• Il s'agirait du recensement méthodique d'un passé que la mémoire, le temps, la rumeur publique et le goût de l'affabulation auraient déformé. Il s'agirait de s'assurer de ce passé, de l'établir, de l'accréditer. Mais à peine le récit commence-t-il à prendre quelque solidité, de curieux retournements - feintes, ironie ou blocages -, viennent l'assaillir et le démanteler. Et celui qui l'énonçait, fuyant une identité fallacieuse, imposée de l'extérieur, s'efface sous le déferlement des questions étrangères. Dans le vide ainsi laissé, une autre voix reprend, qui à son tour invente un partenaire chargé de la réplique et condition de ce dialogue angoissé qui ne dit rien finalement, qu'une tension, une terreur et une attirance vers le moment où la vérité parle et fonde la légende : la mort, qui seule transforme les masques en visages.

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Un homme marche, rêve, ment, dessine des visages, frôle des corps, court après ses mots, bute sur ceux des autres, se retrouve au détour d'une page, éberlué, balbutiant. Partagé entre le délire du raisonnement et l'attirance du vide, la logorrhée et le mutisme, il poursuit ce rêve impossible d'une vie au verso de la parole, d'un lieu où le précaire domine, lieu de la vacuité et du possible que tout livre instaure. Qu'est-ce que l'imagination ? Qu'est-ce que la mémoire ? Comment passer le temps quand le temps se passe de nous ? Tels sont les problèmes majeurs de ce récit qui arrive à faire éclater le cadre rigide de la page pour mettre en ordre, domestiquer une parole réticente ou rusée. Nulle chronologie, sinon bouleversée, mais aboutissement à ce pays, zone neutre où le mot fin n'a plus de sens.

  • Silhouette dans le paysage, lointain à peine distingué, profil perdu, le personnage est vu de dos, on ne saura guère ce qu'il pense ni où il va, mais il sera donné quelque aperçu de ce qu'il quitte, histoire d'un déclin, nature morte, scènes champêtres, menus travaux, un monde réglé, fragments de récits, accords parfaits, chant de la terre, dialogues interrompus, concepts troués, quelques dissonnances choisies, un étonnement prolongé, clapotis sémantique, grand air du catalogue, plaisir de l'énumération, ultime leçon de ténèbres, une défaillance systématique, l'obstinée dénégation de tout, échéance veut dire à la fois limite, pente et brusque dépression de terrain, c'est une frontière et une falaise, c'est, échec ou chance, ce qui échoit, notre lot, d'amont en aval, la retenue et sa vanité, une migration minuscule vers l'inexorable, la ligne imaginaire où ciel et terre se rejoignent, une persistante illusion d'optique.

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