• Vingt ans après le très touchant Un après-midi de septembre, où Gilles Archambault évoquait la disparition de sa mère, le romancier renoue avec le genre autobiographique pour tracer cette fois-ci une bouleversante chronique de la mort de sa compagne, celle qui a partagé sa vie pendant plus de cinquante ans.

  • Voici l'un des plus beaux romans de Gilles Archambault, où se retrouvent les grands thèmes de toute son oeuvre - nostalgie, solitude, tendresse teintée de dérision.

  • L'art de la nouvelle est un grand art. Surtout quand il est le fait d'un auteur qui, ayant beaucoup écrit, maîtrise pleinement son métier, connaît parfaitement l'univers imaginaire qu'il n'a cessé d'explorer à travers tous les livres qu'il a écrits et a découvert depuis longtemps le style et la voix qu'il est le seul à posséder. Trois pages, voire une seule page parfois, lui suffisent pour donner naissance à des personnages, construire une intrigue, évoquer tout un monde et toute une existence à travers lesquels se fait toujours entendre le « petit air » qui, tout en n'étant qu'à lui, se marie à celui que chaque lecteur, sans qu'il l'ait su jusque-là, porte au fond de lui-même comme la musique secrète de sa propre vie.

    Tel est bien le cas dans les trente-quatre nouvelles brèves que voici. Chacune raconte en quelques scènes, en un instant parfois, l'histoire à la fois pathétique et douce-amère d'un être à qui sa vie, ni héroïque ni médiocre, faite de ces choses toutes simples et fragiles que sont l'amour, le passage du temps, la joie et la souffrance, les rêves et les déceptions, a apporté ce qu'elle apporte toujours, au bout du compte : un mélange de bonheur et de désenchantement, le sentiment d'un échec et pourtant la conviction de ne pas avoir vécu en vain.

    Plus que jamais, Gilles Archambault est ici l'écrivain de l'intimité la plus poignante et la plus dépouillée, c'est-à-dire de cette inguérissable nostalgie et de cet émerveillement auxquels nul n'échappe dès qu'il se tourne vers soi-même et prête l'oreille...

  • Je suis devenu un vieil homme. La solitude qui est tombée sur moi, il m'arrive de la maudire. Si j'inscris dans un cahier bleu depuis une cinquantaine d'années des phrases extraites de mes lectures, ce n'est certes pas pour me rendre intéressant. Pendant des années, je n'ai parlé à personne de ma manie. Ces phrases que je retranscrivais m'étaient avant tout d'heureux souvenirs dont il n'était pas évident qu'ils fussent transmissibles. Ce qui ne m'empêchait surtout pas de les aligner avec gourmandise.

    Pourquoi ai-je décidé d'exhiber mon cahier bleu ? Bien modestement, en catimini, mais de le soumettre à un lecteur éventuel ? Je ne sais pas. Un écrivain n'écrit pas pour ses tiroirs. Il doit en être un peu de même pour ses notes de lecture qu'il n'a jamais montrées à personne. Il a tout à risquer. Puisque ses choix sont personnels, qu'il les a souvent tenus pour secrets. Avec l'âge, la discrétion s'en est allée. Du moins faut-il le croire. Peut-être.

    Gilles Archambault

  • Un vieil homme, auteur de romans cultivant l'autodérision, arrive à Saint-Malo sous une pluie battante. Il est veuf. S'il fait ce voyage, c'est à la fois par nostalgie et pour tromper sa solitude en se lançant, espère-t-il, dans l'écriture d'un nouveau livre. D'une jeune inconnue croisée à la gare, naît peu à peu un personnage, ou plutôt une esquisse de personnage, un début d'intrigue... Mais très vite, dans l'esprit du vieil homme, l'imagination est submergée par le souvenir.

    Des scènes de sa jeunesse, des lectures, des expériences, des rencontres, des visages resurgissent dans sa mémoire et composent peu à peu la trajectoire d'un homme qui a donné à la littérature l'essentiel de ses activités et de ses passions et qui, avant de partir, jette un dernier regard dans son miroir et tente de dresser le bilan de sa vie, sans mensonge comme sans illusion.

  • L'écrivain véritable est celui qui, un jour, a trouvé sa voix propre et ses thèmes de prédilection. Celui qui, un jour, a découvert le territoire qui allait être le sien et ne l'a plus jamais quitté, ne cessant de l'explorer en tous sens et d'en chercher inlassablement les significations, toujours fuyantes et cependant inépuisables.

