• Omar Khayyam célèbre ici les femmes et la beauté, l'ivresse et la poussière du néant. Ennemi de l'esclavage de la pensée, il s'élève aussi dans ces vers contre l'imposture religieuse et politique. Mystique en apparence, débauché en réalité, préférant les jouissances de l'éphémère aux vérités érigées en dogmes, Khayyam ne souhaite à l'humanité qu'ivresse et amour. Le manteau des explications mystiques couvre, dans ses poèmes, toutes les hardiesses. Qu'un pareil livre ait pu circuler librement dans un pays musulman ne laisse pas de surprendre : la littérature européenne peut-elle citer un ouvrage où toute croyance soit niée avec une ironie si fine et si amère ?

    Né en 1048 à Nishapour en Perse, Omar Khayyam a contribué à la réforme du calendrier en 1079. Après une période d'activité scientifique intense, il choisit de se retirer de la vie publique. Éminent savant mais être épris de liberté, il s'éloigne vers 30 ans du pouvoir. Mathématicien et astronome, ses calculs sur l'infiniment grand l'ont rendu proche de l'infiniment petit. À force de sonder le ciel, il a mesuré la durée dérisoire des hommes. Ce buveur invétéré meurt probablement mort en 1131.

  • Préférant les jouissances de l'éphémère aux vérités érigées en dogmes, Omar Khayyam était un homme qui regardait le ciel en face. Au lieu de gémir sur le sort de l'humanité, il ne voulut lui souhaiter que l'ivresse et l'amour. Haïssant l'esclavage de la pensée, ce poète, vivant il y a plus de mille ans en Perse, nous a légué ces Quatrains qui, aujourd'hui encore, résonnent comme un chant magnifique qui s'élève contre l'imposture religieuse et politique.

  • Rubaiyat

    Omar Khayyam

    Omar Khayyam pratique, en toute sérénité d'âme, « l'indifférence à la foi et au doute ». Ni l'étude, ni le raisonnement, ni l'intuition ne peuvent nous éclairer, et l'impuissance est égale de ceux qui par la science ou par la religion espèrent résoudre l'énigme de ce monde. Nous n'atteignons à aucune vérité et il n'est pas de bonheur ou de châtiment supraterrestre. Entre les deux néants qui la limitent, la vie n'est que le temps d'une respiration. Sachons en tirer des joies précaires. Le vin, l'amour des femmes, la lune sur les terrasses, la flûte de l'Irak dans les vergers, le vent frais du matin, les roses à peine écloses, voilà la seule réalité de nos jours qui passent comme un songe. Après l'Ecclésiaste, il nous répète de cent façons « Tout est vanité et poursuite du vent, » mais il ajoute : « Réjouis-toi dans le présent : c'est là le but de la vie. » La pénétration de la pensée, son aigu, la qualité cristalline de la forme, la richesse contenue des images, l'absence de toute amplification lyrique, mettent Omar Khayyam au rang des plus rares poètes.

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