demeurant, que l'on puisse fonder l'avenir en ressassant le passé. Je suis tiers-mondiste, parce que le tiers monde est du monde et que son déséquilibre menace l'ensemble. Il y a aujourd'hui moins de risques dans l'existence de milliers de missiles à charges nucléaires, dont les deux grands ne souhaitent pas se servir, que dans ces mille foyers locaux où s'affrontent les hommes, les tribus, les armées nationales, ainsi que des troupes irrégulières ou mercenaires, le tout armé par nos arsenaux et d'où peut partir, sans que nul sache le maîtriser, un incendie qui ravage le monde.

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