• Montaillou : petit village de montagnards et de bergers en haute Ariège, à 1 300 mètres d'altitude. En 1320, Jacques Fournier, évêque de Pamiers, plus tard pape d'Avignon, y déploie ses talents d'inquisiteur. Maigret avant la lettre, Jacques Fournier finit par déterrer tous les secrets du village. Rien n'échappe à cet évêque fureteur, ni les vies intimes, ni les drames de l'existence quotidienne. En s'appuyant sur cet extraordinaire document de Jacques Fournier, sorte de roman vrai du petit peuple du XIVe siècle, Emmanuel Le Roy Ladurie ressuscite, en utilisant les méthodes historiques et ethnographiques les plus actuelles, la réalité occitane et cathare d'il y a six cent cinquante ans.

  • Depuis sa thèse sur Les Paysans du Languedoc (1966), jusqu'à sa monumentale Histoire des paysans français publiée au Seuil en 2002, en passant par l'Histoire de la France rurale, Emmanuel Le Roy Ladurie est le grand historien du monde paysan de l'Ancien Régime.Il se fait ici conteur et livre au grand public la synthèse très accessible du travail de toute une vie. Cette histoire rurale est une histoire totale qui relie la terre et les hommes, fait toute leur place à la vie économique et sociale et à l'histoire des mentalités paysannes, de l'époque de la Peste noire à celle de la Révolution française. Elle révèle les singularités régionales, dessine les régularités et les changements sur le temps long, jusqu'à l'aube de l'époque contemporaine.Professeur honoraire au Collège de France, membre de l'Institut (Académie des sciences morales et politiques), Emmanuel le Roy Ladurie fut administrateur général de la Bibliothèque nationale de France.Avec une postface de Jean-Marc Moriceau, professeur à l'université de Caen, membre de l'Institut universitaire de France et président de l'Association d'histoire des sociétés rurales.

  • « Au Paléolithique inférieur (grotte de Fauzan, Hérault), voici plusieurs centaines de milliers d'années, des groupes clairsemés de chasseurs s'attaquent aux grosses bêtes. Fauves parmi les fauves, ils se heurtent aux félins, aux pachydermes dont le gisement de La Balauzière (Gard) conserve les restes accumulés. » Ainsi s'ouvre cette Histoire du Languedoc d'Emmanuel Le Roy Ladurie. De la préhistoire à la période contemporaine, l'auteur nous propose une immersion dans le temps long d'un territoire et, mêlant les approches géographiques, politiques, économiques, sociales et culturelles, met ainsi en perspective les événements qui ont jalonné son histoire particulière.

  • Cette brève histoire de l'Ancien Régime n'a de bref que le nom, tant Emmanuel Le Roy Ladurie nous entraîne dans une histoire foisonnante et totale de cette si riche période de notre histoire. Des crises de subsistance à la violence des guerres, des conflits politiques aux affrontements religieux, l'historien embrasse le large spectre de ce que fut la France moderne. Et s'il dresse des portraits magistraux des grands de ce monde, comme Louis XI ou Catherine de Médicis, il n'en oublie pas les plus petits, ce peuple des villes et des campagnes qui travaille, se marie, construit inlassablement, affrontant le quotidien. Emmanuel Le Roy Ladurie livre ainsi une synthèse remarquable, et ce grand historien le fait avec le goût d'écrire pour le plus grand nombre. Il réfléchit également sur l'État et son fonctionnement, la façon de gouverner, l'organisation de l'administration et du pouvoir, dégageant des lignes de force qui structurent une tradition nationale - non sans quelques parallèles parfois malicieux avec l'actualité.

  • L´essentiel de l´histoire du climat. Alors que la controverse sur le réchauffement climatique fait rage, le livre d´Emmanuel Le Roy Ladurie, qui condense et résume des années d´études, permet de retracer l´histoire du climat dans la « longue » période de l´histoire humaine (certes brève au regard de l´histoire de la Terre). S´il valide les thèses « réchauffistes », l´intérêt du livre ne s´y limite toutefois pas : c´est en historien qu´il aborde l´histoire du climat, attentif aux conséquences de ses variations sur les sociétés humaines.



