• Miroir de la solitude, roman de l'errance nocturne, La Nuit de Londres montre un promeneur qui serait normal s'il n'allait pas la nuit à la rencontre d'un autre homme qu'il connaît bien, trop bien peut-être.

  • "Qui a vécu aux États-Unis se souvient du timbre des sonnettes là-bas; quelques notes très douces, musicales, tranquilisantes; elles ne réveillent pas les enfants. Ainsi s'annonçait John Perkins, tard dans la nuit. Une petite halte en passant, le temps de dire, presque à voix basse, qu'il n'en pouvait plus, qu'il n'avait pas dormi depuis... Je connaissais sa situation; elle ressemblait à beaucoup d'autres, en somme, mais lui, qu'il était singulier !
    Puis ces visites ont cessé, et c'est alors qu'il ne m'a plus quitté, tout un hiver. [...]
    Il me semble maintenant que le romancier n'a d'autre liberté : celle d'un intense scrupule au sein de l'inévitable." Henri Thomas.

    Prix Médicis 1960

  • "J'ai beaucoup de mal à me revoir dans cet emploi de précepteur, fort précaire, au foyer d'un marchand de voitures, boulevard Jourdan, vers 1938. Peu d'argent, peu d'amis dans Paris, et l'instabilité générale (qui n'épargnait pas le marché automobile), la glissade vers la guerre. Cela encore - l'inquiétude, un certain comique des mauvaises surprises - je parviens à le ressaisir. Ce que je retrouve très difficilement, par contre, c'est l'essentiel du Précepteur : la joie qui m'a permis d'écrire ce livre, l'élan qui me faisait alors traverser les difficultés comme des cerceaux de papier. Un clown ? Quelqu'un d'assez risible par moments, un étourdi, un rêveur éveillé, horriblement craintif et avide à la fois. Il est naturel que l'un des trois récits dont se compose le livre ait trait aux années de collège. Le précepteur des enfants Chavanet est resté, par bien des traits, l'adolescent exalté qu'il était dans mon premier livre (Le seau à charbon).

    Les notes éparses sur lesquelles s'achève Le précepteur sont les témoins d'une joie, d'une légèreté, par moments intenable : il fallait l'user, la malmener, la perdre, arriver enfin au désert."
    Henri Thomas.

  • "S'il existe parmi nous des hommes, des femmes, pour qui la vie et la mort ne sont pas ce qu'elles sont pour nous, des êtres à qui manque, si l'on veut, notre sens de la mort et de la vie, ou qui possèdent un autre sens, tout aussi peu définissable que le nôtre, sinon que là où nous ressentons menace, vertige, négation, ils sont aussi loin de nous qu'un arbre ou qu'une pierre, qu'adviendra-t-il à celui qui, n'étant pas entièrement comme ceux-là, ne peut ni les fuir s'il les rencontre, ni les rejoindre tout à fait dans leur tranquillité sans nom ?" Henri Thomas.
    Prix Femina

  • Pierre Bioncourt, en vacances à Bordeaux avec son amie Suzanne, reçoit une lettre lui donnant quelques détails sur les circonstances où l'un de ses amis, Claude Sorge, a trouvé la mort plusieurs années auparavant. Claude Sorge était lieutenant en Tunisie ; il a péri au cour d'une baignade sur une plage du golfe de Gabès. La lettre révèle aussi que quelques années plus tôt Claude Sorge avait eu un accident d'auto assez grave. Un certain docteur Praince, de Bordeaux, l'avait sauvé.
    En réalité Claude Sorge n'est pas mort ; il a déserté, et pas seulement déserté le régiment, mais son nom, sa vie, son être. Il tient maintenant un café-dancing dans un petit village du littoral corse, et s'appelle Sabatini. C'est là qu'un hasard - du moins Pierre le croira d'abord - les conduira lui et Suzanne. Le docteur Praince, qu'ils ont vu à Bordeaux, n'était pas sans savoir, lui, que Claude Sorge n'était pas mort, il savait même beaucoup d'autres choses, et ce n'est pas sans raison que Suzanne le haïra.
    Sabatini est beau ; cela lui est probablement égal ; sous ses apparences d'homme vigoureux et actif, on pressent un esprit lucide et une bien singulière méchanceté. Suzanne s'éprend de lui, comme l'avait prévu et souhaité le docteur Praince. Mais un accident d'auto mortel (un suicide ?) met Sabatini -Sorge au-delà de toute atteinte. Le docteur Praince viendra, afin d'effacer la dernière trace, brûler la croix de bois qui marquait sa tombe isolée (les villages corses n'ont pas de cimetière). Pierre se séparera de Suzanne et s'en ira en Amérique, non pas en fuyard, mais désigné (sans doute) pour la solitude.
    On verra, c'est possible, dans ce roman, une philosophie et surtout une critique de l'évasion.

