• Le glacis

    Monique Rivet

    Laure a vingt-cinq ans lorsqu'au milieu des années 50 elle est nommée, en pleine guerre d'Algérie, professeur de lettres dans un lycée d'une petite ville de l'Oranais.
    Cette guerre, qu'elle ne comprend pas, la désoriente, puis lui fait horreur. Elle ne comprend pas davantage la société qu'elle découvre, une société cloisonnée où les conformismes se côtoient en toute hostilité et qu'elle choque par la liberté de ses réactions ; d'emblée elle s'y fait des ennemis, au point de se mettre en danger.
    « Le temps où j'ai habité la ville était le temps de la violence. Le temps de ce que le langage officiel déguisait d'un intitulé pudique : les "événements", quand l'homme de la rue disait : la guerre. La guerre d'Algérie. Ce pays, je ne lui appartenais pas, je m'y trouvais par hasard. J'y étais de guingois avec tout, choses et gens, frappée d'une frilosité à fleur de peau, incapable d'adhérer à aucun des mouvements qui s'y affrontaient.
    Cette guerre, je ne la reconnaissais pas, elle n'était pas la mienne. Je la repoussais de toutes mes forces. Si j'avais eu à la faire... - s'il avait fallu que je la fasse, aurais-je pu la faire aux côtés des miens ? »
    Monique Rivet avait l'âge de Laure quand elle a écrit ce texte, vibrant, sobre et vital, témoin de son regard de femme très jeune sur une guerre que personne ne voulait reconnaître.
    Ce roman n'a jamais été publié auparavant.

  • Qui a commis ce crime ? Alberto l'ignore : accroupi dans les roseaux de la lagune de Maguelone, il n'a vu qu'un soldat sans nom et sans visage abattre l'adolescent venu pêcher avec un carrelet dans l'eau malodorante du canal. Et il n'a rien dit à personne.
    Aujourd'hui, à cet endroit même, des touristes, des familles vont à la plage, les enfants équipés de bouées multicolores, les pères chargés de parasols. Il y a un marchand de glaces sur la berge, à quelque distance du parking où l'on a laissé les voitures. Sandro est venu avec Céline, sa compagne. Il regarde les eaux du canal, il songe à ce jeune mort d'autrefois. Persuadé que les clés du drame se trouvent dans un cahier qu'aurait rédigé Alberto, il se met à sa recherche avec une fièvre que Céline ne comprend pas : pourquoi ce crime fascine-t-il autant Sandro ?

  • La narratrice, jeune Française de la Métropole, est professeur au lycée d'Oran. Après des vacances passées à Paris, son retour en Afrique du Nord, où commence la guerre d'Algérie, est une nouvelle découverte qu'elle va tenter d'approfondir minutieusement, passionnément. Paris, c'est son enfance, ses études, son amour pour Pierre qu'elle n'a pu épouser, sa rupture, la nostalgie, le malheur. Oran, c'est la curiosité pour l'inconnu d'un monde où se mêlent et s'affrontent tour à tour les courants les plus contradictoires : avec un goût précis de l'analyse, la jeune femme dresse le portrait détaillé de ceux qui l'entourent : des musulmans (Djemila et Hocine), des juifs (Robert et Lucie Weiss), son amie Théa, libraire à Sidi-bel-Abbès, son amant Miguel, l'Espagnol, qui appartient peut-être à un réseau de police. Ainsi, petit à petit, à travers des discussions politiques ou intellectuelles, des rencontres, des événements, à travers des promenades dans tous les quartiers de la ville, des conversations fortuites, des souvenirs, des rêves inachevés, elle finit par introduire le lecteur dans un présent de plus en plus lourd, large, grouillant, et fécondé par un sentiment de lucidité.

  • Parce qu'un soir il a semblé à Nathalie que ses parents pardonnaient plus volontiers à son frère qu'à elle-même de se présenter en retard à la table familiale, elle décide, avec la complicité de son amie Marion, élève au même lycée qu'elle, de lever l'étendard de la révolte féministe : ce sera la création d'une caisse de solidarité, la « caisse noire », destinée aux lycéennes trop délurées. Quelques cotisations sont versées, puis Nathalie et ses camarades oublient cette caisse noire au profit d'activités et d'intérêts multiples : patinage, cours de danse où elle rencontre la fascinante Yvane, longues promenades dans Paris avec celle-ci, bavardages passionnés avec les uns et les autres, avec son frère Gérard qui lui confie ses aventures amoureuses, avec un garçon aux yeux noirs qui s'appelle Simon... Cependant peu à peu se défait son amitié avec Marion. Celle-ci jalouse la liberté que des parents généreux et confiants laissent à Nathalie alors qu'elle-même subit chez elle une surveillance tatillonne. Peut-être jalouse-t-elle aussi cette nouvelle amitié pour Yvane, avec laquelle Nathalie passera ses vacances de Pâques. Et voilà que peu après Pâques éclate le scandale de la caisse noire, dont la direction du lycée a découvert l'existence. Les deux coupables sont en proie à l'administration scolaire. Nathalie découvre à la fois les déceptions d'une brouille, que Marion s'acharne à consommer définitivement, et ce qu'il en coûte de se dresser contre certains bastions de la morale admise.

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