    Construit sous la forme de 33 brefs chapitres qui sont autant de réponses à des questions précises, il traite aussi bien des données connues sur l´évolution climatique (« Qu´appelle-t-on le petit âge glaciaire ? »), que de l´impact des variations climatiques (« Quel liens les disettes et les famines ont-elles avec les conditions météorologiques ? ») ou encore des problèmes méthodologiques de l´histoire du climat (« La date des vendanges est-elle un indicateur climatique ? »).

  • Cette tierce livraison du Siècle des Platter est consacrée pour l'essentiel à Thomas junior, troisième personnage marquant de l'extraordinaire dynastie bâloise étudiée depuis des décennies par Emmanuel Le Roy Ladurie. Thomas II est d'autant plus passionnant qu'il sera (dans l'« Hexagone ») un peu moins connu et reconnu que ses deux aînés, père et frère, bien que son texte demeure, comme celui de Felix, un monument de la culture française ainsi qu'européenne, à l'époque de la Renaissance et du baroque. Le présent volume contient la seconde partie du voyage, celle qui couvre la France du Nord, les Pays-Bas du Sud et l'Angleterre, avant le retour définitif au pays bâlois. Le futur médecin, réformé comme ses père et frère, cherche à comprendre le « papisme » et la Contre-Réforme, y compris dans leurs aspects les plus extrêmes, à commencer par le culte des reliques. Si protestant soit-il (ou parce que protestant éclairé), il s'intéresse à toutes les religions passées (les reliquats pagano-romains, monumentaux) ou présentes (les croyances juives, protestantes et catholiques), celles-ci considérées avec une certaine sympathie de facto. Passionné par les grandes entreprises industrielles (salines, moulins, arsenaux des galères, gigantesques ardoisières), qui sont comme des germes de l'avenir capitaliste, il manifeste une grande ouverture d'esprit face aux problèmes relatifs aux femmes, aux villes, aux républiques urbaines. Enfin, il observe avec une attention marquée les diverses monarchies qu'il envisage de visu : monarchie espagnole, tolérante aux libertés urbaines à défaut de l'être aux non-catholiques ; monarchie « belge », fonctionnant sur le mode archiducal par délégation de Madrid ; monarchie anglaise, donc anglicane, dépourvue de tout sectarisme zwinglien et déjà pénétrée d'influences américaines, notamment... tabagistes ; monarchie française enfin, celle d'Henri IV, avec l'attention d'icelle portée à la tolérance religieuse, à la croissance économique, au pouvoir partagé avec les élites, au contact avec les puissances maritimes, protestantes, libérales, capitalistes... Le tout entrecoupé d'extraordinaires morceaux de bravoure : ainsi l'entrée joyeuse des archiducs à Bruxelles et d'étonnants passages sur le trésor du duc de Berry à Bourges, ou les coches autour de Paris...