    Ainsi en va-t-il de ce livre, dans lequel les lecteurs retrouveront l'univers, la sensibilité, le style qui font tout le charme de l'oeuvre de Gilles Archambault. Ils y goûteront de nouveau ce sens de la fragilité, cette conscience du temps évanoui, cette mélancolie mêlée d'émerveillement, cette ironie lucide et douce-amère. Mais surtout, ils découvriront dans ces « cent très brefs récits », sortes de poèmes narratifs dépouillés et concentrés à l'extrême, une autre facette de l'art de Gilles Archambault : sa maîtrise de l'ellipse, de l'allusion, du non-dit ; son habileté à suggérer des mondes et des destins à travers quelques phrases toutes simples où il s'agit, sans s'occuper de l'accessoire, de s'en tenir à l'essentiel d'une situation, d'un personnage, d'un souvenir.

    Une grande expérience de littérature. Une grande expérience de vie.

  • Jeunesse et vieillesse, amour et abandon, joie et souffrance, souvenir et oubli. Entre ces rives de l'existence, des êtres se croisent, se cherchent, parfois se rapprochent, parfois se perdent, découvrant toujours, au bout du compte, ce qu'ils savaient confusément mais n'osaient se dire : qu'ils ont besoin à la fois de s'aimer et de se fuir pour que la vie, en eux, continue de palpiter encore, et que le temps qui les emporte ne leur soit pas trop inhospitalier.

    Marcel a soixante-neuf ans. Il a tout connu de l'amour et se sait parvenu au-delà de toute aventure. Pourtant, il retrouve Marie-Ange, l'amie d'autrefois, qui l'accueille en ami. Près d'eux, Marin, le fils de Marcel autrefois délaissé, a du mal à trouver sa place dans le monde. Entre ces trois êtres va se tisser une étrange conversation, à travers laquelle il ne s'agit pas tant de tout se dire que de retrouver, pour chacun, le chemin de sa propre vérité, qui est aussi le chemin de la compassion et de l'acceptation de l'autre. Jusqu'à l'ultime réunion, jusqu'à l'ultime séparation.

    On aura reconnu, dans cette thématique, l'univers si particulier de Gilles Archambault, qui explore de nouveau ici, avec un art parfaitement maîtrisé, ces zones incertaines de la conscience où l'individu, placé face à soi-même et aux êtres qui l'entourent, aperçoit peu à peu, comme à travers une lumière mêlée de brouillard, la matière à la fois irremplaçable et infiniment fragile de ce qu'il est, avec, en filigrane, toujours, le sentiment de l'échec inexorable qui le guette. Tendresse et ironie, espérance et regret, temps qui passe et temps qui a passé, telles sont les rives entre lesquelles il erre, entre lesquelles nous errons tous.

  • « Tu pourrais te laisser croupir dans cette retraite. Le monde apprend à se passer de toi. Tu as tellement voyagé dans tes rêves que tes propos n'intéresseraient plus personne. Où en sont-ils, ceux que tu appelais jadis tes frères ? Par quelles lubies sont-ils maintenant habités ? Quoi qu'ils fassent, ils ne te convaincront jamais de te joindre à eux. Trop exigu est leur tombeau. » L'humour désespéré, la fascination du temps qui passe, la tendresse inévitable, autant de traits qui définissent sa manière. Les proses brèves et incisives de Stupeurs sont l'aboutissement d'une pratique qui a su délaisser l'agrément au profit de l'essentiel. Stupeurs est paru à l'origine en 1979.

  • Un homme. Une femme. Un défunt. Leur jeunesse est loin derrière eux. L'homme s'appelle Pierre-André; il a publié des romans pour happy few mais n'entretient aucune illusion sur la pérennité de son oeuvre. Sa femme, Marthe, avec qui il ne vit plus depuis des années, a été journaliste politique; elle aussi a passé l'âge des vanités et des désirs. Entre eux se tient Maxime, qui vient de mourir; il a été depuis toujours l'ami de Pierre-André, pendant dix ans l'amant de Marthe. Un peu à l'écart, pour faire contrepoint, deux jeunes gens : Éloïse, la fille de Marthe et Pierre-André, et Philippe, romancier en herbe, confident et admirateur de ce dernier. La matière centrale du roman tient en un seul jour (celui de la mort de Maxime), en un seul lieu (l'appartement de Marthe) et en une seule « action », qui à vrai dire n'en est pas une. C'est plutôt la longue, l'inépuisable remémoration, à travers les paroles, les silences et les petits gestes d'affection que s'échangent Marthe et Pierre-André, de tout ce qui dans leur passé - et dans leur lien avec le défunt - les a unis et éloignés, meurtris et ravis, et a fait d'eux ces êtres à la fois vibrants et désenchantés pour qui la vie maintenant s'achève, leur laissant un sentiment mêlé de victoire et d'échec, d'inutilité et d'inoubliable beauté.

