• Par sa nature outrancière, la rhétorique trumpienne rompt avec les règles léguées par la longue tradition des théories argumentatives en Occident. Face aux prescriptions et aux dictats normatifs classiques, le 45e président américain détonne. De manière éclatante, il incarne tout l'opposé de ce que recommandent depuis toujours ceux qui ont fondé la rhétorique et qui ont réfléchi en la matière. Pourtant, chez un vaste auditoire qui compte des millions d'électeurs, ses injures fascinent et son style fait désormais école. Un peu partout en Occident, divers clones au talent varié prennent confiance en raison de la notoriété fulgurante du président américain.
    Ainsi commence cette histoire rocambolesque : si le 45e président américain a été élu, c'est précisément parce qu'il n'est pas présidentiable et que son argumentation est hors norme. Sa vulgarité, son arrogance pharaonique et son mépris pour le décorum sont bel et bien indissociables de sa gloire politique.

  • Notre époque, il faudra bien l'admettre, ne se satisfait plus des antiques mirages politiques d'autrefois. Nous voulons vivre à l'abri d'une nature déficiente et dans un monde aseptisé du mal radical.



    Le Tertiaire, ou la révolution des moeurs des 40 dernières années, véhicule l'espoir de séparer l'être humain du fardeau de sa nature encombrante, grâce à une diversité de moyens, comme l'interruption volontaire de la grossesse, la contraception orale, la chirurgie plastique, le culte pour la santé, les diètes rajeunissantes, les avancées de l'industrie pharmaceutique, le Botox, le Viagra, les pilules euphorisantes ou les calmants. Ce qui est visé, c'est le nettoyage symbolique du malheur dans l'univers mental du consommateur. En cela, notre monde est devenu incompatible avec la singularité de l'existence humaine.



    La manière dont l'écrivain français Philippe Muray (1945-2006) a su rendre compte de ces nouveaux dysfonctionnements et des illusions persistantes de notre monde, tel est le propos du présent ouvrage.

  • Ce collectif explore, en s'inspirant des perspectives critiques ouvertes par Nietzsche, la potentialité de la métaphore dans un usage ordinaire et pragmatique du langage. Il s'agit de déterminer en quoi une telle figure de construction, qui repose sur un singulier mécanisme d'analogie, facilite ou favorise la réflexion et la communication dans le cadre de textes à visée transitive, que ceux-ci relèvent de la philosophie, des sciences humaines, des sciences pures, de l'administration publique ou encore de l'essai.

  • Le dossier préparé par François-Emmanuel Boucher, Sylvain David et Maxime Prévost est à la fois inquiétant et excitant. Espionnage, complots, secrets d'État sont à l'honneur de ce numéro d'Études littéraires, qui nous propose une exploration de « l'imaginaire de la terreur ». Très finement, les auteurs soulignent que cette terreur peut être aussi publique que privée : ainsi pour exemple le totalitarisme du quotidien et de l'espace familial dans le très célèbre 1984 de George Orwell, mais aussi au sein de la littérature argentine (qui fait écho à la dictature militaire), et dans plusieurs oeuvres à tendances paranoïaques de la production contemporaine. D'autres textes reviennent sur l'âge d'or du roman d'espionnage, de Paul Féval à Ian Fleming en passant par Jules Verne et la culture pop des années 1960. Un numéro qui tombe à point dans notre ère où les démocraties occidentales ont remplacé la raison d'État par la « raison de sécurité ».

  • Ignoré par Hegel car "inutile", rejeté par Kant comme "vulgaire", le beau ordinaire se situe néanmoins à l'origine de la réflexion esthétique en Occident. Aujourd'hui, dans l'état de malaise, annoncé par Rancière, que connaît l'esthétique, cette zone grise du jugement du goût mérite une attention toute particulière. Ainsi, le beau ordinaire est-il exploré en tant que phénomène et catégorie, qui teste la cohérence de nos appréhensions du monde et, à ce titre, demeure à la fois le symptôme de la crise du sujet et sa raison d'être.

empty