  • On n'a pas oublié l'extraordinaire réussite sociale et intellectuelle de Thomas Platter (dit le Vieux, 1499-1582), mendiant et berger des montagnes suisses devenu imprimeur et professeur, notable de la ville de Bâle, non plus que celle de son fils Felix (1536-1614), étudiant à Montpellier, grand médecin et collectionneur. Emmanuel Le Roy Ladurie a conté leurs aventures et leurs pérégrinations dans Le Mendiant et le Professeur. À son tour, le même Felix offre un demi-siècle plus tard à son jeune frère Thomas (1574-1628) de semblables études à Montpellier et un voyage d'initiation dans le sud et l'ouest de la France, le nord de l'Espagne (ainsi que les Pays-Bas et l'Angleterre), comme lui-même l'avait fait et raconté au temps du roi Henri II. Thomas II Platter a reçu une éducation soignée et une véritable culture ; tout au long de son itinéraire, le futur médecin, excellent latiniste et bon connaisseur des Écritures, se tourne avec un égal intérêt vers l'histoire et les lettres, vers la botanique et les monuments, vers le droit et la toponymie, vers les paysages et l'économie tant rurale qu'urbaine ; les hommes, avec leurs coutumes et leurs usages particuliers d'un lieu à un autre, le passionnent plus encore. Réformé et fier de l'être, citoyen de l'une des citadelles du protestantisme européen, il est d'une ouverture d'esprit surprenante pour son époque : sa modération envers les "papistes", son admiration (feutrée) pour les collèges jésuites et sa bienveillance pour les façons de vivre des Juifs d'Avignon, sa francophilie (presque constante), son regard quasi ethnologique sur les populations rencontrées, bref son absence générale de préjugés donnent au texte qu'il rédigera quelques années plus tard une liberté de ton unique ; il réunit aussi une considérable somme d'informations et d'observations sur la France d'Henri IV (les ruines morales et matérielles de trente ans de guerres religieuses et civiles sont bien visibles). La relation du périple est d'une richesse, d'une finesse et d'une saveur telles qu'Emmanuel Le Roy Ladurie a cette fois préféré donner la parole à son héros au moyen de la traduction intégrale du texte du voyage en France du Sud et en Catalogne (traduction effectuée en commun avec Francine-Dominique Liechtenhan). En incomparable spécialiste des sociétés méridionales et en analyste de l'État moderne, il introduit cette oeuvre et l'éclaire de notes et de commentaires abondants où trouvent à s'exercer ses talents d'historien à l'universelle curiosité. La biographie de Thomas le Vieux et celle de Felix, le récit de Thomas le jeune forment un panorama sans équivalent sur tout le XVIe et les débuts du XVIIe siècle en France et en Europe - ce second volume le prouve à l'envi -, et c'est à bon droit que l'on peut parler de « siècle des Platter », pour désigner les accomplissements de cette illustre famille bâloise. Professeur au Collège de France, ancien administrateur général de la Bibliothèque nationale (1987-1994), Emmanuel Le Roy Ladurie est membre de l'Institut (Académie des sciences morales et politiques). Parmi ses très nombreux ouvrages, il faut mentionner Le Siècle des Platter, 1599-1628, t. I, Le Mendiant et le Professeur (Fayard, 1995). Francine-Dominique Liechtenhan est chargée de recherche au CNRS et enseigne à l'Institut catholique de Paris.

  • Dix années de recherches, personnelles ou collectives, de l'historien Emmanuel Le Roy Ladurie sont présentées ou condensées dans ce livre. L'auteur commence par expliciter la méthode quantitative afin de mieux l'appliquer à des domaines très divers : histoire des métaux précieux d'Amérique, stature des conscrits du bon vieux temps, etc. En même temps, il considère les mouvements d'ensemble de l'historiographie française la plus récente parmi lesquels s'inscrit son aventure personnelle.

    Plusieurs enquêtes ponctuelles, à base d'ethnologie historique, s'attaquent à des problèmes tels que l'événement, la coutume, le folklore, la sorcellerie, la mort et la contraception. Le recueil s'achève sur une vision fraîche et renouvelée de la météorologie des siècles obscurs, avec leurs fluctuations climatiques.

    Dans cette oeuvre qui se veut à la fois charnelle et savante, descriptive et méthodologique, l'auteur a eu le souci constant de traiter les faits sociaux comme des choses, et d'insérer l'homme, éventuellement quantifié, dans un environnement géo-historique, biologique, voire purement physique.

  • Une nouvelle série d'études qui, de l'"histoire immobile" dans nos nations traditionnelles de l'Occident à l'analyse de la crise, la "vraie", celle des invasions barbares ou de 1974, met l'accent sur les phénomènes de longue durée : le corps, l'économie des sociétés paysannes d'autrefois, les systèmes sociaux qui les encadrent ou les dominent.

    On passe ainsi, selon le génie coutumier de l'auteur, de l'étude d'un rite de castration symbolique tel que l'"aiguillette" au regard d'éternité précise que jette sur lui-même, à travers Rétif de La Bretonne, le villageois (bourguignon) d'autrefois, de l'analyse quantifiée du produit de la dîme à l'analyse structurale du système de la cour dans Saint-Simon, avec ce sens du passé présent que possède au plus haut point l'auteur de Montaillou, village occitan.

