• Comment expliquer ces focalisations du désir, par lesquelles des individus si différents les uns des autres, sans s'être concertés, formulent les mêmes envies ? À lire les médias qui accordent une attention grandissante à ces phénomènes, tout se passe comme si les choix du plus grand nombre - du prénom de l'enfant jusqu'à la forme des gâteaux - étaient désormais régis par une autorité aussi puissante que capricieuse : la mode. Sous leur apparence frivole, les tendances posent quelques-unes des questions les plus sérieuses de la sociologie. Car les comprendre, c'est percer les mécanismes de l'imitation, de la diffusion des goûts et du rôle de marqueur social qu'ils peuvent jouer. C'est surtout analyser l'articulation entre l'individu et le corps social.

  • Si les sciences sociales éprouvent tant de difficultés à penser l'antisémitisme, c'est qu'il n'est pas aisé de comprendre un phénomène dont elles sont parties prenantes. Au XIXe, comme au XXe siècle, l'antisémitisme est indissociable de l'histoire des sciences humaines. Voilà pourquoi la sociologie ne permet pas toujours de comprendre l'antisémitisme. Mais l'antisémitisme, en revanche, permet de mieux comprendre la sociologie.

  • La meilleure façon de saisir une société, c'est de comprendre ses obsessions. La nôtre est obsédée par la célébrité. Ce livre cherche à comprendre pourquoi, et comment, la notoriété est devenue un objectif suprême. À cet égard, il s'est produit plus qu'une évolution : une révolution. Comment le narcissisme a-t-il pu ainsi triompher de l'humilité ? Certes, jadis, la gloire était encensée. Mais la célébrité n'est pas la gloire, les people ne sont pas des héros. Tenter de saisir cette rupture, c'est saisir la nature de notre époque.
    Pourquoi les people suscitent-ils autant d'attrait ? Leur présence dépasse aujourd'hui de loin la presse spécialisée. Ils ont envahi Internet, et même les journaux les plus sérieux se penchent aujourd'hui sur leur sort. Alors que les people ne sont célèbres que pour leur célébrité, l'attention dont ils bénéficient ne cesse de croître. Cet essai vise à comprendre un tel paradoxe. Pour ce faire, il convoque un univers bien éloigné de celui de Nabilla et de Justin Bieber : celui des sociologues qui, de Weber à Simmel, se sont attachés à expliquer la modernité. Car les people constituent le parfait résumé de notre époque.
    Comprendre le rôle qu'ils jouent auprès de nos contemporains permet de mieux comprendre notre société. Ce nouveau culte de la célébrité pour elle-même révèle la condition des anonymes, depuis l'individualisme contemporain jusqu'au consumérisme. À travers le people, c'est le peuple qui est éclairé.

  • Dans nos sociétés compassionnelles, la charité aspire à remplacer la solidarité, l'exception se substitue à la règle et l'émotion prend le pas sur la raison. Comment la cause de la victime en est-elle donc venue à servir l'injustice ? (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2006.)
    Que resterait-il de l'actualité s'il n'y avait plus de victimes ? Il suffit de jeter un coup d'oeil à la télévision pour s'en rendre compte : du journal télévisé aux émissions de divertissement, la souffrance fascine et occupe le devant de la scène. Pourtant, on aurait tort de réduire cette omniprésence à une simple mode médiatique. Car c'est le signe d'une évolution profonde de nos sociétés démocratiques : autrefois, les victimes avaient honte de leur condition, aujourd'hui la reconnaissance de ce statut est devenue un enjeu, donnant naissance à une nouvelle catégorie sociale. Autour des victimes, un consensus compassionnel s'est mis en place, par lequel les médias, les politiques, les ONG et certains intellectuels apportent à une opinion publique consentante son lot quotidien de souffrances. C'est cette alliance objective qui façonne notre " société des victimes ". Pourquoi un monde qui n'a jamais semblé aussi inégalitaire, individualiste et cruel se soucie-t-il autant des victimes ? C'est ce paradoxe que propose d'explorer cet ouvrage incisif. Au sein du consensus compassionnel, la charité aspire à remplacer la solidarité, l'exception se substitue à la règle, l'émotion prend le pas sur la raison et l'instrumentalisation de la souffrance se traduit de multiples manières : des enjeux politiques biaisés et pervertis, une justice kidnappée par la victime, une rivalité mimétique incessante entre les communautés... La cause de la victime en est venue à servir l'injustice. Et le victimisme menace désormais l'humanisme. (Cette édition numérique reprend, à l'identique, l'édition originale de 2006.)

  • La mode ne donne pas simplement du bonheur aux uns et des soucis aux autres, du travail à beaucoup, des obsessions à certains ; elle peut également être matière à pensée. La chose pouvait-elle surprendre ? Probablement pas, car, à bien y songer la mode se situe au carrefour des obsessions du contemporain. La mode c'est à la fois le corps et l'argent, la matière et le rapport à l'autre. Le développement de la mode accompagne celui de l'Occident et l'épanouissement de la modernité. Réfléchir sur la mode nous oblige à revenir sur ce qui nous a fait moderne. Un parti pris a présidé à la confection de cet ouvrage: accueillir la plus grande diversité possible de discours relatifs à la mode. Il s'agit donc d'un « mélange ». On y trouvera un panorama très large de textes inédits ou d'articles difficiles à trouver, consacrés à la mode ; des contributions et des commentaires de sociologues, d'historiens tels que Nietzsche, Montesquieu, Jean Baudrillard, Gilles Lipovetsky, Anne Gotman, Patrick Pharo, etc. ; des entretiens avec des couturiers (S. Rykiel, G. Yurkievich...) ; des textes d'écrivains (Proust, Pérec, Leopardi).
    La plupart de ces textes retiennent de la mode sa traduction vestimentaire, car le vêtement incarne parfaitement la mode, « il lui colle à la peau ». On pourra se demander si la mode est une chose frivole. Il se pourrait que la mode ne soit pas aussi légère qu'on le dit. Cocteau la disait grave, puisqu'elle mourrait jeune.

  • Les tendances sont tendance. Ce qui constitue la mode n'a jamais autant intéressé les hommes. Le royaume du changeant s'est en effet considérablement agrandi : jadis cantonné aux placards et aux dressings, il dépasse aujourd'hui largement le cadre de notre garde-robe. Les tendances - ces focalisations collectives autour d'un goût ou d'une couleur - régissent des pans entiers de notre vie. La mode commande désormais à la gastronomie, aux loisirs, à l'art comme à la télévision.
    Cet ouvrage se propose d'explorer le monde des tendances. Car si l'on s'efforce de les suivre, on prend généralement peu de temps pour les comprendre. Pourtant, à la multiplicité des tendances s'ajoute la diversité des interprétations et des utilisations dont elles font l'objet. De quelle manière les entreprises de luxe et leurs créateurs parviennent-ils alors à capter les tendances ? Suivent-ils ou créent-ils la tendance ? La création doit-elle, d'ailleurs, se cantonner à cette dualité de choix ?
    La mode des tendances se propose de répondre à ces questions, avec un seul parti pris : accueillir la plus grande diversité possible de discours relatifs aux tendances. L'ambition de cet ouvrage est de donner rendez-vous à l'esprit curieux en réunissant théoriciens et praticiens des tendances, venus de l'univers des parfums mais aussi de la mode, des cosmétiques et de la gastronomie.

empty