Littérature générale

  • Quartier libre

    Odile Barski

    Marion Jouve travaille pour la télévision, René Ajzenberg est professeur de philosophie. Ces deux célibataires parisiens se croisent un vendredi soir de printemps dans la file d'attente de l'épicerie de leur quartier. En l'espace de vingt-quatre heures, le hasard va s'acharner à les faire se recroiser, lui avec son chien, elle avec le revolver dont elle cherche à se débarrasser. Mais est-ce vraiment le hasard ? Tour à tour drôle et menaçant, ce roman a le charme d'une rencontre amoureuse inédite.

    En couverture : © MjYj / Flickr / Getty Images

  • On est seul à savoir pour soi. Je l'ai toujours su. Même dans le sommeil. Même dans le demi-sommeil de mes actes les plus cinglés. Même le jour où j'ai eu ce truc dans les mains, dur, noir, dangereux, lâche-ça, Jeanne... Et quand le coup de feu est parti, j'ai su aussi. Su que j'étais en train de défaire l'oeuvre de Dieu et des mamans. C'est un sacrilège de tuer. Je le savais. Même hors de moi. Même dans le frisson où j'ai tiré. C'était plus fort que moi mais c'était moi. L'oeil de Dieu n'a pas suffi. Ni celui de ma mère. Un oeil qui laisse faire est un regard complice. Il aurait fallu un bras pour m'arrêter. Après quatre ans d'emprisonnement pour meurtre, Jeanne sort à l'air libre avec ses comptes à régler et ses questions, sa peur de rien et sa peur de tout. Mais les fantômes du passé, parfois, resurgissent là où on ne les attend pas. Il est de nouvelles rencontres qui sont de vieux pièges. Entre la forfanterie, la crainte, le désir de plaire et celui de se plaindre, l'entorse à la Loi et l'entorse à la cheville, où trouver la ligne de partage qui les déjoue... ?

  • Pour avoir volé dans les vestiaires, Julie a été renvoyée du lycée. Elle ne dit rien à ses parents. Ça tombe bien puisqu'on est à la veille des petites vacances et que la famille s'embarque à cette occasion pour le Périgord, où Charles, le père, un mythomane porté sur le whisky, a l'intention d'ouvrir un restaurant de nouilles. Malgré les protestations de Lou, la mère de Julie, qui préfère rester à Paris fumer des herbes et lire Proust, la famille s'embarque dès le lendemain. En dehors des bagages habituels, chacun emporte avec lui son secret : Charles, un mystérieux billet signé Dominique et qui lui donne rendez-vous à Sarlat ; Lou, du haschisch et un sac de rancoeurs contre son mari ; Julie, un détecteur de métaux grâce auquel elle projette de glaner sur les rives de la Dordogne les gourmettes égarées par les estivants. Ainsi s'engage ce roman, un des plus drôles et des plus féroces qui soient. Il se déroule tout entier sous le regard de Julie, qui est à la fois gouaille, intransigeance et dérision. C'est elle qui parle, élucubre, dissèque et déraille, avec un brio et une verdeur de ton qui font irrésistiblement songer à la Zazie de Raymond Queneau. Une Zazie des années 80, auprès de laquelle sa glorieuse aînée, parfois, fait presque figure d'enfant de choeur...

  • Il se regarde danser dans les miroirs, poursuit les actrices dans leurs loges. Il ouvre les portes d'un laboratoire aux odeurs inquiétantes, scrute la chair des souris à travers des photos agrandies mille fois. Mais quel est donc cet homme, débarqué à Paris en 1947, avec, pour tout bagage, un diplôme polonais, l'amour de la liberté et le culte de la langue française et qui, bien des années après, couvert de prix scientifiques, se laisse ensevelir dans le cauchemar où le plonge la maladie ? Oui, quel est cet homme ? Et comment le saurait-elle, cette femme qui raconte son père ? Les souvenirs qui lui reviennent de son enfance, les images du moribond pitoyable, tout ce qu'elle découvre, enfin, après sa mort, ce passé qui resurgit, éclaté et comme grossi, à son tour, à travers le microscope du laboratoire paternel, forment une sorte de puzzle aux pièces inemboîtables. Manoeuvrée, manoeuvrante, elle entretient avec cet étranger familier une relation mouvante qui, sans cesse, la redéfinit et le redéfinit. Qui est cet homme et qui suis-je à travers lui ? L'interrogation, et c'est le vertige même sur lequel se construit le roman, se creuse, s'élargit, pour une réponse chaque fois plus improbable...

  • Zoé en mai se passe en décembre, le 31 très exactement. Zoé aime Antoine, mais celui-ci est marié et c'est avec Albert qu'elle vit. Bref, Zoé n'est pas là où elle voudrait être. Mais où est-elle au juste ? Contrairement à ce que l'on croit, le temps, en nous, est une substance réversible et ultra-gonflable. Une substance fragile aussi : une tension trop grande et il explose, puis s'éparpille. Or, en cette Saint-Sylvestre, les épreuves n'épargnent pas Zoé. Elle s'ouvre le crâne sur le buffet Henry II d'Antoine. Après quoi, il lui faut rentrer, fiévreuse et recousue, pour célébrer l'An nouveau avec Albert et un couple d'amis. Ce réveillon, prosaïque et pesant, lui devient très vite insupportable. Elle est assaillie par les images de bonheur avec Antoine. Puis une petite boîte qui, appartînt à sa mère, Tania, la fait basculer du côté des souvenirs et de l'enfance. Le passé et le futur progressivement l'animent comme une houle, que traverse le bavardage, toujours plus insolite, des invités... Tel est ce jeu du coeur et du temps où nous introduit Odile Barski, au gré d'une écriture tour à tour nonchalante et vive, qui sait, à l'occasion, adresser un salut malicieux à Raymond Queneau. Un jeu subtil et cocasse, certes. Mais, plus encore peut-être, un jeu cruel et déchirant, qui confère à ce livre primesautier son goût secret de cendres et de larmes.

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