• Quand on est arrivés à Baie Déception, on est restés en silence devant le paysage quasi lunaire qui s'offrait à nous. C'tait tellement beau. La baie avait la forme d'une grosse cuillère accrochée à une série de montagnes qui s'alignaient comme un long manche. Extrait du CD - voix de Julie McClemens. Un jour, on remet à Isaac Etok le journal de sa mère qui vient de se suicider. Cette écriture intime fait peu à peu naître l'espoir chez le jeune Inuit. Au fil de sa lecture, il prend conscience qu'elle a vécu une fin différente de celle qu'on lui a racontée, et découvre plutôt une héroïne au destin tragique. Le roman relate la vie et les expériences de ce fils élevé par ses grands-parents dans le Grand Nord. Sur le CD, on entend la voix de la mère, Maggie Léon, enregistrée sur un magnétophone à bobine, dans une ambiance hyperréaliste évoquant les radioromans. Accrochée à son micro comme à une bouée sur la mer de l'oubli, elle raconte son voyage dans le Grand Nord pour y réaliser un documentaire, où elle a trouvé beauté, amour et abîme. Au coeur de ces deux histoires personnelles qui confrontent deux vécus, il y a une légende, celle de Frère-Lune et Soeur-Soleil. Baie Déception, c'est aussi un regard extérieur posé sur le Nord québécois, où la rudesse de la vie et du climat incarne l'impossible retour en arrière pour les personnages des deux récits.

  • Pacific bell

    Julie Hetu

    • Alto
    • 10 Avril 2018

    Au milieu du désert des Mojaves est plantée une cabine tatouée de mille vies dont la sonnerie déchire le silence. Elle reçoit les conversations des curieux qui ont composé son numéro. Mais cette cabine est épiée. Une animatrice de radio recueille les appels pour l'émission Voix du désert.

    Elle se nomme Sofia Loera. C'est une femme déracinée, contrainte de travailler pour une organisation criminelle afin de renouer avec les siens. En attendant, elle raconte pour ses auditeurs et son fils en exil Le sang des cactus, un récit qui ressemble trop au sien pour ne pas attiser la colère. Il en va ainsi de toutes les histoires, elles en cachent plusieurs autres?: celle d'une sirène qui n'a jamais vu un lever de soleil, d'une femme à la mémoire trouée, d'un fils victime de son héritage de violence, d'un clan arraché à sa terre.

    Pacific Bell résonne pour les voix qui refusent de se taire, laisse entrevoir mille couleurs qui ne s'étiolent jamais, des rouges chatoyants et terribles comme le sang, un jaune chaud comme une passion cuisant sous le soleil et d'angoissants reflets de noir.

  • Quand on pose les questions « Depuis quand parlons-nous ? » ainsi que « Depuis quand écrivons-nous ? » et qu'on examine plus en profondeur les origines de l'écriture et de la parole, l'évidence de la réponse se perd en conjectures. Certains diront que nous avons commencé à écrire il y a 3 500 ans, au moment de l'invention de l'alphabet hiéroglyphique égyptien et de l'alphabet cananéen/phénicien ougaritique (écriture cunéiforme). Nous aurions alors lié l'apparition de l'écriture au facteur urbain, d'une part, et aux nécessités de la comptabilité, d'autre part. D'autres affirmeront plutôt qu'il ne fait pas de doute que les formes totalement abstraites, qui abondent dans la plupart des ensembles préhistoriques de toutes les périodes et de toutes les régions depuis le Paléolithique moyen (entre 250 000 et 35 000 AP), constituent les premiers véritables symboles graphiques, les premières écritures ou inscriptions si l'on veut user de prudence.
    Le présent essai réaffirme l'importance de l'art pour le genre Homo et nous amène sur les traces des premières écritures, avec comme principal outil le chant. L'auteure ouvre cet espace-temps historique en conviant le lecteur à la découverte de la grotte de Niaux, ornée de chefs-d'oeuvre créés par nos ancêtres il y a plus de 14 000 ans.

  • Mot

    Hetu Julie

    19h. Il ferait bientôt noir. Les jambes d'Elmihra étaient molles, son visage en sueur. Elle avançait à présent dans le désert de l'arène avec pour unique bagage de l'or et du sang. Deux traits sombres se dessinaient sur chacune de ses joues. Elmirha ferma les yeux. Elle entendait le taureau respirer. Elle l'attendait. La porte du toril s'ouvrit pour une dernière fois. La foule était réchauffée par l'alcool et le spectacle. Le bel habit de matador était sali de sang. Elmihra regarda le sang et ferma les yeux quelques secondes. Le taureau fonçait vers elle, elle ouvrit les yeux.

    Cybèle et ses enfants, Elmihra et Mot, nous entraînent à tour de rôle dans le tourbillon d'une vie où plane la mort, annoncée par trois grains d'or dont Cybèle a hérité. En Espagne, où elle a trouvé refuge en fuyant la guerre du Liban, Elmirhra rêve de devenir matador.

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