• Le thrène et un chant funèbre accompagné de danses.
    Te survivre ne va pas de soi.
    Je ne crois à aucune survie hors celle qui est la mienne pour aujourd'hui et qui reprend la peine au réveil.
    Je ne crois à aucun commerce avec les morts hormis celui que j'entretiens avec ton empreinte en moi.
    Je ne crois à aucune vie éternelle, nous ne nous retrouverons jamais nulle part, et c'est précisément ce défoncement du futur qu'aucun travail de deuil ne remblaiera en quoi consiste la tristesse, cette tristesse qui disparaîtra à son tour avec " moi ".
    Il y a un mois mourait ma femme. Je ne peux dire tu mourais, d'un tu affolant, sans destinataire ; et je dis bien " mourait ", non pas dépérissait ou lisait ou voyageait ou dormait ou riait, mais " mourait ", comme si c'était un verbe, comme s'il y avait un sujet à ce verbe parmi d'autres.
    Le livre sera non paginé parce que chaque page, ou presque, pourrait être la première, ou la nième. Tout recommence à chaque page ; tout finit à chaque page.
    M. D.

  • L'auteur s'attache à définir l'opération de pensée comme poésie (disposition et opération) dans laquelle interviennent des figures de style, des processus de logique du discours.

  • Jumelages suivi de Made in USA. Il faut toujours faire deux choses à la fois (au moins). Et si "la foule" fut si attentive au rythme du mistral dans la voile de scène (le mur d'Orange devenu spinaker) qui se déchirait, c'est parce qu'en même temps elle écoutait Tristan; et réciproquement : l'une n'est rien sans l'autre, disait Valéry sur un mur.
    Ainsi les poèmes sont-ils apartés, mais de quoi? Sans doute y furent-ils écrits, stalagmites d'un temps ennuyeux. " Il s'attarda quelques jours dans la ville ", dit le roman. Mais, bon dieu, demande le poème, que se passait-il, ou comment est-il passé, de 8 heures à 8 h Ol ? Il faudrait qu'il (le lecteur) ou elle (la lecture) vaque à autre chose " en même temps" (ciné? musique? ou... pensée?) pour entendre vaguement des choses...
    Certains poèmes enrichissent l'alliage - pour la satisfaction générale (enfin... n'exagérons rien); poèmes de confiance. D'autres cassent, démoralisent, discréditent ou les deux àla fois.
    C'est le désir attrapant par le comme. Partout il rôde, quaerens quid conjungat, je voudrais quelque chose comme ça ; reconnaissant des non pas modèles mais des ressemblants. Quand il peut en "rapprocher" deux par un tiers qui va vous sauter aux yeux (après coup), ça va. Quand un "sème commun", qu'ils disent, " autorise" (bénit) l'union, ça va. Mais quand le à quoi ça ressemble n'est pas saisissable... Et quand l'autre vaut le détour... Quand le mode de la vérité n'est pas un projet où l'autre serait moyen distinct de la fin, ni l'inverse, ni l'un, ni l'autre; mais plutôt projet de partager un destin inconnaissable sinon qu'il ressemblera à ce qu'on peut vivre (faire sortir) ensemble (en semble)...
    " Cassette de l'au-delà..." Qu'ont-ils envoyé vers Uranus? L'haleine de la baleine? le cri du cri-cri ? le vent dans les voiles? Baudelaire .... Et vous, vers "ici-bas "? M. Deguy

  • Comment faire pour transformer l'incessant et turbulent questionnement en poèmes?

  • Plusieurs des locutions dont j'ai intitulé certaines séquences de ce livre pourraient valoir pour l'ensemble comme ses parties intégrantes. Et non seulement " Recueil", bien sûr, qui vient sous-titrer la dernière, parce que le livre rassemble des poèmes et des proses qui tinrent d'abord compagnie à des peintres dans de "beaux livres" ("travaux pour un rectangle ", en effet), ou à des amis écrivains (tel ce "mardi de l'Hexaméron" écrit en collaboration); mais aussi bien "Axiomatique rosace ", où l'art poétique, toujours fragmentaire et anxieux de jouer le va-tout d'une pensée éprise de la somme à chaque opération, se dispose en mosaïque réfringente; ou "Aux heures d'affluence", qui se dévoue aux épiphanies, aux encombrements, aux riches et pauvres heures où le monde afflue par échappées...
    Parfois encore je me relis, par reprises ici de strophes anciennes ou récentes, un "poléoscope" à la main : mémoire des villes d'où les cartes postées reviennent au moins à leur destinateur. Enfin, les rubriques rimées en "multitude, lassitude, servitude, latitude" segmentent la composition finale dans une humeur de tourne des millénaires. Ce qui n'est pas sans lien avec "Au sujet de Shoah" qui fait repasser le film de Claude Lanzmann, maintenant et à l'heure de notre mort, cherchant, à sa suite et grâce àlui, comment rendre ineffaçable ce qui ne fut pas impossible mais incroyable à jamais.
    M. D.

  • Le système concernant l´élection du Président de la République française n´est plus adapté. Il entretient les inégalités sociales ; dans les faits, la sociologie des clientèles qu´incarne le pouvoir des partis politiques les a aggravées en accordant des privilèges qui entraînent la stagnation ou la régression. La société tout entière y perd. Réformer la procédure électorale de désignation du Président de la République, c´est changer la France. Il est nécessaire, en politique, de prendre parti, mais il n´est pas nécessaire de couper le pays en fractions imperméables les unes aux autres.
    A l´heure présente, l´homme moderne se veut libre et se sait conditionné. La loyauté est la seule et la meilleure politique.
    La France d´aujourd´hui vit sur ses réserves. Elle ressemble à ces animaux à jeun dont Claude Bernard disait : ils sont tous carnivores.
    Ayons le coeur assez haut pour chercher à rassembler au-delà des querelles partisanes et des intérêts trop particuliers ou trop immédiats.

  • « Depuis que les poètes ont disparu »... « Le cercle » des lecteurs va aussi disparaissant. Un adjoint « culturel » de la Mairie de Paris déclarait récemment (en voix off) : « le livre n´est pas sexy ! ». Et si le livre n´est pas sexy « en général », que dire du livre-de-poèmes (en quoi consiste le plus communément « la poésie ») ?
    Tellement peu sexy qu´il est retiré de la consommation comme anérotique en général, quelque excitants ou obscènes que puissent être ses efforts de séduction : d´une part donc avalé, enrôlé, assimilé, recruté dans la sphère « économique » du culturel parmi les innombrables et variées prestations « culturelles » ; d´autre part, en petites transactions à la marge, voire au rebut, dans l´économie du lisible, du livresque, du graphique ou grammatologique.

    L´oeuvre philosophique et poétique de Michel Deguy est immense...
    Il faudrait d´ailleurs toujours éviter de distinguer ou séparer le poétique du philosophique car l´écriture de Michel Deguy explore la relation, le lien, la tension d´une poétique pensive.
    L´admiration est grande. Alors quand l´auteur de Donnant Donnant me confie ce texte pour publie.net, la fierté est grande.
    Intensité de la lecture quand on ouvre ce texte, De l´illisibilité. Ici Michel Deguy nous offre une pensée dans son déferlement, faisant claquer les tensions du langage et permettant de saisir les torsions du sens.

    Sébastien Rongier Je rappelle également le dossier Michel Deguy sur remue.net.

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