  • Pétainiste à douze ans, stalinien à vingt, P.S.U. à trente, historien et professeur d'université à quarante ans, Emmanuel Le Roy Ladurie a voulu dans ce livre écrire le Notre après-guerre d'une génération née vers 1925-1930. On pardonnera à l'ouvrage sa cruauté à l'endroit de certains ; elle s'adresse d'abord à l'auteur. Porter en soi, comme un jardin secret, la Normandie catholique et royale des années 1930 ; affronter, abasourdi, en 1945 jusqu'à en être désintégré, les khâgnes rouges des lycées parisiens et banlieusards, issues de la Libération ; être piégé en 1948-1949 par le dogmatisme du Kominform ; émerger, avec le rapport Khroutchev et Budapest (1956) vers une gauche ouverte, éventuellement utopique, celle du P.S.U., plus naïve et souriante que celle qui gouverne aujourd'hui ; considérer cette émersion à la fin des fins comme un nouveau rite de passage, telle est, en l'occurrence, la trame d'une autobiographie. D'autres 'chaînons' mettent en cause la persistance d'une école historique, celle des Annales à laquelle se rattache comme chercheur Emmanuel Le Roy Ladurie.
    Ces souvenirs personnels de l'auteur de Montaillou, village occitan offrent aussi, à leur manière, la vision nostalgique, parfois déçue, d'un certain Languedoc, et plus encore de Montpellier, cité fascinante, insaisissable, difficile, aux marges d'une géographie spirituelle.

  • L'oeuvre pionnière d'Emmanuel Le Roy Ladurie sur l'histoire du climat, qui a hissé celui-ci au même niveau que l'économie, les techniques ou les religions dans l'évolution des sociétés humaines, se conclut ici par un nouveau livre concis qui s'attache à décrire non plus de larges séquences à l'échelle de plusieurs siècles, mais les fluctuations plus fines, souvent année après année. Il se sert pour cela de données objectives (abondance des récoltes, dates des vendanges, état des glaciers, abondance des précipitations, etc.) qu'un chercheur des "sciences dures", Daniel Rousseau, ancien directeur de l'Ecole nationale de la météorologie nationale, l'aide à interpréter. L'histoire du quotidien de millions d'Européens sur plus de dix siècles se trouve éclairée et abondamment enrichie. C'est une manière passionnante de "revisiter" le passé.

  • Brillante et courte synthèse, suggestive et instructive, des résultats de près d´un demi-siècle de recherches historiennes sur le climat. Un élément essentiel dans les débats en cours sur l´avenir de la planète.

  • Le climat de l´Europe a connu dans le passé de longs épisodes de tiédeur, puis a régné, de 1300 à 1860, le petit âge glaciaire, un peu plus frais que le climat de nos jours. Depuis lors, un nouvel épisode tiède s´est imposé progressivement, qu´a enregistré le recul séculaire des glaciers alpins, et qui prend nettement, depuis 1911, le caractère d´un réchauffement. Emmanuel Le Roy Ladurie, dans ce dernier volume de l´Histoire humaine et comparée du climat, étudie cette phase de réchauffement, dont l´actualité médiatique s´est emparée sans toujours la situer suffisamment dans son contexte de longue durée. Il utilise, à des fins descriptives, les observations thermométriques et pluviométriques, mais aussi toutes les informations relatives aux moissons et aux vendanges, à l´élevage et au tourisme, qui donnent la mesure et le rythme du changement climatique en cours. Au terme de cette big history multicontinentale, les perspectives ne sont pas rassurantes : le très vif réchauffement constaté depuis 1980 pourrait bientôt poser des problèmes extrêmement difficiles à l´humanité... Mais ceci est une autre histoire.
    Professeur honoraire au Collège de France, ancien administrateur général de la Bibliothèque nationale, membre de l´Académie des sciences morales et politiques, Emmanuel Le Roy Ladurie est reconnu dans le monde entier comme l´un des maîtres des études historiques. Le réchauffement de 1860 à nos jours forme le troisième volume de sa monumentale Histoire humaine et comparée du climat (après " Canicules et glaciers, XIIIe-XVIIIe " puis " Disettes et révolutions, 1740-1860 ", parus respectivement en 2004 et 2006). Guillaume Séchet, météorologiste, a apporté une importante contribution graphique au présent ouvrage.

