Littérature générale

  • Arcadie

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    Prix Inter 2019
    "Si on n'aimait que les gens qui le méritent, la vie serait une distribution de prix très ennuyeuse."
    Farah et ses parents ont trouvé refuge en zone blanche, dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au monde extérieur tel que le façonnent les nouvelles technologies, la mondialisation et les réseaux sociaux. Tendrement aimée mais livrée à elle-même, Farah grandit au milieu des arbres, des fleurs et des bêtes. Mais cet Éden est établi à la frontière franco-italienne, dans une zone sillonnée par les migrants : les portes du paradis vont-elles s'ouvrir pour les accueillir ?

  • Kim, la narratrice, grandit dans le sud de la France, au bord de la mer - qu'on voit danser de temps en temps dans ce roman. Elle est entourée d'adultes immatures, cruels et déraisonnables : affligée d'un bec-de-lièvre, sa mère se lance sur le tard dans une carrière de stripteaseuse ; son père, qui a tatoué ses cinq enfants d'une étoile bleue sur l'occiput, brille par sa faiblesse et son insignifiance ; son grand-père est un insupportable fanfaron, et sa grand-mère sombre peu à peu dans la folie avant de regagner l'Algérie fantasmatique de son enfance.Heureusement, pour l'aider à survivre à une enfance calamiteuse, Kim a l'amour inconditionnel de ses petits frères, la gymnastique rythmique, la lecture de Baudelaire, et ses nuits fauves avec son prince ardent. Sans compter qu'elle ne va pas tarder à rencontrer sa sorcière bien-aimée en la personne d'une sage-femme à la retraite - à moins qu'il ne s'agisse d'une vieille pute sur le retour ? En fait de retour, on assiste aussi à celui de Charonne (déjà présente dans Hymen et surtout dans Une fille du feu) qui fait basculer (in extremis) cette histoire du côté de la beauté et de l'énergie vitale.Comme les précédents livres d'Emmanuelle Bayamack-Tam, celui-ci se propose d'illustrer quelques unes des lois ineptes de l'existence. Le titre est emprunté aux Métamorphoses d'Ovide : comme Philomèle, Kim survit aux outrages, mais contrairement à elle, on ne lui a pas coupé la langue, ce qui fait qu'elle raconte, dans une langue qu'Emmanuelle Bayamack-Tam a voulue à la fois triviale et sophistiquée, comment l'esprit vient aux filles. Or, on sait depuis longtemps qu'il leur vient par les chemins à la fois balisés et inextricables du désir charnel. Pour Kim, il empruntera aussi ceux de la poésie du XIXe, ce qui fait que Si tout n'a pas péri avec mon innocence se veut aussi récit d'une vocation d'écrivain.

  • Je viens

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    Je viens vérifie la grande leçon baudelairienne, à savoir que le monde ne marche que sur le malentendu.

    Je viens mouline les sujets qui fâchent, le racisme qui a la vie dure, la vieillesse qui est un naufrage, la famille qui est tout sauf un havre de paix.

    Je viens illustre les lois ineptes de l'existence et leurs multiples variantes : l'amour n'est pas aimé, le bon sens est la chose du monde la moins partagée, les adultes sont des enfants, les riches se reproduisent entre eux et prospèrent sur le dos des pauvres, etc.

    Mais pour accablante qu'elle soit, la réalité devrait pouvoir s'écrire sans acrimonie, dans une langue qui serait celle de la farce ou du vaudeville : je viens, c'est aussi la proclamation par Charonne de sa volonté de redresser les torts, de parler contre les lois ineptes et de faire passer sur le monde comme un souffle de bienveillance qui en dissiperait la léthargie et les aigreurs.

  • Un père et une mère parlent de leur fille : Alexandrine, seize ans. Ce pourrait être une conversation normale, mais Alexandrine ne l'est pas et il se peut que le couple parental ne l'ait jamais été non plus. Leurs inquiétudes portent essentiellement sur la vie sexuelle future d'Alexandrin... Le dénouement, comme toujours, est un escamotage qui dérobe heureusement à nos yeux les protagonistes de la farce.Mon Père m'a donné un mari reprend, en le caricaturant, l'argument des comédies classiques : des parents prennent en main la vie amoureuse de leur fille. Sauf qu'il ne s'agit plus d'arranger un mariage mais d'organiser un dépucelage. Comme la fille est autiste, elle consent à cette prise en main. Elle autorise même ses parents à assister à sa défloration, conçue comme l'aboutissement spectaculaire de cette pièce.

  • Charonne, vingt ans, Charonne la magnifique aux formes sensationnelles et aux origines indéchiffrables cherche à alerter l'opinion mondiale sur un certain nombre de faits méconnus. Premièrement : les grosses sont toujours un peu des héroïnes. Deuxièmement : la vraie beauté suscite l'indifférence. Troisièmement : le port du voile n'est pas la meilleure façon de se faire des amis. Quatrièmement : les vrais pratiquants de l'amour libre ne se rencontrent pas tous les jours.

