• En France, les promoteurs du multiculturalisme imputent les tensions avec la communauté d'origine et de culture musulmane à une « islamophobie » qui serait comme le reliquat des conflits coloniaux. Or, il y a longtemps qu'en France, les guerres de religion n'ont plus cours. Derrière les drames suscités par les attentats terroristes, derrières les exaspérations des uns et des autres, le ressort de l'antagonisme entre l'Islam et le monde judéo-chrétien n'est pas d'abord de nature religieuse et politique. C'est dans une strate spirituelle plus profonde qu'il faut chercher la raison de cette antinomie : il s'agit de ce que les philosophes, avec Hegel, ont appelé les « moeurs », qui encadrent et commandent les conduites et les activités de l'existence, et qui règlent en particulier les relations entre hommes et femmes et parents et enfants. Elles sont ce pour quoi une personne reconnaît comme son semblable celui qui partage ses moeurs et que lui apparaît comme un étranger celui qui lui donne à voir des moeurs inconnues qui le dérangent, l'inquiètent ou l'horrifient. Tout l'intérêt de cet ouvrage est de procéder à un inventaire rigoureux de ces oppositions de moeurs, impensées et inconscientes, car c'est certainement par une connaissance plus approfondie d'elle-même que la société française, et sans doute européenne, pourra sortir par le haut de cet antagonisme mortifère. C'est la conviction de l'auteur, qui estime, à la suite de Claudel, que le pire n'est pas toujours sûr.

  • L´autisme n´est pas un déficit mental irréversible. Les observations les plus récentes des cliniciens ont permis à l´auteur d´établir que les autistes sont arrêtés au stade primordial de la vie, dominé par les sensations, stade où déferlent en permanence sur le nourrisson des flots d´excitations anarchiques et insensés.
    Pour émerger de cet état primitif et accéder à l´espace plus élaboré des perceptions, l´autiste attend seulement d´être relancé dans la dynamique du langage à laquelle les autres enfants sont introduits spontanément, sans difficultés majeures.
    Le défaut de communication, expression la plus manifeste de l´enfermement de l´autiste, révèle alors qu´il peut être corrigé et le contact avec l´entourage restauré. Mais il faut pour cela avoir reconnu la nature des processus psychiques qui régissent normalement les premiers échanges entre le nourrisson et les parents, afin d´identifier le type de court-circuit qui, à un moment donné, a coupé l´enfant de la possibilité du partage.
    Redonner leur sens aux conduites aberrantes et souvent rebutantes des enfants autistes et, à partir de là, comprendre pourquoi ils ont échoué dans la relation vitale à autrui est aujourd´hui l´approche la plus respectueuse des sujets prisonniers de cette condition douloureuse, en même temps que la seule véritablement susceptible de les réintégrer dans la communauté humaine.

  • Quelle prise en charge pour l'enfant autiste ? Les parents, qui bien souvent ne connaissent ni les principes ni les effets des trois approches dominantes de l'autisme, sont tragiquement démunis face à cette question.
    Aujourd'hui, le comportementalisme tient le haut du pavé. Avec lui, on espère obtenir ? et on obtient quelquefois ? une adaptation minimale à l'espace social ordinaire : prise des repas, hygiène corporelle, utilisation des transports, conduite dans les lieux publics. Mais au prix de quelle violence ? de quelle dénaturation de l'enfant ? À l'inverse, le « non-agir » initié dans les Cévennes, il y a près d'un demi-siècle, par Fernand Deligny défend l'idée que les autistes, représentants d'une humanité primitive, doivent être, comme les peuples premiers, respectés dans ce qu'ils sont et préservés du monde « civilisé », au risque d'être laissés à leur condition native.