  • Conçu pour le bicentenaire de la naissance de Jean-François Champollion (1790-1832), Mémoires d'Égypte est l'hommage le plus brillant rendu par la communauté scientifique européenne au génial déchiffreur des hiéroglyphes de l'Égypte antique. Seize auteurs, parmi les plus reconnus en Europe, restituent la place de Champollion dans l'histoire de l'égyptologie. Génial certes, fascinant bien sûr, Champollion fut aussi un formidable initiateur qui, après sa mort trop tôt survenue, éclaira le travail de générations d'égyptologues. Près de deux cents documents, puisés aux sources les plus diverses et pour beaucoup inédits, rappellent que l'égyptologie, si elle est devenue - grâce à Champollion - une science rigoureuse et exigeante, reste plus que jamais - grâce au même Champollion - colorée de l'incomparable lumière romantique, magique presque, que dégage encore et toujours la civilisation de l'Égypte antique.

  • Si nous avions été tentés de l’oublier, l’été 2003 serait venu nous le rappeler avec violence : le climat joue sur la vie humaine un rôle aussi – voire plus – fort que les bouleversements géologiques, les guerres et les épidémies (encore n’est-il pas rare d’observer entre certains de ces phénomènes et le temps qu’il fait une constante interaction).Dans des sociétés de subsistance comme celles de nos pays jusqu’à la fin du xviiie siècle, les réchauffements et/ou les refroidissements, les excès ou déficits pluviométriques ont des effets directs sur les récoltes (en particulier le froment), les vendanges, l’état du bétail, la présence (ou non) de la dysenterie. De surcroît, les tendances lourdes – du XIIe au XVIIIe siècle s’observe ainsi un « petit âge glaciaire », donc de refroidissement – connaissent elles-mêmes des cycles et des variantes de plus faible amplitude. La taille changeante de certains glaciers au cours des âges comme les informations données par les anneaux des arbres ou les témoignages humains nous montrent bien que le climat ne fonctionne pas comme une horloge : telle année à hiver rigoureux connaît un été caniculaire, telle autre subit une pluviosité catastrophique des mois durant et en toutes saisons ; plusieurs mois de gel ne donnent pas forcément des moissons calamiteuses, il arrive qu’un été sec et brûlant – on en a repéré plusieurs dizaines depuis le XIIIe siècle – fasse moins de dégâts qu’une humidité prolongée.Reliés à l’histoire générale avec ses soubresauts divers (géopolitiques, politiques, guerriers) et ses évolutions techniques, les événements climatiques apparaissent comme le « donné de base » par excellence de l’Histoire, comme la trame même de l’étoffe sur laquelle l’humanité inscrit sa destinée, certes autonome.Abondant en détails représentatifs d’une situation ou bien curieux par eux-mêmes, s’inscrivant en contrepoint d’une longue durée qui s’étend à l’échelle européenne et sur plus de cinq siècles, l’immense travail d’Emmanuel Le Roy Ladurie (qui sera suivi sous peu d’un second volume : XVIIIe-XXe siècle) redistribue les cartes : avec un souffle braudélien, il remet à leur juste place l’écume des jours et les grandes houles. Il nous invite à lire l’histoire autrement. L’exercice est roboratif

