• La Fayette

    Jean-Pierre Bois

    La biographie mouvementée, d'un siècle à l'autre, d'un citoyen du monde dont le nom est tout un programme. La Fayette, le voici, nageur entre deux rives. " J'aurais aimé être gaulois ", dit un jour le jeune La Fayette, de bonne noblesse d'Auvergne, héritier de Vercingétorix et défenseur avec lui de libertés arvernes bien imaginaires. C'est pour la liberté américaine, bien réelle, que, jeune homme un peu gauche, inexpérimenté, fort riche et très amoureux de sa femme, il quitte tout, s'embarque sur l'Hermione et combat jusqu'à la victoire de Yorktown en 1781. A trente-quatre ans, idole de toute une jeunesse, c'est toujours la liberté, maintenant française, qu'il tente de servir, de juillet 1789 à juillet 1791, et à laquelle il dévoue le reste de sa vie, sans s'être rallié ni à l'Empire ni à la Restauration comme tant de survivants de la grande période. Septuagénaire et à nouveau immensément populaire, c'est encore la liberté qu'il sert en 1830, devenu républicain, lorsqu'il aide à l'avènement d'une monarchie citoyenne dont il s'éloigne peu avant sa mort, en 1834. Ainsi le héros des Deux Mondes a-t-il épousé son temps, avec ses grandeurs et ses faiblesses, à la recherche d'une voie moyenne entre révolution et dictature.

  • Souvent réduit à son Projet de Paix perpétuelle (1713) et à son exclusion de l'Académie (1718), moqué pour sa candeur, l'abbé de Saint-Pierre (1658-1743) tient en réalité une place unique dans la pensée politique et morale des années 1710-1740: il est le passeur, le maillon indispensable entre les critiques de la fin du règne de Louis XIV, dont il est l'héritier (Vauban, Fénelon, le duc de Bourgogne), et les philosophes des Lumières qu'il a connus avant leurs premiers grands écrits (Montesquieu, Voltaire, Rousseau). Entre Classicisme et Lumières, il marque son temps par la publication de très nombreux Projets réformateurs solidement unis par la pensée de la bienfaisance, mot dont on lui attribue l'invention, celles de l'utilité publique et du bonheur du plus grand nombre.

  • Nouvelle histoire des relations internationales1. Jean-Michel Sallmann, Géopolitique du XVIe siècle (1490-1618)2. Claire Gantet et Marie-Karine Schaub, De la guerre de Trente Ans à la fin de la guerre de Succession dEspagne (1618-1714)3. Jean-Pierre Bois, De la paix des rois à lordre des empereurs (1714-1815)4. Pierre Milza, Du congrès de Vienne à Sarajevo (1815-1914) 5. Marie-Anne Matard-Bonucci, Dune guerre mondiale à lautre (1914-1945)6. Frank Attar, De Nuremberg à la fin du XXe siècle (après 1945)

  • Don Juan d'Autriche

    Jean-Pierre Bois

    Le 7 octobre 1571, la flotte de la Sainte Ligue (Espagne, Venise et papauté) remporta sur les Turcs la victoire de Lépante, mère des batailles entre l'Occident et l'Orient, entre la Chrétienté et l'Islam. De son chef, Don Juan d'Autriche, Voltaire écrira plus tard que, « comme vengeur du Christ, il était le héros de toutes les nations ».
    Le fils naturel de Charles Quint, alors âgé de 24 ans seulement, avait déjà à son actif la répression de la révolte des morisques en Espagne, et fut nommé cinq ans plus tard, par son demi-frère Philippe II, gouverneur des Pays-Bas soulevés contre la souveraineté espagnole. Charmant, généreux, de tous les talents, mais portant comme une croix sa bâtardise impériale, il a, durant sa courte existence, irradié le sombre éclat du Siècle d'Or d'un éclair étincelant. Aussi sa figure attachante et superbe n'a-t-elle pas cessé de fasciner.

