• Le deuil n'est pas l'affaire d'un instant. Il dure, persiste, se transforme, ravage la vie psychique d'un individu en s'insinuant dans les méandres de l'inconscient. Comment résister à une perte qui n'est pas seulement la perte de l'autre, mais aussi celle de quelque chose de soi ? Et pourquoi la société cherche-t-elle aujourd'hui à se détourner de ses morts ? En s'appuyant sur une longue expérience clinique d'écoute de personnes endeuillées et en s'inscrivant en porte-à-faux contre les prescriptions contemporaines de « consolation » et de « remplacement » de l'être perdu, José Morel Cinq-Mars livre ici des pistes pour approcher ce qui peut sembler incompréhensible dans les processus du deuil, pour éclairer un peu ce qu'est ce temps particulier et partager ce que lui ont appris les endeuillés, ces hommes, ces femmes et ces enfants qui traversaient ce que, paraphrasant Philippe Ariès, elle nomme ici un « deuil ensauvagé ».

  • Dans cette fiction-témoignage où tout est faux mais tout est vrai, l'auteur psychologue raconte l'ordinaire de son travail clinique, tel qu'elle l'exerce au quotidien dans ces zones dites « sensibles ». Elle évoque ainsi les différentes situations auxquelles elle est confrontée à la consultation pluri professionnelle pour femmes enceintes et petits enfants - Rêvedemaison -, ou au domicile de familles dont un bébé est décédé subitement. Dans son récit où se côtoient des gens de tous horizons, elle parle de la ville, de la banlieue, de l'exil, de son métier, de son usage non orthodoxe de la psychanalyse comme pratique et comme théorie, de ses motivations, de son rapport au territoire, à la formation, à son identité professionnelle... Une « clinique incarnée » au sein de la banlieue dans tous ses états. José Morel Cinq Mars est titulaire d'un doctorat en psychanalyse et psychopathologie fondamentale de Paris 7 et travaille pour les services de PMI de Seine-Saint-Denis .  

  • Qui veut garder le silence sur son intimité, n'en révéler que des faits choisis à des interlocuteurs choisis, fait figure d'être fragile et inhibé. Qui au contraire se révèle sans retenue, apparaît comme une personnalité sûre d'elle et épanouie.
    Comment et pourquoi, dans le demi-siècle écoulé, la reconnaissance des espaces d'intimité a-t-elle fait place au droit et même au devoir de (se) montrer ? Faut-il en rendre responsable une confiance excessive dans les vertus de la parole, en quoi la psychanalyse a probablement une part de responsabilité ? Faut-il accuser les téléphones portables, les réseaux sociaux ?
    Sans doute celui qui prétend s'exhiber " librement ", y trouve-t-il un gain psychique. De quelles fragilités paye celui qui se croit tenu de se soumettre à l'impératif moderne de transparence ? Comment grandir sans la possibilité d'aller et venir entre le secret et le dire ? Et que deviendrait une démocratie qui n'accorderait ni place ni valeur au for intérieur ? Car l'intime, le noyau de vérité d'un être, est la condition même de la liberté – de parole, de pensée, de création.
    Psychanalyste recueillant dans le secret de son cabinet des paroles d'une autre veine que celles qui s'énoncent dans l'espace public, José Morel Cinq-Mars plaide pour retrouver un consensus reconnaissant la valeur et la nécessité de ce qui ne peut s'épanouir qu'à distance des lumières trop vives.
    José Morel Cinq-Mars est docteur en psychopathologie fondamentale et psychanalyse. Elle travaille dans un service de protection maternelle et infantile de la région parisienne. Elle a déjà publié Quand la pudeur prend corps (PUF, 2002), Psy de banlieue (Ères, 2010) et Le Deuil ensauvagé (2010, PUF).

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