• Aux derniers jours du règne colonial, Albert Vandel n'a renoncé à rien. Il a la nostalgie du temps des pionniers, des conquêtes algériennes, quand, à la tête d'un bataillon de zéphyrs, il donnait son sang et son âme pour civiliser les peuples, pacifier les territoires. Pourquoi renoncerait-il ? Puisque les ors de la République lui ont permis d'étendre son pouvoir au fur et à mesure qu'il convertissait des contrées arides en inépuisables richesses ; puisque les Présidents et autres ministres de la France républicaine ont honoré cent années durant les ortolans de sa table. Barricadé dans son bordj avec les derniers grands colons d'Algérie, Albert Vandel devient fou comme un roi qui se meurt.
    Avec ce nouveau roman, Mathieu Belezi puise dans toutes les ressources d'une langue prophétique pour remuer les entrailles d'une mémoire obscène que certains préfèreraient oublier.

  • Mais avant de me taire, il faut que je dise dans quel enfer on nous a jetés, nous autres colons, abandonnés à notre sort de crève-la-faim sur des terres qui ne veulent et ne voudront jamais de nous
    oui, il faut que je dise
    dans quel enfer on nous a jetés.

    C'est la voix d'un seul personnage, Emma Picard, qui s'installe avec ses quatre fils, à la fin des années 1860, sur vingt hectares de terre algérienne offerts par le gouvernement français. L'espoir d'un nouveau départ, pour elle comme pour tant d'autres apprentis colons.
    On retrouve toute la puissance de l'écriture de Mathieu Belezi dans ce roman aux accents de tragédie. Et le cri de cette héroïne désespérément vivante résonne longtemps en nous.

  • Mathieu, douze ans, vaguement délaissé par les siens, se trouve confié aux soins d'un grand-père peu causant qui habite seul une ferme dans un coin désolé de Haute-Provence. L'enfant va faire alors l'apprentissage de la solitude, du silence, de la cruauté et des émois de la chair. Ce roman a obtenu le prix Marguerite-Audoux 2000.

  • «Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu'il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage à travers les marécages désolés de ces pages pleines de poison.»
    Lautréamont

  • « C'était notre terre. Quand je dis que c'était notre terre, je veux dire que nous ne l'avions pas volée, que nous en avions rêvé au temps de nos ancêtres, et que l'État français nous avait permis de concrétiser nos rêves en nous vendant une bouchée de pain six cent cinquante-trois hectares de bonne terre africaine. »Le domaine de Montaigne, quelque part dans le Dahra berbère, propriété depuis plus d'un siècle des Saint-André. Une terre que cette famille de colons a faite sienne. Tout au long de ce roman choral entêtant, six personnages issus peu ou prou du domaine entremêlent leurs voix, tissant ainsi la trame complexe d'une page douloureuse de l'histoire de l'Algérie. Tour à tour conquérantes, désespérées, implorantes, le plus souvent discordantes, elles s'interpellent et se répondent pour composer le chant funèbre de l'Algérie coloniale, celui des vainqueurs comme des vaincus, unis désormais dans la souffrance d'un déracinement insurmontable. L'écriture libre et singulière de Mathieu Belezi, le souffle et le rythme incantatoire de ce roman en font une oeuvre unique qui interroge les paradoxes de l'identité et de l'appropriation.

empty