  • Des potions à base de gentiane aux concoctions de fortifiants variés, chaque époque a inventé des remèdes pour vivre vieux et en bonne santé. Les élixirs de longue vie que préparaient les alchimistes du Moyen Age nous font à présent sourire. Mais il n'y pas si longtemps l'eau de jouvence du Dr Schulz, les liqueurs organiques du neurologue Brown-Séquard, le sérum du biologiste soviétique Bogomoletz ont fait croire que la vieillesse était une maladie dont on pouvait guérir. Et si notre époque a inventé le mot "supercentenaire", dès l'Antiquité les historiens recensaient déjà de longues listes de personnes illustres aux longévités extraordinaires, même si elles n'atteignaient pas les 969 ans de Mathusalem.
    Depuis l'aube des temps, l'homme a rêvé de vivre le plus longtemps possible.
    C'est l'histoire des innombrables méthodes qu'il a inventées pour réaliser ce rêve que raconte cet ouvrage. Un rêve - ou un fantasme - qui resurgit aujourd'hui avec la méthode de "restriction calorique" et autre "immortalité cybernétique". Une aspiration qui est aussi en train devenir réalité, puisque la population ne cesse de vieillir et qu'atteindre le cap des 100 ans ne paraît presque plus être un exploit.
    Jean-Pierre Bois, ancien élève de l'Ecole normale supérieure de l'enseignement technique, professeur à l'université de Nantes, est l'auteur de plusieurs ouvrages, dont Les Vieux, de Montaigne aux premières retraites (Fayard, 1989).

  • La preuve par l'histoire de l'Europe moderne qu'il est plus difficile de faire la paix que de gagner la guerre.
    En 1435, se réunit à Arras une sorte de congrès des trois forces belligérantes ? Anglais, Français et Bourguignons ?, pour examiner comment sortir de l'enlisement de la guerre de Cent Ans. Cette démarche concertée est une première en Europe. En 1878, Bismarck organise à Berlin un congrès général des puissances européennes, le dernier du genre, avant l'affrontement des nationalismes et la mondialisation des conflits. Durant quatre siècles et demi, les Etats de l'Europe ont été en guerre la majeure partie du temps, dans la perspective toujours proclamée et jamais atteinte d'établir enfin une paix durable entre eux. Mais chaque fois les instruments diplomatiques qui devaient y conduire ont été améliorés, de la paix de Vervins de 1598 jusqu'au congrès de Vienne de 1815, et l'idéologie de la paix a elle-même progressé. L'histoire de la paix est celle d'un combat toujours recommencé. Ce livre est la première synthèse qui lui soit consacrée, et propose ainsi une autre histoire de l'Europe.

  • De la prise de la Bastille au défilé de la Victoire, cent trente années ont été nécessaires pour accorder la France avec la date du 14 juillet. Malgré la Fédération nationale de 1790, le Directoire se méfie du symbole révolutionnaire. Les empereurs préfèrent leur 15 août, les Bourbons restaurent la Saint-Louis, la monarchie de Juillet jongle entre la Bastille et les Trois Glorieuses, la seconde République essaye un 4 mai consensuel : en vain. La grande date survit dans les mémoires. Mais lorsqu'en 1880, les Républicains vainqueurs décrètent la fête nationale du 14 juillet, il faut ruser et contourner. L'incarnation de la République dans la rupture insurrectionnelle entre l'ancienne et la nouvelle France divise. La commémoration disparaît, au profit de la fête militaire et populaire dont les versions parisiennes et provinciales, citadines et paysannes évoquent une Bastille intemporelle et une Révolution sans révolutionnaires. Inutile : la droite monarchiste tente de placer Jeanne d'Arc, la gauche sociale dénonce la fête d'une bourgeoisie repue. Il en est ainsi jusqu'à la Guerre. La Patrie, sacralisée par le sacrifice, prend alors le relais des valeurs de la République. La fête du régime devient la fête de la France. Elle n'est plus contestée, elle est désormais revendiquée.

  • Un chirurgien parisien du XVIIe siècle imaginait qu'on pourrait prolonger indéfiniment l'existence des vieillards en injectant dans leurs veines le sang d'un homme jeune. Mais l'espoir fut de courte durée et dans l'Europe classique il resta difficile de vieillir. En société, tout vieillard est alors " un Huron ". Molière ironise sur les duègnes et les barbons tandis que Corneille déplore cette " vieillesse ennemie ", dont Rembrandt et Frans Hals donnent une vision bien pessimiste.

    Au XVIIIe siècle, tout bascule. Greuze, Diderot et les préromantiques s'attendrissent sur les bons vieillards. Mieux soignés - l'élixir de longue vie de Cagliostro n'y fut sans doute pas pour grand-chose - ils sont aussi plus nombreux. Les catalogues de centenaires fleurissent. Finie l'époque des vieux repoussants. Les rôles sont maintenant inversés:les grands-mères racontent les sorcières aux enfants, les grands-pères deviennent des patriarches " sages et frais ".

