• Le temps d'apprendre à vivre

    Elsa Boublil

    • Plon
    • 10 Janvier 2019

    Le roman de trois femmes sur trois générations, qui s'interrogent sur l'identité, l'amour et la féminité. Des questions qui se heurtent au silence de Nicole : jeune amoureuse moderne et émancipée en conflit silencieux avec sa famille, elle disparait brutalement d'un accident de voiture. Quel est le prix à payer de la liberté ? Comment survivre au choc d'une mort prématurée?Un roman à trois voix: celle de Fleur, la grand-mère qui pleure sa fille, celle de Nicole sa fille qui nous emporte dans sa jeunesse fougueuse, et celle de Lila, enfant né après le drame, qui reconstitue le puzzle de la dérive.
    " Le coeur de la cellule familiale a cessé de battre avec la disparition de Nicole. Un silence assourdissant qui continue de retentir. Mes parents, qui vivaient depuis trois ans en Australie la quittent précipitamment et définitivement. Ils viennent épauler mes grands-parents, s'installent chez eux pour les consoler. Ils font ce qu'ils peuvent, et tous s'interrogent : pourquoi ? [...]
    Parce qu'il n'y a rien à dire, un faux mouvement peut tout arrêter. Je ne l'ai pas fait exprès, j'étais fatiguée, j'avais trop peu dormi. Il est presque midi, j'avais promis à papa d'être avec lui pour déjeuner et suis encore à Pont l'Evêque. Une route à deux voies sous une pluie drue, on n'y voit pas grand-chose, j'ai la tête collée au pare-brise, mes essuie-glaces grincent et mes yeux plissés fixent l'horizon. Je roule beaucoup trop vite mais je suis en retard et je n'ai pas envie de présenter un mot d'excuse qui m'entraine dans trop de justifications, cet enfant que j'ai laissé en Angleterre m'a fait perdre toutes mes eaux, même mes larmes que je peine à sortir depuis. "

  • À 40 ans, une femme raconte
    la blessure qu'elle porte en elle
    depuis l'enfance. Un jour,
    un adulte a profité de
    la petite fille qu'elle était.
    SUBIR
    " Il m'a fait venir dans sa chambre, il a fermé la porte.
    J'avais six ans... Depuis l'enfant crie dans mon corps
    d'adulte. " Elsa Boublil raconte des bribes de souvenirs,
    croqués comme des tableaux. Un rabbin, en plein
    cours de Talmud, a abusé de son corps. Plus tard, un
    professeur de clarinette a profité de jeux en apparence
    anodins pour mettre ses mains sur elle. " Personne ne
    m'avait dit que mon corps m'appartenait. ", dit-elle.
    À 40 ans, Elsa ouvre enfin la porte. Il est temps pour
    elle de raconter non pas les faits (" J'ai tout oublié, ou
    presque ") mais les conséquences de ces gestes sur sa vie
    de femme. Dans un texte simple et sensible, écrit au plus
    près de la vérité, elle raconte le pouvoir que s'autorise un
    adulte sur un enfant.
    Sous une forme volontairement intimiste où chaque mot
    semble chuchoté, Corps à vif exprime avec une infinie
    pudeur le fléau qui touche tant de femmes et d'enfants,
    quotidiennement blessés par des gestes ou des regards
    obscènes. Il raconte les ravages dans le corps : l'anorexie,
    les douches incessantes " qui ne laveront jamais ",
    la sexualité inhibée. Le livre est enrichi de dessins
    de Bonnie Colin. Les deux femmes ont vécu le même
    traumatisme et décidé d'en parler ensemble, au nom de
    toutes les autres.
    GUÉRIR
    En creux, Corps à vif est aussi le récit d'une résilience :
    grâce à Philippe, " le premier homme qui n'a pas fait
    semblant de comprendre ". Et grâce au jazz, cette
    musique sensuelle et libre qui l'a réconciliée avec
    son corps. Elle en a fait aujourd'hui le coeur de sa vie
    professionnelle.
    RACONTER
    Corps à vif, c'est l'envie de parler pour la première
    fois à sa famille aimante à laquelle elle n'a rien osé
    dire. C'est aussi l'évocation d'une grand-mère, de ses
    bras consolants, et d'un père mélomane qui soigne ses
    angoisses en écoutant des messes de Bach, allongé sur le
    canapé.
    C'est enfin le récit d'une femme qui ose dénoncer pour
    toutes celles qui restent murées dans le silence et la
    honte.

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