  • La relique

    Henri Thomas

    "À l'origine de ce roman un peu policier, un peu théologique, il y eut un 'fait divers' de quelques lignes que l'on retrouverait, en cherchant bien, dans un quotidien du soir vieux de cinq ou six ans. Le vol, dans une église de la capitale, d'une relique sans valeur marchande est un fait assez étrange. Il est cependant passé, si j'ose dire, remarquablement inaperçu.
    C'est cela justement qui m'a d'abord intrigué ; il y avait là quelque chose de provocant pour l'imagination aussi bien que pour la réflexion. On verra dans quels singuliers problèmes je suis tombé, en suivant sans malice ma pente au sujet de cette parfaite disposition de la relique de saint Edry qui s'écrit encore Ettri ou Hedderi , et fut peut-être Ettericus, évêque des temps mérovingiens.
    Sommes-nous moins naïfs, moins rusés, moins barbares que les ouailles de ces temps-là ? La grande et la petite histoire sont poreuses à certaine lumière qui s'intensifie çà et là, au foyer de quelques gestes. Le vol de cette relique est l'un d'eux, où se fait jour la vérité : nous avons tous volé la relique."
    Henri Thomas.

  • Icare

    Les soirs d'hiver, je n'y vois goutte, J'ai tous les doigts boulus de goutte,

    Tombé du haut de mon passé
    Dans l'avenir au vent glacé,

    J'étais encor resplendissant
    De tous les feux de mes cinq sens.

    Ether, mon père très aimant
    Je veux te voir dans l'océan.

  • "Était-ce l'après-guerre qui éveillait partout un érotisme particulier, joyeux, sournois, moins passionné que sous l'Occupation, mais quoi ? Plus affamé, cherchant en riant qui dévorer. Il ne savait pas. Il avait eu tant d' histoires de filles. Une dans un hiver froid, et pas de chauffage ; il s'était procuré une bouteille d'alcool, qu'il versait dans le bidet de sa chambre, cela faisait une bonne flambée pour la fille... chauffage provisoire, qu'est-ce qui n'était pas provisoire, depuis le gouvernement jusqu'à son séjour à lui, à La Batterie ? On trouvera cette nuit même quelqu'un d'exécuté au Bois de Boulogne, par une justice provisoire..."
    Henri Thomas.

  • La vie ensemble

    Henri Thomas

    Un soir de l'été de 1939, quelques jeunes gens se trouvent réunis au logis de l'un d'eux, et, dînant, buvant surtout, leur conversation les entraîne assez loin d'eux-mêmes pour que la vie ne leur apparaisse plus tout à fait sous le même jour. Le jour ancien (et qui menace à chaque instant de reparaître), c'est la solitude. Chacun de ces jeunes gens sort d'un isolement particulier, par des chemins singuliers, noués de replis, incertains. Cette soirée qui les réunit va-t-elle abolir le doute, montrer à chacun sa place dans une libre alliance, créer enfin la vie ensemble, source d'une active joie ?

  • La cible

    Henri Thomas

    Chacun des récits qui forment La cible a son unité propre, et peut s'isoler de l'ensemble, mais c'est à la façon de ces moments d'une existence dont nous disons qu'ils tranchent sur le reste : accidents d'une perspective qui prend pour eux sa profondeur.
    Un gamin s'absente de la messe et ne parvient pas à inventer le sermon qu'il devrait répéter à ses parents, mais il trouve autre chose. Plus tard, au bord de la mer, il fait la connaissance d'une personne qui l'éblouit. Des années passent. Il rencontre à l'étranger un petit garçon collectionneur de squelettes d'oiseaux et de rongeurs. Il constate l'existence du satyre de l'aube. Il se promène sur les toits. Il emprunte la cravate et les souliers d'un magistrat équivoque... C'est encore la jeunesse ; mais vient une fois où le je narrateur s'efface. C'est la chance folle qui mène le jeu : le héros du dernier récit est un homme absent de sa propre existence. Tel est le lien logique de cette douzaine d'histoires moins une. On peut y voir aussi une suite d'images n'ayant de commun qu'un certain style ; le lecteur fera son choix.

