• Pilade

    Marc Jaffeux

    « La vérité est la suivante. Je voudrais ne jamais quitter le cri que j'ai poussé à l'annonce de sa mort. Je voudrais ne jamais sortir de ce moment furieux. »
    Écrire ce cri. Écrire pour perpétuer l'incrédulité, pour gommer l'inexorable. Écrire pour corriger le manuscrit défectueux de la vie. « J'imagine Fenezia, son Opéra, comme si j'allais bientôt m'asseoir à son orchestre et l'entendre, entendre ma vie, tout comprendre. »
    Écrire un roman, refaire le parcours autrement, tenter de recomposer le couple qui vient de se dissoudre, donner d'autres noms, d'autres visages, d'autres destins aux personnages dont il s'agirait de rectifier les errements qui les ont menés au pire. Les transplanter dans un autre pays, une ville fantasmée, ces lieux s'inscrivant pourtant inéluctablement dans un monde si proche du nôtre, une « OEurope » en décomposition où rejet et xénophobie s'affichent comme seules réponses aux crises du continent.
    Écrire sans limites et prolonger ainsi le « moment furieux », prolonger jusqu'à la confusion entre réel et fiction ce temps suspendu qui seul peut différer le retour de la conscience lancinante scandant la perte de l'amant.

    Auteur de récits et de romans, Marc Jaffeux a publié chez Sulliver Étymologie d'une dictature (2015), C'est là-bas (2016) et Un déicide (2017). Il a aussi écrit des fictions radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), des pièces de théâtre, ainsi qu'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Son écriture interroge les liens multiples du réel aux mots ; elle est souvent plurielle, partagée entre plusieurs approches, comme si le fait d'écrire devenait lui-même fiction.

  • Suivi de la pièce "Le Souvenir sans objet" (théâtre), et du livret "Castel-Atroce" (récit).
    Distribution "Entendez-vous" : 13 hommes et 13 femmes (modulable)
    Distribution "Le souvenir" : 1 homme, 2 femmes et une voix off.
    « "Entendez-vous les images fondre", une pièce de théâtre, se place sous le signe du cancer : cancer d'un organe, dont la vie s'émancipe du corps auquel il appartient ; cancer d'un texte, dont la croissance développe dans le théâtre un autre théâtre, incontrôlé. Treize comédiens se partagent un récit, qui évoque, à travers l'épopée de la ville Orange, comme la construction puis la désagrégation d'un organisme complexe... »
    Marc Jaffeux

  • "« Les textes composant Étymologie d'une dictature sont parus par épisodes de 2003 à 2004 dans le mensuel tunisien Kalima, censuré par la dictature de Ben Ali. La Tunisie n'était certes pas la pire dictature de la planète : on y tuait sans doute moins qu'en certains pays d'Afrique ou d'Asie. C'est néanmoins un des pays au monde où la parole publique s'est le plus écartée de la réalité. Démocratie de mots, dictature de fait. Richesse sur papier, pauvreté du peuple. Émancipation des femmes, viol des opposantes. Autant de fables malmenées par les faits. D'où que j'ai choisi les mots du romanesque, de la littérature, pour rendre compte de la fiction d'une démocratie benalienne. »
    La censure, le double langage, la dissidence, la rumeur, l'aveu... ou encore le silence : Marc Jaffeux répertorie et décrypte, mais surtout illustre par des scènes éminemment parlantes les différents modes d'expression sous un régime totalitaire. À travers son approche multiple, tout à la fois sensible, caustique, burlesque, son intense implication, la précision frondeuse de sa langue et sa coloration à dessein pseudo-scientifique, ce texte résistant trace le portrait d'une dictature grossièrement grimée en démocratie où bien d'autres régimes actuels pourraient peu ou prou se reconnaître.

    Marc Jaffeux a collaboré en tant que « fictographe » au mensuel tunisien Kalima . Il a aussi écrit des fictions radiophoniques (France Culture, Radio suisse romande), des pièces de théâtre mises en espace au Festival d'Alfortville, au Théâtre 13, au Théâtre Essaïon, au Théâtre de la Digue à Toulouse, ainsi qu'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine (IRCAM, Orchestre Philarmonique de Radio France, Groupe de Recherche Musicale de l'INA). Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Son écriture est souvent plurielle, disputée par plusieurs voix, comme traversée par cette question : Qui écrit ?"

  • C'est là-bas est une libre évocation de l'Orient, et en particulier de l'Inde. Par touches impressionnistes peu à peu articulées, le récit élabore un pays imaginaire et ses traditions: l'Indrastan, avec ses géographes, ses conteurs, ses philosophes et ses dramaturges. Tous sont bien sûr fictifs - des fictographies -, et reposent sur une érudition fantaisiste ; en vain le lecteur y chercherait des informations objectives, ou une confirmation de ce qu'il sait déjà.
    Mais l'Inde est ici. On la trouvera dans le foisonnement et l'énergie du récit. Elle nous appelle dans le rythme même de l'écriture, qu'alimentent les images baroques, les bribes de légendes, les études inventées d'où émerge peu à peu l'histoire du géant Vigg et de son ami Ajjit.
    C'est donc un roman, C'est là-bas, mais un roman de la pensée, dont les mots se réveillent au contact d'un autre réel, et qui, en contrepoint, témoigne de la pesanteur de nos sociétés, de l'anonymat de leurs villes, et de nos esprits tout aussi cloisonnés.
    C'est surtout un élan vers ce pays lointain où tant de voyageurs ont cru - avec raison ? - être enfin arrivés chez eux.

    Marc Jaffeux a publié en 2015 Étymologie d'une dictature. Il est aussi l'auteur de pièces de théâtre, de pièces radiophoniques (France Culture, Radio Suisse Romande), ainsi que d'une vingtaine de livrets pour la musique contemporaine. Il co-traduit du danois la poésie de Marianne Larsen. Ses récits interrogent les liens multiples du réel aux mots, à leur poésie ; ils sont souvent pluriels, partagés entre plusieurs approches, comme si le fait d'écrire était lui-même devenu fiction.

  • Au seuil du XXIe siècle, le paysan auvergnat est devenu un agriculteur dépendant de l'économie de marché et la vitesse de l'évolution du monde paysan laisse incrédule plus d'un observateur... Le paysan auvergnat, après un temps d'adaptation nécessaire et en puisant dans le fonds légué par les anciens, pourra-t-il relever le défi des temps présents ? Car, si les nostalgiques ne perçoivent dans ces mutations que les aspects négatifs, le paysan, lui, prend le train du progrès en route car il y est contraint. Traditions salvatrices et changements inéluctables constituent un tout dans cette oeuvre impressionniste qui juxtapose des scènes d'hier et d'aujourd'hui, prises sur le vif ou restituées par le souvenir. Quatre auteurs, quatre talents pour un ouvrage de référence : Marc Privai, Madeleine Jaffeux, Maurice Jaffeux et Guy Mailhot ont réussi à reconstituer, à partir d'un véritable puzzle d'images et de scènes de la vie quotidienne, à travers le temps et l'espace, un remarquable tableau du monde rural auvergnat.

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