  • Pourquoi écrivez-vous ? Très souvent lécrivain lignore. Pour ma part, jai toujours cru que je postais une lettre en espérant que quelquun, quelque part, serait prêt à la décacheter. Cette naïveté, acquise dès les débuts, ne ma jamais quitté. G. A. Paru à lorigine en 1963, Une suprême discrétion est le premier livre de Gilles Archambault.

  • « Je sais que je suis détruit », se dit un vieil homme qui se promène dans les rues de Montréal un jour de novembre. Détruit, on le devient peu à peu. Pour cela, il suffit de vivre. » Les dix-sept nouvelles qui composent ce recueil sont autant de variations sur cet unique thème, cette unique vérité que lauteur emprunte à Miguel Torga : « Exister, cest perdre, petit à petit. » Et perdre, cest être seul, de plus en plus. Pourtant, nul désespoir dans ces pages, pas même de révolte ni de cynisme. Plutôt, lacceptation lucide et modeste de linévitable, forme ultime de la dignité et de la beauté. Car chaque personnage a beau éprouver pour lui-même le sentiment (la certitude) de sa propre défaite et de la solitude grandissante où lexistence la jeté, cette défaite et cette solitude nempêchent pas que subsiste toujours, quelque part, une dernière lueur, une dernière tendresse, un dernier souvenir de bonheur. La destruction est inéluctable, certes, lironie de la vie est tantôt cruelle, tantôt risible, mais il arrive aussi que le naufrage ne soit pas sans douceur...

  • «Une démarche de chat» est une lettre qu'envoie un auteur vieillissant à une jeune femme, Ariane, qui partage avec lui une passion pour l'écriture. Convaincu que le goût des lettres est une façon de vivre, il tente de persuader son interlocutrice que la pratique de la création littéraire doit s'exercer avec constance et même obstination, sans le moindre espoir de reconnaissance. Suivre son chemin, advienne que pourra. Ce qui n'empêche surtout pas de peaufiner sa démarche. L'important étant la façon dont les choses sont dites. Le vieux romancier croit avoir découvert dans les nouvelles de sa correspondante un monde dans lequel il se reconnaît. Quelqu'un prendrait le relai.

  • Telle que la pratique Gilles Archambault, la nouvelle est l'art de faire tenir, en l'espace de quelques pages, l'essentiel d'une existence. Il faut donc trouver, de cette existence, le moment le plus révélateur, celui qui, si banal ou fugitif qu'il paraisse, contient la signification la plus dense, la plus profonde, la plus irrévocable. Et cette signification, l'exprimer - par le récit, le dialogue, l'allusion - de la manière à la fois la plus forte et la plus discrète qui soit. Les vingt-trois nouvelles contenues dans ce recueil sont ainsi comme autant d'aperçus, tantôt poignants, tantôt ironiques, qui cherchent à saisir, chez les êtres les plus ordinaires (un jeune athlète, un amoureux éconduit, un fils vieillissant, un quadragénaire désabusé, un passager d'autobus) et à travers des situations apparemment anodines (une conversation, une visite, une rencontre au hasard, un chagrin d'amour), l'intensité d'une émotion, d'une pensée, d'une détresse par lesquelles, tout à coup, toute la vie est illuminée, révélée, anéantie peut-être. Car d'une vraie nouvelle, écrite avec économie et justesse comme le sont celles-ci, le personnage ne sort jamais indemne. Non plus que le lecteur. L'on retrouvera ici la voix, l'univers, les grands thèmes qui composent l'oeuvre singulière de Gilles Archambault. Il y est question du temps qui passe inexorablement, du passé qui s'enfuit et ne s'enfuit pas, de la tendresse, des chassés-croisés de l'amour, des désillusions et de l'espoir sans cesse renaissant qui, entremêlés, forment la trame de toute vie.

  • Le Voyageur distrait, comme les autres romans de Gilles Archambault, nous surprend à ce point de déréliction que touche l'expérience humaine quand, un jour ou l'autre, elle est forcée de reconnaître que les buts, les actions, ne peuvent satisfaire à sa demande. Nous voilà désemparés, privés de tout et d'abord de nous-mêmes. Parmi les écrivains québécois de la parole, Gilles Archambault occupe une place singulière. D'autres l'ont appelée, célébrée, à grands éclats de voix : lui, il la fait entendre dans le discours même qui en dit la vanité.

