• L'une des découvertes essentielles de l'oeuvre de Milan Kundera, c'est la perception - et l'expérience - du monde comme espace dévasté. Cette découverte, tous ses romans sans exception en font le récit à leur manière, un récit qui ne cesse de la réactualiser et d'en interroger la portée existentielle. Qu'est-ce qu'un monde dévasté ? Que signifie vivre dans un tel monde ? Qu'y devient la condition de l'homm ? Qu'y deviennent l'amour, l'action politique, la poésie, la solidarité, la mort même ?
    C'est à ces questions - et à bien d'autres - que s'intéresse François Ricard dans ces douze essais d'abord publiés comme postfaces aux romans de Kundera parus dans la collection ' Folio '. En réunissant cette suite de 'variations' critiques écrites au fil des ans (1979-2014), il propose de l'oeuvre du grand romancier une lecture qui ne relève ni de l'étude savante ni de l'ouvrage documentaire, mais ressemblerait au carnet d'un voyageur s'efforçant de rendre compte des beautés et des énigmes qu'il découvre peu à peu en suivant à la trace, passionnément, un auteur et une oeuvre qui font partie de ce que la littérature contemporaine aura donné de meilleur.

  • Le Québec est, jusquà nouvel ordre, une simple province, et les Québécois sont des « provinciaux ». Dans ce recueil de textes, qui fait suite à ses « Chroniques dun temps loufoque », François Ricard nous fait prendre conscience des avantages quil y a à vivre dans une province et à ne pas se trouver aux commandes du monde, ne serait-ce que la possibilité de voir celui-ci dun peu loin, donc de le critiquer plus librement.

    Mettant à profit ce recul favorable à la réflexion, il nous invite à nous pencher sur des questions quon évite le plus souvent : Quest-ce quêtre moderne aujourdhui ? Lanti-intellectualisme est-il le fléau que lon dit dans notre société ? Le français est-il en voie de devenir une langue obsolète, même et surtout en France ? La littérature québécoise pour peu quelle existe serait-elle lavenir de la littérature française ? Le salut peut-il passer par la poésie ?

    Lauteur propose, en passant, le concept de « néoprovincialisme » pour décrire notre situation. Car nest-ce pas en province que sont désormais accueillies les idées nouvelles avec un enthousiasme et une unanimité quon ne voit guère au même degré dans les sociétés où elles ont été inventées ? Ce qui lamène à jeter un regard à la fois intrigué et amusé sur quelques phénomènes qui caractérisent notre quotidien : accommodements raisonnables, « Outgames », règles déquité en emploi, « grand humour » auquel atteignent parfois certains de nos esprits les plus fins. Bref, les grands et les petits bonheurs de la vie provinciale.

    « Murs de province », où lessayiste ne manque pas également de rendre un hommage ému à quelques êtres qui lont marqué, est un livre qui na aucune vérité ni aucun salut à proposer, nobéissant à rien dautre quau besoin de ne jamais perdre de vue la complexité et la vanité de nos pensées et de nos existences, sans oublier, bien sûr, le plaisir décrire.

  • Normalisation ou standardisation de la littérature nationale, libération et déchaînement sans précédent de l'écriture : ces phénomènes ne sont, pour François Ricard, que des indices parmi bien d'autres de la métamorphose que connaît depuis les dernières décennies du XXe siècle la littérature. Cette métamorphose touche à la fois le statut de cette dernière, sa place dans l'enseignement, les fonctions qu'on lui attribue, les critères d'après lesquels on détermine la valeur des écrits qui s'en réclament, et jusqu'à l'idée que les écrivains se font de leur métier comme de leur rôle, sans parler du fonctionnement de l'édition et de la librairie. Les mots ont beau rester les mêmes (littérature, écrivain, oeuvre, lecture, etc.), les significations, elles, ont complètement changé.

    Dans ce recueil d'essais, François Ricard part de ce simple constat : si la littérature a longtemps occupé une place souveraine dans le monde, cette souveraineté n'est plus et ne sera plus, et il ne sert à rien de le regretter. Mais, du même souffle, paradoxalement, il réaffirme l'importance plus grande que jamais de cette littérature, à laquelle il se dit attaché par toutes les fibres de son être. C'est ainsi qu'après nous avoir ouvert les portes de son atelier d'écrivain, il nous entraîne dans une suite de « lectures au grand air », qui le conduisent de Séféris à Kafka, de Michel Déon à Malaparte, de Philippe Muray à Gabrielle Roy, de Marek Bi´nczyk à Fleur Jaeggy et Yannis Kiourtsakis.

    Car, pour Ricard, les oeuvres littéraires ne sont pas un objet d'étude mais un art de vivre, une manière de préserver et d'approfondir en nous le petit espace d'humanité et de liberté qu'il nous reste : « Écrire ou lire après la littérature, je crois, c'est accepter de vivre comme un fantôme au milieu des fantômes. Et continuer de faire confiance à la littérature, malgré tout. »

  • Au cours de l'année 1945, à quelques mois d'intervalle, paraissaient à Montréal deux romans qui devaient marquer profondément, l'un autant que l'autre, la littérature québécoise et canadienne : Le Survenant de Germaine Guèvremont, publié en mars, et Bonheur d'occasion de Gabrielle Roy, paru au mois de juin suivant.
    Au-delà de l'intention commemorative, les six articles rassemblés ici veulent susciter de nouvelles lectures de ces deux
    oeuvres majeures.