  • "La dernière année, c'est d'abord celle que Lucien Aubry vient de passer au lycée Henri-IV, dans la classe du fameux Laboureur ; elle s'achève sur un échec qui n'est pas tout à fait involontaire. Dernière année d'une éducation classique qui ne mène à rien, dès que l'on cesse de se croire appelé à devenir professeur de lettres à son tour. La vie après cela, pour être impossible, ne cesse pas d'être intéressante, au contraire ! La dernière année est aussi la première, celle où les monstres font sentir leur présence, où l'innocence et le mal se séparent pour mieux s'unir, où surviennent les rencontres déterminantes. Une vieille femme meurt, cette année-là, dans un village des Vosges.
    Ceci dit, reste l'essentiel, que je serais bien incapable de résumer. Tout ce que je puis dire, c'est que ce livre m'a mené dans des parages auxquels je ne m'attendais guère en commençant, et qui me restent encore mystérieux. Si le lecteur participe à ce mouvement de l'imaginaire qui ne m'a pas lâché durant tout le livre, il m'excusera sans peine de ne point tenter, dans ce placet futile, une explication de l'ouvrage. Il y a d'ailleurs là des personnages qui n'ont pas dit leur dernier mot."
    Henri Thomas

  • Trezeaux

    Henri Thomas

    Le mot trézeaux, encore employé dans la plaine vosgienne, désigne trois gerbes de blé qui reposent en faisceau sur le chaume après la moisson, attendant d'être rentrées pour le battage.
    Dans ce nouveau recueil, Henri Thomas a rassemblé soixante-seize poèmes. À cause de ce qu'elle a, non pas d'insaisissable, mais de non conforme aux schémas de l'enseignement et de la critique, trop peu de gens se sont aperçus jusqu'à maintenant de l'originalité absolue de la poésie d'Henri Thomas. Son ostensible négligence est une rouerie de grand seigneur. Il est peut-être le seul poète français qui sache, comme certains grands Anglais, naviguer à égale distance des profondes sources personnelles et du poème comme objet fini. Il sait être toujours la voix d'une liberté vivante.

  • "Sur les hauteurs de Grasse, Cabris, au moment de l'armistice, est un lieu de refuge précaire, où Herbart, André Gide (le Bipède pour les familiers), Malraux apparaissent parfois. Tous ces êtres, et d'autres non moins importants (la petite Pascale qui a huit ans, et que Herbart épouvante, est au coeur de cette vie), mènent une existence vaguement picaresque, rationnée, menacée, un peu rassurée par la présence de Florent, le clochard sédentaire, protégé de la comtesse de Saint-Exupéry. Un livre s'écrit, ce pourrait être un roman comme beaucoup d'autres.
    Puis le gouffre. La mère de Pascale meurt. Le roman est rompu net. Plus que cela, dans le désordre et l'affolement de la mort, il est oublié, il disparaît. Le manuscrit sera perdu jusqu'au jour où l'amie de Pascale, superbe fille de dix-neuf ans, dira à l'auteur : "Qu'est-ce que c'est que toutes ces pages ? Ce n'est pas fini, et ce n'est pas mal." [...]
    Pour Pascale, pour son père, pour l'amie de Pascale, qu'est-ce qui reste quand vient le premier jour de neige sur la Haute Provence ? Dans le frisson de vent aux volets, passent le souffle de l'absurde joie, l'étonnement d'être encore, le goût de l'éternel."
    Henri Thomas

  • Il est exceptionnel d'avoir accès à une correspondance s'étendant sur une période continue de soixante-dix années et, de surcroît, à des lettres qui témoignent d'une manière aussi transparente de l'appréciation de l'amitié. Ces lettres sont d'abord une conversation de l'esprit, et souvent, cette conversation semble viser un auditoire au-delà du destinataire de la lettre : 'J'ai parfois l'impression de m'adresser à d'autres lecteurs en même temps qu'à toi', écrivit-il à un de ses amis.
    Sans doute l'aspect le plus remarquable du parcours de Thomas, lorsque l'on considère la période de l'histoire dans laquelle il s'est déroulé, réside dans son refus d'accepter le jugement nihiliste de l'époque prôné par ses pairs. Pour lui, humaniste convaincu, le désespoir représentait l'ultime mal : 'Ce n'est pas vers l'ombre qu'il faut se tourner, mais vers un espace de lumière [...] je suis persuadé que le grand, le seul crime - c'est le désespoir - quand la fine pointe de l'espoir (de l'espoir en rien, à l'état pur), n'est plus là - c'est vraiment le fil de la vie qui se rompt.'
    'Mystérieux, secret, discret', ce sont les mots dont la critique se sert habituellement à l'égard d'Henri Thomas. Espérons que ce choix de lettres jettera une lumière là où il y avait de l'ombre, en éclairant notamment la parenté de Thomas avec Herman Melville, un écrivain qu'il décrivait ainsi : 'Un homme seul, aux écoutes de la terre et de la mer, et qui trouve au plus lointain, sur les confins du réel et de la fiction, ce qu'on peut nommer sa vérité [...]'.
    Joanna Leary.