  • Peut-on rêver plus beau - et plus rare - corpus de textes que les écrits autobiographiques de trois générations d'hommes du XVIe siècle (1499-1628), plus belle étude de cas aussi de l'apparition d'une dynastie de la bourgeoisie urbaine caractéristique des sociétés d'Ancien Régime? Au commencement est le père, Thomas Platter, dit le Vieux (1499-1582), petit berger misérable du Valais qui va tenter sa chance comme mendiant itinérant dans une partie de l'Europe germanique puis à Bâle. Il y est ouvrier cordier et bientôt devient un authentique intellectuel sur le mode humaniste: l'ancien illettré est un professeur renommé de latin, de grec et d'hébreu. Mieux encore, il s'établit comme patron imprimeur dans une ville très tôt et largement (mais avec modération) passée à la Réforme: c'est de ses presses que sortira la première édition latine de l'Institution chrétienne de Calvin en 1536. Assez à l'aise pour acquérir un domaine à la campagne, il peut aussi payer à son fils (né en 1536) des études de médecine à Montpellier, université très réputée en ce domaine, et lui offrir une pérégrination (à cheval, alors que lui-même circulait à pied dans sa jeunesse) en France et dans certaines contrées circonvoisines _ une sorte de voyage initiatique. Investissement judicieux: Felix Platter, " médecin de ville " à Bâle, brûle les étapes. Le voilà professeur de médecine, doyen, recteur, auteur de livres médicaux et de physique, nouant des liens avec le réformateur David Joris comme avec Montaigne. Il épouse la fille d'un grand chirurgien bâlois. Le praticien est à présent un patricien. L'histoire ne s'arrête pas là. Sur le tard, à près de soixante-dix ans, en 1574, Thomas a, d'une seconde femme, un autre fils (prénommé Thomas également), qui représente en quelque sorte la troisième génération _ il sera élevé en partie par son aîné. Thomas II lui aussi voyage, lui aussi embrasse la carrière médicale, lui aussi racontera certains épisodes de sa vie. A eux trois, les Platter traversent en tous sens le temps et l'espace de l'Europe de la Renaissance, de la Réforme et du Baroque. Leurs souvenirs et les informations recueillies par ailleurs jettent sur leurs personnalités et sur le monde dans lequel ils se meuvent une lumière incomparable. Acteurs (et bénéficiaires) d'une ascension sociale remarquable (le mendiant a fait de son fils un grand professeur et un médecin des princes), nés dans l'Europe rhénane (l'un des foyers les plus novateurs de la civilisation du temps), voyageurs, écrivains, collectionneurs, ces protestants répondent pleinement au portrait de l'homme de la première époque moderne. Comment l'historien aux mille curiosités qu'est Emmanuel Le Roy Ladurie _ l'analyste attentif de la vie des habitants de Montaillou au XIVe siècle, le chercheur qui a décrit l'histoire du climat depuis l'an mil, le spécialiste des paysans du Languedoc et l'évocateur du Carnaval de Romans, l'auteur de deux des cinq volumes d'une ample Histoire de France _ aurait-il résisté à la fascination exercée par cette famille? A partir des récits qu'elle a laissés, il dresse avec verve, à travers ses trois héros, une chronique pittoresque et savante de treize décennies durant lesquelles l'Europe du Moyen Age a donné naissance au Grand Siècle. Professeur au Collège de France, administrateur général de la Bibliothèque nationale (1987-1994), Emmanuel Le Roy Ladurie est membre de l'Institut (Académie des sciences morales et politiques).

  • Disciple lointain d'Hérodote homme du texte, l'historien du xxe siècle s'est fait également homme du chiffre quand fut perçue la nécessité d'aller plus loin que le récit. Les Mémoires de Saint-Simon en sont une belle illustration ; source intarissable d'anecdotes et de portraits, ils fournissent aussi à qui sait les interroger de multiples données sur la démographie d'un groupe social assez homogène, la noblesse de la cour sous Louis XIV. D'autres investigations, plus inattendues encore, précisent, corrigent, infirment ce qu'un patient dépouillement d'archives ne saurait à lui seul faire apparaître : l'analyse radioactive des monnaies circulant en France à l'époque moderne apporte des indices, surtout précisément chronologiques, quant à la présence d'argent issu des mines du Potosí, et complète le témoignage des sources écrites sur l'afflux de métaux précieux en Europe ; l'âge des poutres du Collège de France nous procure une information inédite sur l'emploi (ou le réemploi) des matériaux de construction sous l'Ancien Régime, et sur les dates de construction d'une grande maison. Ce volume fournit des preuves surabondantes de la fécondité des travaux d'un historien qui se joue avec virtuosité du cloisonnement des spécialisations en usage dans sa discipline n'éclaire-t-il pas la « honteuse Révocation » (de l'édit de Nantes) en la confrontant avec la « Glorieuse Révolution » (d'Angleterre) ; ne donne-t-il pas des clefs nouvelles pour l'intelligence de l'identité française en s'interrogeant sur les périphéries linguistiques du pays ? Au long des vingt-cinq textes réunis ici, Emmanuel Le Roy Ladurie fait ainsi siens les objets d'histoire les plus variés, guidant ses lecteurs vers des lieux fort reculés où peu de chercheurs s'étaient risqués avant lui ; lorsqu'il mène son « lectorat » en des terrains plus familiers, c'est pour les lui montrer sous un jour surprenant.

