• Pourquoi raconter des histoires sinon pour charmer, le temps d'une narration, un petit cercle d'auditeurs attentifs? Etude des nouvelles écrites par Marguerite de Navarre, histoires de séduction écrites pour séduire.

  • L'écriture de l'essai, telle que Montaigne la pratique, et parfois la rêve, ouvre la modernité. D'abord en ce que les composantes du moi jusqu'alors exclues du champ de la représentation : folies et rêveries, chimères et monstres fantasques, proliférant comme les herbes sauvages et inutiles sur le sol de l'oisiveté mélancolique, entrent alors sur le devant de la scène. Mais aussi dans la mesure où une intense activité auto-réflexive tente de cerner le rapport indécis d'une matière encore inédite et d'une manière qui la mette en rolle sans la contreroller. Écriture du moi et problématique du sujet sont, pour la première fois, intimement liées dans ce projet extravagant, car l'essai est aussi l'atelier où s'élabore l'identité du scripteur, tandis que l'essayiste, interrogeant le monstre qu'il découvre en lui, inscrit la différence au coeur du même.

  • Dire à demi, dire confusément, dire discordamment : telle est l'obligation particulière, dit Montaigne, qui pèse sur son projet singulier, sur son extravagant projet. Assurant le lecteur, au seuil des Essais, que son livre est "de bonne foi", ne cherche-t-il pas cependant à l'égarer, à le séduire, à le prendre "par une forme de guet-apens" comme dit l'ami Pasquier ? La vérité a, comme le mensonge, tant de visages! Il arrive que tel mensonge dise en partie le vrai, que l'omission, le déguisement, la feinte dévoilent une "vérité" que l'écrivain choisit de découvrir tout en la couvrant. Celui qui aime le jeu d'allusions propre à la poésie érotique, et qui admire le discours oblique des oracles sibyllins, celui qui avoue à l'occasion qu'on ne saurait "dire tout", celui-là sait aussi qu'il y a des paroles qui signifient plus qu'elles ne disent et d'autres qui signifient même ce qu'elles ne disent pas.

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