  • Après avoir dépouillé les abondantes archives de correspondance de Gabrielle Roy, François Ricard donne ici un modèle de biographie d'écrivain et surtout un portrait de femme qui atteint à ce qu'il y a de plus profondément humain en nous. «Tout écrivain devrait avoir la chance de trouver un François Ricard pour raconter sa vie, et pour la raconter avec un tel sens de la dignité et de l'ultime mystère de son sujet.» John Lennox, The Literary Review of Canada

  • Art mineur, la chronique mise sur la spontanéité. Il s'agit d'un exercice d'improvisation, propice aux divagations et aux humeurs. « De l'écriture de circonstance », pour reprendre les mots mêmes de François Ricard. Pourtant, ceux qui liront les chroniques rassemblées ici (et parues à l'origine dans la revue parisienne L'Atelier du roman) retrouveront, derrière la variété des thèmes et des prétextes dictés par l'actualité ou par le hasard des lectures et des rencontres, une remarquable constance. François Ricard est un chroniqueur qui pense en toute liberté, c'est-à-dire que sa pensée, quel que soit le sujet qui l'occupe, retrouve tout naturellement son lit, son sillon, celui de l'incroyance et du rire devant la splendide bêtise qu'apporte avec lui ce « temps loufoque » qui est à présent le nôtre.

    C'est ainsi que Ricard s'attaque tranquillement, selon l'inspiration du jour, aux festivals de toutes sortes qui nous tiennent lieu de vie culturelle, à la théorie littéraire et à la façon dont, dans les facultés de lettres, entre autres lieux, on cherche à se convaincre que la littérature n'est rien de plus qu'une imposture. L'histoire des gouverneurs généraux, le silence qui règne dans les forêts du mont Tremblant, le mariage gay, la niaiserie des médias ou le déferlement des « Néo-Retraités », tout lui est occasion de se moquer de l'époque, de dégonfler l'orgueil dont elle se pare et de jeter sa fausse note dans le concert d'approbation béate dont elle s'accompagne à peu près partout.

  • Pourquoi ce succès du bouddhisme en occident ? révèle-t-il une faille dans la civilisation occidentale, scientifique et technique, un besoin insatisfait ? nul n'était mieux placé que matthieu ricard, à la fois intellectuel occidental et moine bouddhiste, pour traiter cette question et d'abord exposer ce qu'est exactement le bouddhisme.
    Les considérations de jean-françois revel, tout en comportant de sérieuses réserves ou objections, retiennent la partie du bouddhisme qu'il estime acceptable et universelle, sa sagesse dans la conduite de la vie. elles mettent en lumière les échecs de la pensée occidentale, notamment la faillite des grands systèmes philosophiques et des grandes utopies politiques, qui peuvent expliquer la présente attirance des occidentaux pour une forme de sagesse à la fois très ancienne et très nouvelle.
    Voilà pourquoi et comment, à hatiban, au népal, dans l'isolement d'un site perché sur une montagne dominant katmandou, se déroulèrent, en mai 1996, les entretiens qui fournissent la substance de cet échange entre le moine et le philosophe.

  • A propos du Sénégal, ce n'est pas sans raison qu'on a adopté, pour désigner le pays, le même nom qu'on avait attribué au fleuve. Il nous suffit de parler du fleuve pour faire comprendre le pays.Dans la partie inférieure de son cours, le Sénégal offre une différence de niveau si faible, que dans les basses eaux le mouvement des marées se fait sentir jusqu'à Podor (à environ 140 milles marins de l'embouchure) et la salure de l'eau plus haut que Richard-Toll (à plus de 80 milles marins).Fruit d'une sélection réalisée au sein des fonds de la Bibliothèque nationale de France, Collection XIX a pour ambition de faire découvrir des textes classiques et moins classiques dans les meilleures éditions du XIXe siècle.

  • Il existe, dans les domaines français et anglo-saxon, une longue tradition de réflexion sur ce qu'on peut appeler l'art du roman. Curieusement, cette réflexion est rare au Québec. Les romanciers parlent volontiers de leur oeuvre ou de leurs projets, ou encore de la littérature en général, mais peu de l'art précis qu'ils pratiquent (les poètes, en cela, sont beaucoup plus prolixes).

    Pourtant, le roman constitue ici comme ailleurs une forme artistique majeure et il n'échappe en rien aux grandes questions - sur sa spécificité, son rôle, ses limites - qui partout se posent à lui. Mieux encore : à ces grandes questions s'ajoutent celles qui sont propres au contexte littéraire québécois comme aux conditions dans lesquelles s'exerce ici l'imaginaire romanesque.

    C'est pour répondre à cette lacune que l'équipe de recherche TSAR ("Travaux sur les arts du roman") de l'Université McGill a tenu, en mars 2011, une journée consacrée à la " La pratique du roman ". Ont participé à cette journée Nadine Bismuth, Trevor Ferguson, Dominique Fortier, Louis Hamelin, Suzanne Jacob et Robert Lalonde. S'ajoutent dans ce volume les contributions de Gilles Archambault et de Monique LaRue. Il était entendu que la réflexion des romanciers invités à cette journée serait la plus libre possible et qu'elle pouvait porter sur n'importe quel aspect de l'art romanesque, du plus singulier au plus général, la seule condition étant que cette réflexion soit celle non d'un critique, mais d'un praticien.

    Les textes réunis ici ont été écrits dans le cadre de cette journée, dont ils constituent le prolongement.

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