• Nicolas a été de tous les théâtres d'opérations : Congo-Brazzaville, Bosnie, Irak... Jusqu'au jour où les séquelles physiques et psychologiques de la guerre du Golfe mettent fin à sa carrière de soldat. Reconverti en porte-flingue pour un clan corse basé à Paris, il ronge son frein. Et saute sur l'occasion quand on lui propose une mission à Marseille : intégrer la protection rapprochée du maire, menacé par un dealer de la Castellane. Mais c'est un traquenard : " le Parisien " n'a été embauché que pour porter le chapeau d'un règlement de comptes...



    Déterminé à se venger, Nicolas se lance dans une course-poursuite effrénée du Vieux-Port à Belsunce en passant par les Goudes et le stade Vélodrome, aidé par la belle Djamila et par Jean-No, ancien docker connaissant Marseille comme sa poche.



    Efficace, énergique, étonnant :
    Le Parisien est à l'image de son personnage principal !

  • Pas possible de ne pas inviter Jean-François Paillard dans l´aventure publie.net : il est depuis longtemps à cette croisée où l´écriture se mêle d´Internet (son site territoire3 est un classique !), proposant tout un ensemble de matériaux vidéo aussi bien que ce qui fait sa marque d´auteur : acide critique de la consommation de masse et des usages de société au temps de la pub dominante.
    Site qui reste une des plus étonnantes proliférations virtuelles : entretiens, articles sur le nylon ou sur le rôle de l´artiste, banques de sons, performances vidéos, voyages, vitrine régulièrement renouvelée - ses activités parallèles dans le monde de l´économie et de la presse lui permettraient un périscope favorable ? Ça n´explique pas la littérature.
    C´est cet alliage dans lequel nous sommes tous au travail, et qui emmène Internet aussi bien vers ces continents d´images que des tentatives fictionnelles ou fantastiques, ainsi récemment ses Le saviez-vous ? Images de bêtes.
    Mais le site avec les livres : Jean-François Paillard - qu´on peut entendre lire ici sur remue.net - a publié trois livres dans la collection de Sylvie Gracia aux éditions du Rouergue - voir ainsi Pique-nique dans ma tête ou Un monde cadeau que ces Plus belles piscines du monde viennent prolonger...
    Alors merci à lui de permettre ce soir à Tom Cruise (Junior) de participer lui aussi à publie.net.
    Qui de nous, arrivant en avion au-dessus de Marseille où habite Jean-François Paillard, n´a pas été surpris du damier bleu de ces mini-piscines individuelles (et les marchands qui les exposent comme des cercueils à la verticale aux abords des villes), comme si la piscine était un attribut essentiel, bien plus que la bibliothèque désormais, de la condition bourgeoise en société de loisir.
    Attribut social, mais dans sa fonction symbolique un rêve de transgression que Nathalie Quintane avait exploré en son temps (avec piscine aussi) dans son Saint-Tropez. Alors, à se lancer dans la description des plus belles piscines du monde, c´est un trait direct de la banlieue de Marseille à la critique de la mode, avec cinéma et couturiers, rêve américain et logique du corps.
    De Jean-François Paillard (qui livre le texte avec 4 photographies personnelles), non, vraiment on n´en attendait pas moins. À vous le plaisir.

    FB

  • Le roman d´épouvante, c´est comme le film d´horreur : on sait ce que c´est. On le sait vaguement d´avance : ce sont des figures obligées, poursuites, traquenards, effets spéciaux. Dans Le moine de Lewis raconté par Antonin Artaud (puisque tel est le titre officiel, les souterrains, les squelettes. Et une seule loi, en fait : la pulsion à tourner les pages, à avancer dans la lecture.
    Pour de faux ? Sans doute c´est ce qui nous protège, même si on n´est pas sûr. Le besoin d´aller se faire peur ici parce que, poussée la porte sur le vaste monde, est la peur réelle - il n´y aurait pas l´épouvante si nous n´étions pas - pour de vrai - des inquiets.
    C´est ce qui se joue ici, dans le jeu que Jean-François Paillard inaugure avec l´ensemble des cordes de l´épouvante. La peur à la multiplication immobile de l´ordinaire, s´en servir. La poursuite hallucinée dans la ville, s´en servir.
    Mais c´est bien de langue qu´il s´agit : elle ressemble étonnamment à ce qu´en font les exemples de manuels scolaires ? Ce n´est pas forcément un hasard. Olivier Cadiot avait magistralement joué de ces détournements dans son Art Poetic´.
    Il y a des accumulations : chez Rabelais et chez Novarina aussi. Il y a un travail précis sur les images du monde et de la ville, jusqu´à ce qui nous entoure au plus proche et au plus commun : mais c´est bien ce qui signe la démarche de Jean-François Paillard, comme le texte aigre-acide que nous accueillons déjà, Les plus belles piscines du monde, et comme il l´explore sans cesse dans sa démarche de vidéo, voir notamment son Guide du XXIème siècle.
    Un monde qui nous fiche la trouille, on a le droit d´en rire avec la langue ? C´est ce que Jean-François Paillard fait dans Un monde cadeau ou ses Le saviez-vous ?.
    Un roman d´épouvante, c´est un rythme et une linéarité de lecture, c´est le monde ordinaire perçu soudain selon la traque, c´est la macération et l´accumulation des paroles qu´on n´a pas dites, c´est une interrogation toute simple sur ce pour de vrai / pour de faux : sérieusement, si on devait définir la plus effrayante menace qui nous serait possiblement infligée, est-ce que ce ne serait pas celle de naître en ce monde-là ? Et que notre pauvre humaine condition, puisque justement nous y sommes, c´est qu´il se multiplie dans la totalité de notre champ visuel même quand on cherche à le fuir ?
    C´est l´immense et ludique plaisir à lire ce Roman d´épouvante.

    FB Jean-François Paillard est né en 1961, et vit à Marseille.
    Outre les liens mentionnés ci-dessus, la porte d´entrée de territoire3, un des plus étonnants sites de création littéraire et visuelle, par Jean-François Paillard.

  • On pourrait commencer par la fin :
    Dans notre interrogation du monde, et de nous-mêmes au monde, le mystère c´est l´appel au langage. Et ce qu´il brasse de rêve, de fantasmagorie, et de ce vieux savoir du corps animal.
    Qu´il y a de la joie à être au monde, qu´il y a un plaisir à l´inventorier, le scruter, l´étudier : les flores et les faunes ont été de suite dans les premiers livres imprimés. Et on connaît tous Le livre des merveilles de Binet, un immense classique - comme tous ces écrits de mystères et de curiosités, de Plutarque à Montaigne via Ambroise Paré, et plus tard les Cabinets de curiosité du 19ème siècle, ou sa version moderne, le Cabinet d´amateur de Georges Perec.
    Jean-François Paillard rejoue ces cartes-là, mais il les utilise avec les outils d´aujourd´hui : les signes des villes, les enseignes au néon, les articles scandale des magazines, ou bien la science même faite illustration, brève de magazine, et la lourdeur partout de la publicité, de la consommation dirigée.
    C´est cela dont on se ressaisit du même geste par le langage et l´image. Et pour nous magnifique test pour les outils en préparation, lire une forme complexe, mais joyeuse, incluant liens, images, presque une littérature en relief, mais qui garde la friction au sens parce qu´on joue sur les menaces, les rêves, les dangers, les utopies : notre admiration du monde.
    Un détournement, oui : mais une poésie - aussi.
    Merci à Jean-François de nous proposer le thème !

    FB Et bien sûr tout Jean-François Paillard sur son Territoire 3.

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