Le Quartanier

  • Vie nouvelle

    Michaël Trahan

    Il est dans ce livre question d'entrer dans une image. Cette image est une vie, un théâtre coupé en deux. Au milieu, il y a une forêt et il y a la nuit. Il y a aussi une rivière et une salle de cinéma. Quelqu'un entre dans la chambre et s'installe devant le miroir pour lire un roman d'amour. Personne d'autre ne vient. Au matin, on ne sait plus très bien comment sortir. On le regrette. On doit dire la vérité. Peut-être est-il temps d'apprendre à vivre. L'idée est belle, et la beauté compte, mais on s'attache facilement à ce qui nous encercle. On cherche une histoire bleue comme le ciel et on écrit un poème interminable. Il faut aller jusqu'au bout. Le rideau est lourd, on n'y arrivera jamais. La douleur est lente. À la fin, un enfant apparaît. C'est mon fils. Il dort dans la clairière.

    Vie nouvelle est un livre d'éducation sentimentale. Je l'ai écrit comme on choisit une vie.

  • Pendant des années j'ai été hanté par les vagues, le ressac, le souvenir d'un corps happé par le fond des eaux. Je cherchais à épuiser une scène dont je n'arrivais pas à revenir. J'ai ainsi habité un rêve qui ne m'appartenait pas, une photographie prise dans les années cinquante, puis oubliée ou perdue avant d'être développée. Quelqu'un en a découvert le négatif par hasard dans une brocante un demi-siècle plus tard. Une femme se tient debout sur la plage. Le soleil tombe, l'horizon est bleu, rose, mauve. La mer roule à ses pieds. La femme regarde au loin. C'est à peine si on voit le profil de son visage. Ce n'est pas vraiment une réponse. C'est une fiction de la disparition, une enquête sur le silence de quelques images que je traîne depuis trop longtemps. C'est un requiem : un chant qui ouvre le calme pour les morts et les vivants.

    C'est la logique de l'encre poussée à sa vraie limite de chose vraie.

  • Noeud coulant

    Trahan Michael

    Un mur, le pied d'un mur, l'angle formé par le sol et ce mur, un angle presque droit, une allumette et le noir, le bruit que fait l'allumette en craquant, un puits, le fond d'un puits, une corde, sa lumière noire, une toute petite corde, un monde à usage unique, la peur, la peur dans le corps, la peur en nuage autour de soi et de l'allumette, la pluie qui tombe, un ongle gratte la paroi, un chien pisse, minuit sonne, le sol manque sous les pieds, la honte, le coeur qui bat, la corde de plus en plus usée, une porte, le ciel quand même, la lune, les morts sont de plus en plus morts, c'est noir, le noeud coule, une allumette craque et le mur s'éloigne à mesure que j'approche.

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