Seuil (réédition numérique FeniXX)

  • Il s'agirait du recensement méthodique d'un passé que la mémoire, le temps, la rumeur publique et le goût de l'affabulation auraient déformé. Il s'agirait de s'assurer de ce passé, de l'établir, de l'accréditer. Mais à peine le récit commence-t-il à prendre quelque solidité, de curieux retournements - feintes, ironie ou blocages -, viennent l'assaillir et le démanteler. Et celui qui l'énonçait, fuyant une identité fallacieuse, imposée de l'extérieur, s'efface sous le déferlement des questions étrangères. Dans le vide ainsi laissé, une autre voix reprend, qui à son tour invente un partenaire chargé de la réplique et condition de ce dialogue angoissé qui ne dit rien finalement, qu'une tension, une terreur et une attirance vers le moment où la vérité parle et fonde la légende : la mort, qui seule transforme les masques en visages.

  • Un homme marche, rêve, ment, dessine des visages, frôle des corps, court après ses mots, bute sur ceux des autres, se retrouve au détour d'une page, éberlué, balbutiant. Partagé entre le délire du raisonnement et l'attirance du vide, la logorrhée et le mutisme, il poursuit ce rêve impossible d'une vie au verso de la parole, d'un lieu où le précaire domine, lieu de la vacuité et du possible que tout livre instaure. Qu'est-ce que l'imagination ? Qu'est-ce que la mémoire ? Comment passer le temps quand le temps se passe de nous ? Tels sont les problèmes majeurs de ce récit qui arrive à faire éclater le cadre rigide de la page pour mettre en ordre, domestiquer une parole réticente ou rusée. Nulle chronologie, sinon bouleversée, mais aboutissement à ce pays, zone neutre où le mot fin n'a plus de sens.

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