• Frangines

    Manon Torielli

    Les apparences sont trompeuses. Planter, percer la mauvaise viande, il savait faire. En revanche, il avait oublié que les plaies ouvertes ne se referment jamais...




    IL COMPTAIT FRAPPER DEUX FOIS. Deux armes pour percer sa viande à deux endroits bien précis, toujours les mêmes. Il les dégustait d´avance, ces deux boutonnières qu´il allait lui faire, et ensuite la trachée, là-haut, à lui décoller le colbac de sa fiole moche.

    « Ça, c´est pour Gio´, pour son palpitant tout chaud qui ne savait que vouloir du bien à tout le monde ! Ça, c´est pour Adda, pour sa gorge qui savait si bien pousser des goualantes à faire bicher les anges ! Et ça, c´est pour elles deux, qui en avaient avalé des couleuvres dans leur chienne de vie, et à qui on venait encore de voler leur voix, leur air et leur âme de gosses. » Les choses s´étaient passées comme ça, à peu de chose près.



    Voici « Frangines », Noir de SuiTe n°2. Manon Torielli, c´est tout le sulfureux, tout l´improbable de cette collection, et quelque chose qui n´appartient qu´à elle. Sans doute une manière très particulière de faire saillir les ambiances, de cercler les personnages suivant une mécanique implacable.

  • La déchirure

    Manon Torielli

    Une vie réglée comme du papier à musique peut sombrer, sans crier gare, dans la cacophonie sous les yeux effarés de l´entourage.






    LORSQU´IL ETAIT EN VACANCES, Pierre ne s´ennuyait jamais. Son emploi du temps était encore plus réglementé que celui de son temps de classe. Les promenades du matin, les lectures d´ouvrages le plus souvent didactiques et pédagogiques l´après-midi ; parfois il se permettait un policier ou un livre d´histoire ; et trois soirs de la semaine, la taverne ou l´estaminet avec des camarades. Le temps passait avec douceur, avec lenteur.






    Le naufrage de Pierre est si surprenant, mais si bien écrit ici, qu´il en arrive à faire douter de la propre sécurité de notre existence routinière.

  • Sanctus

    Manon Torielli

    • Ska
    • 1 Février 2016


    Au carrefour, il attend depuis des mois le retour de celui qui l'abandonné... une âme sensible en est émue.

    « Cracovie pue réellement, surtout l'été. Une odeur de tous les diables. Pas seulement les gaz d'échappement des automobiles souvent mal réglées. Pas seulement les fumées des usines que le vent rabat parfois vers la ville. Il y a aussi l'odeur de la pisse humaine en particulier ; celle des chiens, c'est différent, peut-être parce que les chiens mangent à peu près tous la même chose, chiens de riches ou chiens errants ; surtout les chiens errants, d'ailleurs. »

    Tout en sensibilité et en demi-teinte, l'écriture de Manon Torielli, sans aucun pathos, fait merveille dans l'évocation de cette fidélité canine.

  • Vents coulis

    Manon Torielli

    • Ska
    • 1 Décembre 2015

    Effectuant l'intérim de son époux, la Mère Noël tombe sur Sam à la langue bien pendue... S'il y a des nuances de gris en littérature noire, la nouvelle de Manon Torielli serait d'une nuance « gris clair ». Le dialogue entre la Mère Noël et ce gamin déluré déroule une musique triste ragaillardie par la perspective de jours meilleurs. Une nouvelle noire pour le plus grand plaisir des lecteurs ! EXTRAIT Ce mouflet, il a l'air plutôt intelligent et sensible malgré les apparences : « Autrefois, à Noël, la maison sentait les raisins qui trempent dans le rhum. La mère faisait toujours cuire un cake le matin, il y avait l'odeur du sapin et celle du feu de la veillée... Elle n'a pas été ramonée depuis longtemps, cette cheminée ! - On l'a jamais allumée. - Je vois. A PROPOS DE L'AUTEUR Naissance à Aix-en-Provence le 23 novembre 1955. Manon Torielli obtient sa licence de Lettres à Nice et sa maîtrise à Aix-en-Provence. Elle écrit depuis fort longtemps : poésie, récits fantastiques, contes, romans, entre autres policiers, nouvelles. Mais elle a aussi beaucoup joué au théâtre : Molière, Camus, Sartre, des adaptations de Kafka, de Vian, de Zola, du Brecht, du Obaldia, du Tennessee Williams, du Loleh Bellon... Elle a animé des ateliers de théâtre avec les adultes et les adolescents et monté beaucoup de spectacles (Marcel Aymé, Giraudoux, Anouilh...). Elle a également participé à un atelier de clown contemporain animé par Brice de Charentenay (La Compagnie du Grain) et a fait partie d'un petit ensemble choral. Au quotidien, elle est professeur de Lettres et elle écrit des polars qui ont pour cadre Marseille ou les Alpes-de-Haute-Provence ainsi que des récits fantastiques (contes, nouvelles, romans...). Elle a déjà publié un récit médiéval intitulé « L'enlumineresse » et aux éditions Demeter un roman policier à la croisée de plusieurs genres intitulé « L'effaceur » (juin 2011).

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