  • Tristan Corbière, poète maudit et méconnu avant d'être découvert par Verlaine, a été contraint par sa laideur, sa surdité, à la solitude du coeur et de l'esprit. Il a tiré la richesse de son inspiration de son monde intérieur dans un passionnant tête-à-tête désespéré avec lui-même, l'amour irradie son oeuvre qui est d'une violente diversité. Ce vagabond sans lieu ni maître dont la légende a fait à tort un poète uniquement breton a inspiré à Henri Thomas une observation aussi attentive que poétique. C'est une réhabilitation du « poète contumace » et incompris.

  • Une trentaine d'études littéraires, de Shakespeare à Ernst Jünger, de Flaubert à Hugo von Hofmannsthal. Beaucoup de poètes : Baudelaire, Rimbaud, Corbière, Mallarmé, Max Jacob, Henri Michaux... Mais surtout, dans chaque essai, dans chaque page, la présence d'Henri Thomas. Dans sa démarche si libre, avec son naturel qui enchante, il va toujours droit à l'essentiel. Trouvant dans la littérature l'accomplissement exemplaire des destins, il n'a pas son pareil pour débusquer du neuf ou de l'inaperçu. L'une des façons, comme il dit, de "surprendre un brin des musiques de l'inconcevable existence".

  • "J'étais poursuivi par ce qui bouge, s'envole, tourne et change tout en restant fidèle malgré soi à la vie qui passe.
    J'ai fait pour te trouver un détour par la vie."
    Henri Thomas.

  • "Les Carnets figurent au premier plan de l'oeuvre thomasienne, ayant nourri non seulement des livres, mais aussi les articles publiés dans La Nouvelle Revue française. Aux poèmes et aux récits s'ajoutent maintenant des pages écrites entre 1934 et 1951, découvertes il y a dix ans dans un grenier d'Asnières au cours d'une recherche entreprise dans le cadre universitaire. Ce sera au lecteur de décider s'il s'agit d'un abandon volontaire de l'auteur ou d'un simple oubli.
    Ce dossier serait-il, à partir d'une douloureuse expérience personnelle, ni plus ni moins qu'une tentative pour approfondir le mystère du rapport entre l'Homme et la Femme ? Face aux pièges de la condition humaine, on y trouve, tracées, les grandes lignes d'une stratégie de défense.
    Thomas s'interroge sur les règles du jeu et en arrive aux conclusions suivantes : d'abord que "c'est une erreur de voir dans une femme (ou un homme) un remède à la solitude" ; et ensuite que "le seul être dont on doive attendre quelque chose, c'est soi-même [...] on doit seulement souhaiter que les autres donnent l'occasion d'offrir ce qu'on a, soi, ce qu'on crée pour eux".

    Ce choix de l'écriture comme sacerdoce est ce qui fait du personnage de Thomas son intérêt si singulier. S'il a quitté ce monde il y a plus d'une décennie, sa voix n'en continue pas moins d'exercer une vraie séduction. Ces pages, inédites et poignantes, ne font qu'en confirmer la pertinence."
    Joanna Leary.

  • Ce recueil se compose de six nouvelles, d'une pièce et d'un court dialogue. Il met en lumière les facettes du talent d'Henri Thomas. Chaque texte décrit très simplement une réalité pour déboucher inopinément sur le fantastique et la rêverie, entraînant le lecteur vers des profondeurs où se cache l'insaisissable secret des personnages. L'aventure est-elle celle du narrateur, de l'auteur ou celle des protagonistes ? Les deux premières nouvelles ont pour cadre les Vosges où Henri Thomas est né ; la pièce se déroule dans un milieu d'artistes anglais. Sainte Jeunesse qui donne son titre au recueil est une suite d'images poétiques, chaudes et colorées.