    La Révolution, qui célèbre les vieillards dévoués à la patrie, élabore de beaux projets de pensions de retraite, mais ils n'aboutissent pas. Au même moment, le médecin du roi de Prusse s'intéresse à La Macrobiotique ou l'art de prolonger la vie de l'homme. Et en effet, l'espérance de vie commence à s'allonger, sans que Malthus en devine les conséquences.

    Car au XIXe siècle, la vieillesse part à la conquête de l'Europe. Les têtes grises triomphent à la tête des Etats: Louis-Philippe, Victoria, Metternich, François-Joseph, les présidents de la IIIe République... Charcot fonde une véritable médecine de la vieillesse. En France, comme en Angleterre ou en Allemagne, se met enfin en place une politique sociale en faveur des vieux.
    Certes l'éclatement de la famille entraîne pour beaucoup une nouvelle solitude, mais ils acquièrent un petit revenu en même temps qu'un statut social. Et le plus célèbre d'entre eux, Hugo, " le grand-père sans mesure ", donne à la vieillesse sa plus belle dimension symbolique.

    Jean-Pierre Bois, né en 1945, est ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure de l'Enseignement Technique, agrégé d'Histoire et docteur ès Lettres. Il est actuellement professeur à l'Université de Nantes.

  • Bugeaud

    Jean-Pierre Bois

    • Fayard
    • 29 Janvier 1997

    Grande figure de la conquête de l'Algérie, le maréchal Bugeaud a été immortalisé par la légende sous les traits sympathiques d'un soldat patriote, pittoresque, familier et débonnaire. Au-delà de l'anecdote, la fameuse chanson attachée au père Bugeaud témoigne qu'il fut un officier peu ordinaire.

    Cet homme d'action au caractère pragmatique, qui incarnerait pour la postérité les mutations de l'armée dans la première moitié du XIXe siècle, choisit la carrière militaire parce qu'il n'a aucun autre métier. Issu d'une famille de la petite noblesse provinciale du Périgord, Bugeaud a vingt ans en 1804 et apprend la guerre dans l'armée impériale. Demi-solde en 1815, il se consacre à son domaine, se passionne pour les progrès de l'agriculture et crée à Lanouaille le premier comice agricole de France. En 1830, orléaniste convaincu, il retrouve l'armée, puis engage une carrière politique. A la tribune de la Chambre, il se fait remarquer par son conservatisme et par sa virulence contre les idées avancées et ceux qui les professent. D'abord hostile à l'aventure algérienne, "possession onéreuse dont la nation serait bien aise d'être débarrassée", il s'y rallie par la suite devant la tournure prise par les événements. En 1840, il est nommé gouverneur général de l'Algérie, mais ses méthodes suscitent tant de critiques qu'il est conduit à donner sa démission. Un an plus tard, en 1848, il devient l'un des piliers du parti de l'ordre et s'accommode d'une République qu'il n'a pas souhaitée, toujours animé par le même désir: être utile à son pays.

    Jean-Pierre Bois, ancien élève de l'Ecole normale supérieure de l'Enseignement technique, professeur à l'université de Nantes, spécialiste d'histoire sociale et d'histoire militaire, consacre ses recherches aux problèmes tactiques et aux écrits théoriques sur la guerre. Il a notamment publié Les Anciens Soldats dans la société française au XVIIIe siècle (Economica, 1990) et Maurice de Saxe (Fayard, 1992).

  • L'Europe monétaire est bien en place. Cette réalisation inouïe, visible par tous les citoyens dans leur quotidien, confère une nouvelle identité à la construction européenne. Ce livre retrace la longue histoire de l'Europe monétaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale à nos jours. Une histoire qui a connu plusieurs phases successives : rétablissement d'une normalité monétaire après la Guerre, fonctionnement d'un système monétaire international sous l'égide du dollar américain, développement d'une nouvelle ambition européenne en proie aux difficultés et désordres des années 1970, élaboration du traité de Maastricht dans une Europe en voie de réunification, enfin naissance de l'union économique et monétaire et de l'euro. On y voit s'entrecroiser les facteurs économiques et financiers, les politiques nationales, des destins de personnalités qui ont contribué à façonner l'histoire ainsi que le tumulte des débats entre experts sous l'oeil des médias et de l'opinion publique. Basée sur des sources d'une grande variété et rédigée dans un style passionnant, cette étude historique novatrice constitue une lecture indispensable pour quiconque s'intéresse aux origines d'un projet qui a changé l'Europe et pourrait avoir de grandes implications sur l'économie du monde.

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