  • "Tous les fils ne sont pas faits pour devenir des hommes."
    Daniel a été adopté très jeune par une immigrée polonaise et son petit mari français. Fasciné par cette mère et sa plantureuse beauté rousse, il s'efforce à la fois de lui obéir et de lui ressembler : or si obéir à sa mère signifie être un homme, lui ressembler signifie être une vamp en guêpière. Pris entre ces exigences contradictoires, il renonce à la sincérité et relègue ses avatars féminins dans ses abysses personnels, ou encore, comme il le dit lui-même, dans une boîte de Pandore qu'il s'efforce de maintenir fermée. Avec l'entrée dans l'âge adulte, les choses s'arrangent un peu : il rencontre un homme qui devient à la fois son amant, son mentor et son employeur. Grâce à lui, il va se produire sur scène, travesti en femme, ce qui permet à sa vérité intime de sortir un peu, au moins à la nuit tombée...

  • Artaud tenait le mariage pour une offense personnelle. Kafka est mort célibataire - mais ce n'est pas faute de s'être fiancé. Nijinski a épousé Dieu, devant témoins, le dix-neuf janvier mille neuf cent dix-neuf. À ce sujet comme à d'autres, ils auraient peut-être eu des choses à se dire.

  • à l'abordage ! Nouv.

    À l'abordage !, c'est un choc frontal entre la jeunesse ardente des uns et la frilosité quasi sénile des autres. Marivaux est dans les coulisses, car la rouerie rhétorique, le travestissement, les fausses confidences et les heureux stratagèmes conduisent évidemment au triomphe de l'amour.

  • Rai-de-coeur

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    Au milieu des sables du bush, Kéziah règne en maître sur les moins que rien : Nello, le valet de coeur subjugué, et Siri, l'idiote à la beauté radieuse. De l'autre côté du monde, une grande ville occidentale clignote de tous ses feux. Kéziah part donc en guerre contre sa misère native, contre le sort auquel on a pensé pour lui : il invente, pour s'arracher à son coin de terre sinistré, un moyen étrange et cruel. C'est Nello qui raconte. C'est Nello qui se dresse au milieu des choses dites, semblable à elles et sans pouvoir sur elles. Mais l'histoire finit par tracer, cahotante, son propre sillage fumeux. «Si la seule idée d'un Dieu ne me faisait pas rire, je rendrais bien ici quelques oracles, quelque parole inspirée, quelque évangile enluminé qui réconcilierait les autruches effarées, les sauterelles rongeuses, les guitaristes mystiques, les filles à la blondeur boréale, les mères oublieuses de leur première portée, les pères devenus prédicateurs de salon, tous les ergs et les regs du N'mab, et même le souvenir, toujours fou en moi, toujours miraculeux, du garçon qui a trahi son ami pour les lumières de la ville.»

  • Pauvres morts

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    Quatre-vingt-trois ans, ce n'est pas une vie. C'est juste le temps que ça prend de vieillir et de connaître le sort immérité de toute chair, le pourrissement programmé, la violence médusante du dégoût. Et si, à quatre-vingt-trois ans on s'offre un dernier sursaut de sens, un dernier triomphe amoureux, il risque d'avoir la couleur de l'argent et tous les appâts du gain. Mais c'est toujours ça de pris, toujours ça que n'ont même plus les pauvres morts gisant entre les radicelles chlorotiques et les insectes nécrophages.
    Et il n'y a pas de mot de la fin, pas de sagesse acquise sur le tard.

  • Hymen

    Emmanuelle Bayamack-Tam

    Une femme poursuit un homme d'un amour passionné dont il ne veut pas. L'homme est fragile, sensible, un véritable innocent qui entrave sa jeunesse par timidité. La femme est abîmée, meurtrie, laide, une clocharde alcoolique. Elle aime cet homme d'un amour fou, littéralement, sur lequel elle laisse planer l'ombre d'un infanticide : à toucher de si près l'horreur il semble qu'il n'y ait plus de limite ni à l'amour ni à l'horreur. Jusqu'à ce qu'intervienne un étrange enquêteur héroïnomane et prosélyte n'ignorant rien du langage des fleurs, comme un héros de série qui tombe du ciel, sait tout et sait tout faire. Il parviendra parfaitement à dérégler ce qui doit l'être pour que du chaos et de la violence sortent beaucoup plus de vie, de l'amour, qu'il en soit fini avec les larmes et les tremblements, la génétique, la ressemblance, la transmission.

  • Pour sauver les mauvaises âmes des filles de Fénix, il doit d'abord s'extraire des plis angulaires et cassés de sa vieille peau. Ensuite, il faut qu'il trouve le seul nom qui lui aille, le seul qui rende compte de son identité remarquable. On peut considérer tout ça comme une mission. À la fin, il lui reste le plus difficile : empêcher que s'écrive son histoire officielle. Se retrouvent dans cette histoire qui n'a rien d'une histoire officielle, quelques-uns des thèmes qui nourrissaient Rai-de-coeur, comme l'exil, ou l'ambiguïté sexuelle, ou encore la grande ville (c'est d'ailleurs la même... sous d'autres cieux). Mais aussi de nouvelles préoccupations qui ont à voir avec l'identité, la filiation, la folie.

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