  • Le temps qui passe, le temps qui est passé. Et les charmes d'une écriture tout en nuances, en cris retenus, intime et ironique à la fois, d'une justesse parfaite.

  • « Quand une personne meurt, elle emporte avec elle tant de secrets qu'elle apparaît avec le temps comme de plus en plus impénétrable. Ma mère est morte, l'automne dernier. Elle s'en est allée avec une partie de ma mémoire.

    « C'est un peu pour chercher à voir clair en moi que j'entreprends la rédaction de ce petit livre. Depuis l'enfance, je n'ai cessé de me poser des questions sur les raisons de mon existence. Les réponses, je ne les trouverai jamais. Ma mère toutefois m'était un rempart contre l'absurde. C'était d'elle que j'étais né un après-midi de septembre. »

  • Après les Chroniques matinales (Boréal, 1989) et les Nouvelles Chroniques matinales (Boréal, 1994), voici que Gilles Archambault nous offre un troisième recueil des petits textes qu'il a pris l'habitude de venir lire, le matin, à l'émission CBF-Bonjour de Radio-Canada. Nous les avons écoutés, et nous les relisons ici, avec une sorte de ferveur et d'amitié. II n'y est question, nous semble-t-il, que de choses tout à fait ordinaires : une rencontre, une scène de rue, un être étrange aperçu par hasard, une impression, un souvenir. Et pourtant, nous nous sentons concernés, touchés au plus intime de nous-même. Car, parlant de lui, de sa famille, des hasards de sa vie et de ses pensées, l'homme parle en même temps de nous. Dans son ironie et sa tendresse, dans l'amusement et la douleur que lui inspire l'existence, nous reconnaissons aussitôt une parole fraternelle, proche de notre conscience la plus simple et la plus lucide, celle qu'il nous arrive d'avoir lorsque nous regardons en nous-même honnêtement, sans complaisance ni fausse modestie, sans révolte et sans orgueil, en tâchant tout simplement,comme lui, de voir ce que nous sommes, à la fois anges et bêtes, risibles et touchants.

  • « Gilles Archambault est un écrivain délicat dont l'humour n'est jamais vulgaire. Il sait rendre le pathétique d'une vie de raté sans pour autant réduire l'homme au rang de la triste bête. » Jean Éthier-Blais, Le Devoir

  • Un regard doux-amer sur l'existence, le dialogue à la fois douloureux et amical des générations; les lecteurs retrouveront ici cette qualité d'émotion qui fait la beauté et le prix de l'oeuvre de Gilles Archambault.

  • Jacques a soixante-cinq ans, bientôt soixante-dix. Il est garçon de restaurant, métier qu'il a choisi faute d'ambition mais auquel il s'accroche à présent comme au seul moyen qui lui reste d'oublier ce qui vient. Et d'oublier un peu ce qui a été, cette unique passion pour une femme maintenant disparue. Mais qu'il se trouve au milieu de ses clients et de ses collègues ou aux côtés des êtres qui l'entourent de leur jeunesse ou de leur affection, il n'oublie rien. Ni la mort qui s'approche. Ni l'amour qui s'éloigne. Roman de l'âge inexorable et de la nostalgie, empreint d'une lucidité que seul l'attachement à l'ultime amour préserve du désespoir, voici un livre grave et tendre à la fois, écrit sur ce ton d'intimité, d'émotion retenue et d'ironie mêlée de compassion qui donne à la voix et à l'univers de Gilles Archambault leur caractère si unique, si personnel, et cependant si proche de chacun d'entre nous.

  • Vient un temps dans la vie où le présent na presque plus de poids et où lêtre ne possède rien de plus précieux ni de plus sûr que le souvenir de ce quil a été, de ce quil a vécu et de ce quil a perdu. Ghislain, un vieux comédien solitaire et à peu près oublié, a décidé de réunir quelques-uns de ses amis de longue date pour un repas au restaurant. Il y aura là Marie-Paule, lancienne maîtresse restée proche de lui, Yves, le romancier, Luc, le marginal, la jeune Annie, fille dun ami disparu. Et bien des fantômes. Quattend Ghislain de ces témoins de son passé, que veut-il leur annoncer, quespère-t-il revivre en leur compagnie, personne ne le sait. Mais tous, sous le coup de cette invitation, sont amenés à penser à lui, à reparcourir eux aussi leur propre existence et à éprouver pour eux-mêmes la fuite du temps, lapproche inexorable de la fin.