  • Une saison volee

    Henri Thomas

    "Retour d'Amérique, Paul revient à Paris.
    C'est l'île Saint-Louis et sa 'femme sans tête'. C'est une herbe tenace, au revers d'un pont. C'est Fernie, aujourd'hui mariée. C'est un vieil Arménien arrivé au bout du rouleau. C'est le mystérieux Collège de 'Pataphysique et son démiurge, encore plus mystérieux, avec ses multiples identités. Bien d'autres choses, bien d'autres êtres qui font battre la chamade à un cur solitaire. Cette Saison enfin, l'un des très rares exemplaires laissés par Rimbaud, découvert par Sainmont dans un fond d'imprimerie, en quelles mains a-t-il disparu? Chez Sainmont, je le jure, j'ai feuilleté le mince impérissable livret."
    Henri Thomas.

  • Les nouvelles que voici, écrites en France, en Angleterre, en Amérique, en Allemagne, sont situées aussi parfois en Lorraine ou en Corse. Elles mettent en scène des gens de tous les jours, et des événements ordinaires. Elles sont pourtant soeurs des contes de fées et des apologues qui nous hanteront jusqu'à la fin du monde. C'est que l'art d'Henri Thomas, discret, secret, décale les perspectives, et donne aux paroles les plus simples une résonance étrange. Sans faute et sans jamais en avoir l'air, cet accent si particulier qui lui est propre élève le quotidien au niveau des grandes fables où l'homme reconnaît, amères et neuves, les images de son destin.

  • Poésies

    Henri Thomas

    Les recueils de poésies d'Henri Thomas se sont succédé parallèlement à son oeuvre de prosateur. On distingue, dans les poèmes comme dans les récits, un cycle vosgien, plusieurs cycles parisiens, un cycle corse, un cycle londonien, et ainsi de suite (un poème apparaît comme l'amorce d'un cycle américain). Le goût des voyages, de la mer et des îles, apparaît comme une constante. Thomas ne sera jamais un homme en place. Il aime trop bouger. Il a toujours éprouvé le besoin physique et moral de marcher : "Il n'est pas possible que la marche apporte à chaque pas des objets captivants, a-t-il écrit, du moins elle apporte le mouvement qui est la condition de leur apparition."

    Ses poésies sont comme des jalons le long d'une route aux détours imprévus. On y voit la grande image lyrique voisiner avec le détail familier, la fantaisie avec le drame, la tendresse avec la colère, l'humour avec la mélancolie. La tentation de la déraison est souvent proche, mais toujours des "paroles dorées" viennent donner aux aventures du poète "quelque ombre de sens".
    Jacques Brenner.

  • Le poète de Travaux d'aveugle et de Nul désordre n'a rien perdu de sa douceur narquoise. Il avance toujours d'un pas étonné, léger. Il semble chantonner pour lui-même, nostalgique et moqueur. Ses rythmes réguliers se dérobent soudain et se cassent. Ses rimes, dès qu'on s'aperçoit de leurs échos, se cachent comme par pudeur. Entre sourire et larmes, entre la vie présente et la mort tapie, entre la moquerie et le regret des amours qui ne sont plus d'aujourd'hui. Dans ces soixante-huit brefs poèmes, avec la force d'une grande simplicité, Henri Thomas communique, d'une façon qui n'appartient qu'à lui, l'évidence du sentiment.

  • Signe de vie

    Henri Thomas

    "Il est toutes sortes de conditions préalables à la naissance simultanée du poète et de son poème. Je voudrais seulement saisir un certain point de cette éclosion, le plus facile peut-être à décrire, ou tout au moins à imaginer. Ce point, cest celui où un homme se met à regarder ce qui soffre à lui avec un plaisir confinant à la torpeur. Il sest établi à cet instant entre ce groupe darbres, ce fleuve, ces maisons irrégulières et cet homme, un rapport tel que lhomme souhaite quil se maintienne le plus longtemps possible ; il envisage aisément dy consumer sa vie, dans une joie excessive. Le courant du langage qui passe par cet homme a rencontré le courant de la réalité sensible ; dans le monde figé, une espèce de débâcle printanière se produit, (moi cest en automne), et leau qui allège et fait vaciller toutes choses est le langage, ou plutôt réalité et langage se sont mutuellement émus." Henri Thomas

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