  • L'objet du cours que je voudrais présenter cette année au Collège de France, c'est l'économie-société, ou bien l'éco-démographie traditionnelle d'un monde aujourd'hui disparu, tel qu'il a « fonctionné » si l'on peut dire, du xive au xviiie siècle. En dates plus précises : de 1300-1320 à 1720-1730. Les commodités de la recherche font que ce monde se situe provisoirement pour moi dans l'Hexagone qui en cette circonstance est de pure forme. Sans connotations tricolores ni fleurdelisées.

  • Pendant quinze jours, en février 1580, les habitants de la cité de Romans (Drôme actuelle, Dauphiné d'autrefois) se sont déguisés, masqués de toutes les manières. Ils ont dansé à perdre l'âme, joué, couru, concouru, défilé. Ils se sont défiés entre artisans et notables dans le happening quotidien du Carnaval. Un théâtre populaire et spontané opposait rue contre rue, confrérie contre confrérie. Puis, au terme d'une embuscade, montée par le juge Guérin, personnage de Série Noire, les Romanais se sont entre-tués.
    Un événement aux significations multiples, que décrypte un grand historien.

  • En 1983, Emmanuel Le Roy Ladurie réunissait dans Parmi les historiens une première moisson de ses articles et de ses chroniques.
    Journaliste historien, le professeur au Collège de France et Administrateur général de la Bibliothèque nationale récidive, et ce sont près de cent ouvrages auxquels le lecteur, grâce à lui, se trouvera conduit.
    Ladurie explore ses propres 'territoires' : rapports de l'Occident et de ce qui n'est pas lui, pouvoir politique et démocratie, monarchie fondatrice de l'unité française mais garante d'une diversité régionale et religieuse, riche aussi de rituels, de gestualités et de personnages longtemps oubliés, ce qui fait le baroque ou ce qui fait l'État.

  • En France, l'Etat-Nation est parvenu à forger son unité malgré la diversité des régions qui l'ont composé. Cette unité est parfois remise en cause, de nos jours, par les revendications identitaires, plus ou moins actives, des aires périphériques : l'Alsace, la Lorraine, la Flandre, la Bretagne, le Pays basque, le Roussillon, les pays d'Oc, la Savoie, et la Corse bien sûr.Emmanuel Le Roy Ladurie, spécialiste de la «longue durée» braudelienne, rend compte ici des diverses histoires régionales ; de leur intégration simultanée ou successive par la politique de la monarchie d'Ancien Régime et des régimes issus de la Révolution. Bilan d'une réussite incontestable, mais peut-être précaire : un «nouveau cycle de contestation régionale» n'est-il pas en train de naître ?Cette autre manière de faire l'histoire de la France est aussi une réflexion sur l'avenir.

