Littérature générale

  • Nécro

    François Engel

    • Fluo
    • 1 Janvier 2010






    Extrait :
    D’abord, nous vîmes la vieille. Ou plutôt une femme sans âge, en robe sombre et chemise rose fuschias. Elle tirait de l’eau à la margelle d’un puits faite de grande dalles de pierres sèches, posées à même le sol. Elle remontait une corde au bout de laquelle pendait une outre en peau de bique, pleine d’une eau boueuse dont elle remplissait un vieux bidon d’essence, tout en fumant un mélange de tabac et de quelque chose d’autre. Peut-être un de ces champignons que l’on trouve sur les crottes qui sèchent au milieu des armoises et de ces étranges cactus qui s’épanouissent comme des oursins multicolores et dont les amas ressemblent, de loin, à des mouchoirs fantaisie ou quelque vêtements féminins chamarrés qu’on aurait abandonnés sur la terre aride.
    La vieille avait un vieux fusil posé à-côté d’elle. Une espèce de pétoire à un coup qu’elle lorgnait avec inquiétude, lorsqu’elle nous vit arriver. On la sentait prête à bondir pour s’en saisir si nous faisions un geste hostile. C’est ce qu’elle fit presque lorsque le cheval de L.N., sans doute excitée par l’odeur de l’eau, fit une petite ruade vers elle.
    Mais avant qu’elle ne s’empare de son arme, un coup de feu claqua de quelque part dans les collines qui entouraient la combe où l’on se trouvait. La balle ricocha sur la margelle du puits dont un éclat blessa L.N. au visage. Il se pencha brusquement sur l’encolure de son cheval. Je crus qu’il avait été blessé. Mais ce n’était qu’une coupure sans importance. Il essuya le sang avec un mouchoir, tandis que de derrière des rochers, un homme se dirigeait vers nous, son fusil pointé devant lui comme dans un mauvais Western. La femme en avait profité pour prendre sa pétoire et nous braquait. Elle vociférait une espèce de sabir navajo-mexicain, en nous intimant l’ordre du bout de son arme de lever les mains. Ce que nous fîmes.

empty