    Cinq personnages différents qui prennent tour à tour la parole ; huit séquences échelonnées sur une seule journée, de dix heures du matin à minuit ; une attente qui se met progressivement en place : ce roman est construit avec la rigueur et la simplicité dune pièce de théâtre.

  • Vient un temps où l'existence d'un être n'est plus faite que de souvenirs, d'amours anciennes et de retrouvailles avec son passé, éclairés çà et là par des moments de grâce et de lucidité d'autant plus précieux qu'ils ne reviendront plus. C'est ce qu'illustrent à merveille ces vingt-quatre nouvelles, qui sont comme autant de variations autour du même thème, de la même interrogation : qu'est-ce que vivre ? Qu'est-ce qu'avoir vécu ? Que reste-t-il de la passion amoureuse, de l'amitié, de l'attachement filial, une fois que le temps a commencé son oeuvre d'effacement et de rehaussement de tout ce qui a eu lieu ? Avec une sensibilité et un art qui n'appartiennent qu'à lui, mariant l'attendrissement à l'ironie, l'émotion à la désillusion, Gilles Archambault nous invite de nouveau dans son univers imaginaire peuplé d'hommes et de femmes qui, connaissant tantôt la souffrance, tantôt le bonheur, font de leur mieux pour saisir ce que la vie leur apporte et échapper - pendant combien de temps encore ? - à ce qui les attend. Comme nous.

  • Malgré la présence amicale, la chaleur familiale, « [j]e me sens en exil », a écrit Gilles Archambault dans "Qui de nous deux ?" (Boréal, 2011). Ce sentiment, créé par le décès de sa femme, est celui qui donne son rythme à "Sortir de chez soi". L'auteur y déambule dans le quartier McGill parce que sa maison - leur maison - abrite un silence invivable, bien que le passage du temps, comme un train, semble en avoir fait tomber les murs. Dès lors, dedans, c'est comme dehors, car « [j]'ai beau sortir de chez moi, je ne sors pas de moi. » Fuyant ainsi les souvenirs trop prégnants, il est rattrapé par eux au détour des rues.
    Il ne quittera pas pour autant cette maison qu'il voit comme « [s]on dernier ancrage terrestre », car il est « de ceux qui restent ». Il constate toutefois que la rue McGill érige toujours ses vieux bâtiments « d'allure britannique » qui « inspirent [...] un sentiment de crainte », de même qu'elle offre au désir « [c]es jeunes femmes qui prennent une glace aux tables du Van Houtte » et que, eux comme elle, « lui survivront ». Pourquoi marcher, alors, sinon pour hanter le passé qui lui « tient de plus en plus lieu d'avenir » ? La réponse viendra de la jeunesse des carrés rouges, dont il épousera dans la rue le mouvement, ravivant ainsi le souvenir de sa femme en une action qui le fasse sortir de lui-même.
    Cette sortie, elle apparaît également possible au détour d'une pensée : celle que, « enregistrer le présent, nourrir ainsi à peu de frais [s]a passion de la vie », pourrait se réaliser s'il prenait des photos - lui qui, comme il le confie, n'a jamais même possédé d'appareil. Or, le livre offre à son auteur et au lecteur une réelle sortie dans le quartier McGill grâce aux photographies de Erika Nimis qui accompagnent magnifiquement le texte en lui ouvrant de nouvelles avenues.

  • Pendant près d'un demi-siècle (1920-1970), Montréal a été un centre névralgique du jazz en Amérique du Nord. Le légendaire nightlife de la ville et l'abondance de travail qu'il offrait attiraient des musiciens de tout le continent. Dans ce livre, John Gilmore décrit l'effervescence culturelle de cette époque. Il nous transporte à Montréal, après la tombée de la nuit, dans les lieux mythiques aujourd'hui presque tous disparus où ont vécu et joué les Myron Sutton, Johnny Holmes, Oscar Peterson, Louis Metcalf, Steep Wade, Maury Kaye et René Thomas.

    Dans cette contribution fondamentale à l'histoire du jazz, on découvre que les Noirs américains venus s'établir à Montréal au début du XXe siècle ont largement contribué à la culture populaire nord-américaine. Gilmore souligne qu'au-delà des réalisations individuelles des musiciens, la production du jazz a été profondément influencée par des facteurs politiques, sociaux et économiques : la prohibition et la ségrégation raciale aux États-Unis, l'essor économique - notamment du secteur ferroviaire - de Montréal puis la Grande Dépression des années 1930, la Seconde Guerre mondiale, le « nettoyage » de la ville et la renaissance de la « moralité civique » des années 1950 et, enfin, l'émergence de l'indépendantisme québécois.

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