  • Le passé de l'Europe offre des alternances de systèmes politiques bloqués et repliés sur eux-mêmes, incapables d'évoluer, et de moments où les portes s'ouvrent sous l'effet de l'audace ou de l'imagination de certains individus. Mise en lumière par des philosophes et sociologues (Henri Bergson, Karl Popper?), l'idée d'ouverture s'incarne ainsi dans l'histoire avec Henri IV signant l'édit de Nantes ou avec Philippe d'Orléans renversant les alliances de la France ; plus tard, les initiatives d'un Khrouchtchev ou d'un Gorbatchev auront un impact évident sur la marche du temps. Chacune à sa manière, d'autres figures, par exemple celles du protestant bâlois Thomas Platter au xvie siècle, de l'écrivain et voyageur Robert Challe et du pape Benoît XIV au XVIIIe siècle, celle du roi Louis XVIII et, au XXe, celles des grands résistants, de Jean Monnet ou d'anciens communistes comme Annie Kriegel ou Auguste Lecoeur brisent un carcan et affrontent le grand large ? ce que des hommes aussi divers que Henri II, Charles X et dans un tout autre genre Thorez ou même Kanapa ne veulent ou ne peuvent pas faire. L'esprit de tolérance (religieuse, politique, intellectuelle, diplomatique), l'acceptation d'univers mentaux différents ou minoritaires, le souci également de la croissance économique et de la richesse des nations, voilà ce qui attire à des degrés variables les personnalités d'« ouverture », qu'elles aient ou non des responsabilités politiques. L'examen, par d'excellents spécialistes, de quelques moments clefs auquel Emmanuel Le Roy Ladurie invite son lecteur à l'aide de cet outil d'investigation neuf se révèle très éclairant. A côté de la recherche sur les tendances lourdes et le temps long (par exemple le climat) qu'il affectionne par ailleurs, le grand historien donne ici, lui aussi, une nouvelle preuve d'ouverture, d'audace et d'imagination.

  • A mesure que progressent les techniques agricoles et que se perfectionnent les transports, les effets du petit âge glaciaire (que connaissait l'Europe depuis 1300) se font moins impitoyables que durant les premiers siècles de l'époque moderne. Certes, la famine ne disparaît pas tout à coup - l'Irlande la connaît encore dans les années 1840 -, mais on n'observe plus au même degré les hécatombes climatiques - et par conséquent épidémiques - de naguère.Disettes classiques et disettes larvées n'en continuent pas moins d'agir sur la vie des sociétés : hivers froids ou humides, printemps pourris, étés caniculaires ("échaudage" des blés) ou au contraire étés pourris, et jusqu'aux éruptions volcaniques à l'autre bout de la planète ( le Tambora en Indonésie, 1815), compromettent aisément de fragiles équilibres. Un peu moins de grains, et la cherté provoque des troubles. Faux ou vrai, les puissants sont accusés de profiter des circonstances, d'accaparer les subsistances, d'organiser la pénurie : d'où les réactions populaires. Sans qu'il faille voir là un mécanisme imperturbable, il est patent que la mauvaise année-récolte 1788 a sa part dans le déclenchement des événements de 1789, que l'embellie frumentaire du Directoire et de l'Empire (jusqu'en 1810) correspond à une période de relative clémence des cieux; que les Trois Glorieuses sont comme cernées par les difficiles années 1827-1832; que les soubresauts climatiques et disetteux de 1845-1846 sont à mettre en relation avec les révolutions de février-mars 1848 à Paris, puis à Berlin et à Vienne.A partir de 1860 et plus encore de 1900, le climat européen se réchauffe, comme le montrent le recul des glaciers alpins et, nettement plus précises, les mesures instrumentales enregistrées un peu partout. En outre, les navires à vapeur et le chemin de fer permettent d'importer le grain d'Amérique et de Russie. L'Humanité d'Occident se libère de sa dépendance millénaire face à l'aléa climatique. S'ouvre alors une autre "météo-histoire", dont nous ne connaissons pas le terme; pleine d'incertitudes, elle aussi ( ce sera l'objet d'un troisième volume).

  • Le regard de cinq enfants sur les guerres des adultes : - Alphonse Baroz (22 ans), soldat de la guerre de 1870-71 est prisonnier des Prussiens et envoyé à Könisberg. - Alexandra (13 ans) et Henri Pupponi (11 ans) écrivent à leur père, alors sur le front de l'Argonne, un journal aux accents de patriotisme exacerbé. - Madeleine Pupponi (10 ans en 1941), fille d'Henri Pupponi et épouse d'Emmanuel Le Roy Ladurie évoque les activités résistantes de ce père et les siennes durant la dernière guerre. - Marie Le Roy Ladurie (16 ans), soeur d'Emmanuel, rédige un journal relatif au débarquement des alliés en Normandie, rare document sur la sensibilité. Une chaîne généalogique étroite relie ces récits, réquisitoires de l'absurdité du monde. Au soir de sa vie, Emmanuel Le Roy Ladurie nous offre ce cadeau.

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