    La psychanalyse, repensée, réinventée, libérée des pratiques obsolètes, propose une troisième voie. Substituant une clinique du regard à celle de l'écoute et donnant la priorité à l'accueil et au « tissage » quotidien, elle entreprend d'amener l'autiste non pas à nous mais à lui-même, afin de faire apparaître, à terme, un enfant qui ne soit pas seulement présentable, montrable, mais, comme les autres, « rêvable » par ses parents.
    Telle est assurément la sortie de l'autisme ? respectueuse de l'enfant ? qu'on est en droit d'attendre aujourd'hui.

    Création Studio Flammarion Couverture : Photo © iStockphoto / Marcin Pawinski

  • Ce livre met en lumière un visage inconnu de l´enfant autiste. Si cet enfant n´est jamais entré dans le « monde des gens », c´est qu´il a été frappé d´une indicible peur devant son étrangeté et médusé par sa beauté. Cette révélation rend la figure du petit garçon ou de la petite fille hors du temps et hors d´atteinte tout à coup moins énigmatique.
    C´est non seulement cette rencontre manquée avec l´Autre que Henri Rey-Flaud nous fait découvrir, mais encore les stratégies savantes mises en oeuvre par l´enfant pour ne pas être submergé par le réel, ni emporté par la dynamique du langage : ainsi Sarah accrochée à son coquillage-fétiche ou Antonio maniant son miroir, lieu de sa disparition et de sa renaissance. Que ces défenses soient insuffisantes à contenir sa peur, c´est ce dont témoigne la façon qu´il a de murer son regard, sa voix et son corps. Une rétention, quelquefois totale, difficile à soutenir pour les parents. Mais la forteresse dans laquelle il se replie n´est pas vide : un guetteur veille en permanence, attentif à l´Autre redouté et, on ne le sait pas, souvent attendu. Son visage « partagé par le milieu », selon la formule d´un patient, un oeil tourné vers l´intérieur et l´autre vers le monde, exprime cette contradiction. Le lien subtil ainsi maintenu avec la communauté des hommes montre que de telles conduites de retrait ne sont pas l´effet d´une incapacité mais d´un refus résolu qui invalide la mise en cause brutale des parents, avancée par les premiers spécialistes.
    L´enfant autiste présente une figure inédite du « non-agir » promu par les sagesses orientales, qui détermine son rapport paradoxal à la « normalité » et montre que la guérison, dans son cas, signifie rompre le charme, lever l´enchantement qui le tient prisonnier.

  • C'est le philologue Gaston Paris qui inventa, vers 1880, l'expression amour courtois pour désigner l'érotique révélée par les littératures des XIIe et XIIIe siècles. Érotique marquée par le respect pour la dame et une savante élaboration du désir masculin - premier « art d'aimer », crut-on, de l'Occident émergeant de son long voyage au bout de la nuit. On a voulu voir dans la fin'amor des troubadours le fin du fin de l'amour, au risque de méconnaître que cet art d'aimer était en vérité une technique subtile de ne pas aimer. La permanence de la courtoisie atteste qu'elle n'est pas l'accident d'une culture. Aussi convenait-il de rechercher l'âme de ces textes. Surprise de cette enquête : la clef de l'amour élaboré dans la « chambre des dames » au XIIIe siècle est délivrée au début du nôtre sur un divan de Vienne où Freud reçoit d'un jeune juriste le récit de l'étrange attachement qui le lie à « une dame qu'il vénère mais n'aime pas vraiment ». Le Journal de l'Homme aux rats se découvre comme une autre page éblouissante de l'érotique courtoise marquant la place incontournable de la transgression dans le devenir de l'homme.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Ce livre renouvelle la représentation psychanalytique du psychisme humain en corrigeant la conception classique, fondée sur le refoulement. Il jette un nouvel éclairage sur les derniers textes de Freud, en dégageant le rôle d'une opération inédite que Kant avait pressentie sous le nom de « mensonge intérieur » et que Lacan allait appeler le « démenti ».
    Ce processus, peu connu, jusqu'ici réservé à la perversion, produit chez le sujet, à l'économie de tout travail inconscient, un clivage entre sa croyance et la réalité exprimé par la phrase canonique : « Je ne comprends pas de quoi vous me parlez. » Un peu comme si coexistaient chez lui tout à la fois la folie et le bon sens, Don Quichotte et Sancho Panza. Freud, sur l'Acropole d'Athènes, fit l'expérience de ce vécu étrange d'où il tira des conclusions fascinantes qui ébranlèrent les deux piliers fondateurs de sa théorie : le refoulement et l'inconscient.
    À la lumière de cas cliniques passionnants, Henri Rey-Flaud nous entraîne au plus profond de la « crypte » obscure où se jouent ces conflits ignorés, et nous montre comment, dans l'histoire contemporaine, les relations humaines ont été affectées par cette aptitude secrète à démentir la réalité lorsque celle-ci vient menacer les enjeux vitaux de l'individu ou de la société.

  • Dans un temps qui est celui du culte de la performance, de la rentabilité, de la marchandisation extrême, le sujet autiste atteste, d'une manière peut-être exemplaire, en étant là sans y être, le " pour rien " de chaque existence, l'inutile et le non-évaluable. C'est pourquoi, il nous interroge - lui qui ne pose aucune question - sur ce qui constitue un monde humanisé, donc un monde tout simplement.
    Cet ouvrage porte son attention, non sur l'autisme comme objet de savoir, mais sur les enfants autistes qui, retirés dans un autre monde, sont des sujets qu'il faut pouvoir comprendre pour dresser quelques passerelles entre eux et nous.

  • A l'heure des attentats terroristes et des répressions sauvages auxquelles ils donnent lieu, à l'heure des déchaînements de violence dans les cités perpétrés par des jeunes qui ont la haine , la notion freudienne de Pulsion de mort est plus que jamais d'actualité. Y a-t-il au fond de l'homme une pulsion, irréductible, à l'agression, au meurtre, à la destruction ? Comment la société peut-elle alors réagir s'il apparaissait que cette tendance démoniaque soit inscrite dans la nature de l'individu ? La prise en compte de la pulsion de vie antinomique, présentée par Freud comme solidaire de la première, peut permettre de répondre à cette question, en établissant que chacun de nous est soumis en réalité à ces deux instincts qui se sont trouvés à un moment liés . En cas de dénouage de ces deux éléments, la pulsion de mort se déchaîne, donnant alors le tableau que nous connaissons des attentats suicides ou de la violence des cités. Cet ouvrage rend compte des Journées de Castries (organisées sous l'égide du CRL Languedoc-Roussillon) qui rassemblent depuis quatre ans des philosophes, des psychanalystes, des représentants d'autres disciplines pour traiter d'une question fondamentale en rapport direct avec l'actualité. Michel Plon, psychanalyste (Paris), rédacteur à la Quinzaine littéraire, membre du comité de rédaction d'Essaim ; Henri Rey-Flaud, psychanalyste, professeur à l'université (Montpellier).

  • Sur le principe que la passion de la vérité a toujours rendu fous ceux qui prétendaient détenir le sens du monde (Hitler comme Schreber nous apportent ici leur témoignage), la philosophie et la psychanalyse ont, chacune dans leur champ, subverti le statut de la vérité en découvrant d'elle un nouveau visage : celui d'une vérité pure et sans contenu, solidaire d'un homme sans qualité référé au « signe privé de sens », évoqué par Hölderlin, en écho anticipé au signifiant primordial, identifié par Lacan, auquel l'analysant à la fin de sa cure est appelé à s'assujettir. Michel Plon, psychanalyste (Paris), rédacteur à la Quinzaine littéraire, membre du comité de rédaction d'Essaim et Henri Rey-Flaud, psychanalyste (Montpellier) auteur de plusieurs ouvrage dont Le démenti pervers (Aubier, 2002)

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